Un Toxi-score pour identifier les produits cancérigènes : fausse bonne idée ?

Paris, le jeudi 22 novembre 2018 - La Ligue contre le Cancer, qui tient depuis mercredi ses États Généraux de la prévention à l’occasion de ses 100 ans, propose que soit apposé sous forme de logo informatif sur les biens de consommation un Toxi-score qui informerait sur les risques cancérigènes du produit.

Depuis le mois d’avril dernier, le recours au logo Nutri-score sur les emballages des aliments vendus par la grande distribution pour informer le consommateur sur la qualité nutritionnelle du produit est officiellement possible et recommandé. Dans le cadre de ses États Généraux de la prévention, la Ligue contre le Cancer va demander au ministre de la santé la création, sur le même modèle, d’un Toxi-score, pour que le client soit informé de la présence d’éléments cancérigènes dans le produit qu’il souhaite acheter. Ce logo pourrait être utilisé pour tous les produits de la vie quotidienne (cosmétiques, vêtements, mobiliers…) et suivrait le même principe que le Nutri-score : un système d’étiquetage allant du A vert au E rouge en fonction de la dangerosité possible du produit.

Pour justifier sa proposition, la Ligue contre le cancer s’appuie sur plusieurs constats. Selon elle, 40% des cancers seraient évitables car principalement dus à des causes environnementales. Les membres de l’association remarquent par ailleurs que l’information sur les produits cancérigènes serait peu claire et trop parcellaire. Par exemple, un produit peut préciser qu’il est sans parabène sans indiquer qu’il contient d’autres éléments potentiellement cancérigènes, selon Emmanuel Richard, délégué à la prévention pour la Ligue. Au total, il existerait en France plus de 300 substances autorisées potentiellement cancérigènes, à plus ou moins long termes.

Des questions multiples

L’utilisation d’un tel score n’est cependant pas sans soulever de très nombreuses questions. Étiqueter un risque cancérigène paraît en effet faire l’impasse sur la relation entre la dose (souvent infinitésimale dans les produits) et l’effet. Une telle proposition semble ainsi reposer sur une confusion entre le risque (la toxicité intrinsèque de certaines substances) et le danger (soit la possibilité de développer certains effets en fonction de l’exposition). Le recours à un Toxi-score suggère par ailleurs l’insuffisance des mécanismes de régulation, qui conduirait à l’approbation de produits dangereux pour l’homme, ce qui n’est majoritairement pas démontré par les évaluations scientifiques. Enfin, si le rôle joué par l’exposition à certaines substances dans le développement de cancer a été parfaitement prouvé dans des cadres professionnels, si certaines substances considérées comme probablement cancérogènes sont l’objet de nouvelles recherches constantes, le tabac, l’alcool, l’âge, certaines expositions professionnelles et dans une moindre mesure des facteurs génétiques sont bien plus certainement les premiers facteurs de risque de cancer. Les cancers par ailleurs ne connaissent pas aujourd’hui de hausses relatives (en fonction de l’âge), mais une progression en valeur absolue, en grande partie liée à la progression du vieillissement.

La création d’un Toxi-score n’est qu’une des propositions formulées par la Ligue contre le cancer dans le cadre de ses Etats Généraux. Entre autres choses, la Ligue recommande notamment de systématiser la vaccination HPV au collège pour les filles et les garçons et d’augmenter les taxes sur l’alcool.

Quentin Haroche

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