Une ATU pour un anticorps monoclonal anti-Covid-19

Paris, le jeudi 25 février 2021 – Annoncée comme imminente par le Figaro hier matin, une autorisation temporaire d’utilisation du Bamlanivimab a été confirmée hier après-midi par la Direction générale de la Santé (DGS). Le Bamlanivimab, développé par les laboratoires Eli Lilly est un anticorps monoclonal, dont « l’activité neutralisante dirigée contre la protéine spicule du SARS-COV-2 » permet d’empêcher « la pénétration du virus dans les cellules ». Son mécanisme est proche du ReGN-CoV-2 (Roche-Regeneron) qui associe deux anticorps monoclonaux, le casirivimab et l’imdévimab, produit qui avait acquis une notoriété certaine quand il a été administré cet automne au Président des Etats-Unis Donald Trump.

Impatience

Les essais cliniques prometteurs signalant l’efficacité des anticorps monoclonaux pour éviter les formes graves de la Covid-19 ont conduit ces dernières semaines un nombre croissant de spécialistes et jusqu’au président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy et à l’Académie de médecine, à se prononcer en faveur d’une autorisation rapide de ces traitements. La décision de l’Allemagne fin janvier d’investir 400 millions d’euros pour acheter 200 000 doses de ReGN-CoV-2 avait encore attisé l’impatience des médecins français.

Les spécificités d’administration (par perfusion), une disponibilité encore limitée et le coût élevé de ces traitements (1000 à 2000 euros la dose) ont cependant entraîné une réflexion prolongée en France, mais ont finalement abouti à l’ATU détaillée hier par le professeur Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé.

Le Bamlanivimab est indiqué chez les patients présentant une forme légère à modérée de Covid, présentant un risque élevé de complications. Les critères d’éligibilité sont :

« - Chimiothérapie en cours
    -  Transplantation d’organe solide
    -  Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques
    -  Maladie rénale avec DFG <30 mL/min ou dialyse (l’association de patients atteints de maladie rénale, Renaloo, a fortement milité pour que les sujets dialysés puissent bénéficier de l’ATU, ndrl)
    -  Lupus systémique ou vascularite avec traitement immunodépresseur
    -  Traitement par corticoïde >15 mg/semaine
    -  Traitement immunodépresseur incluant rituximab
    -   Fibrose pulmonaire idiopathique
    -   Pathologies rares du foie
    -   Myopathies avec capacité vitale forcée <70%
    -  Autres pathologies rares définies par les filières de santé maladies rares (FSMR)
», ainsi que les patients de plus de 80 ans.

Concernant ces derniers, les plus nombreux à être éligibles en première analyse, la DGS indique que les sujets vaccinés qui seraient infectés par le SARS-CoV-2 peuvent également avoir accès à l’anticorps monoclonal, même si les données sont à ce jour inexistantes pour déterminer l’efficacité et l’utilité d’une telle approche.

Mobilisation indispensable des généralistes pour alerter leurs patients éligibles

Pour garantir la meilleure efficacité de ce traitement, l’administration doit se faire très précocement, dans les cinq jours suivant l’infection. Dès lors, la mobilisation des médecins est indispensable. Ils doivent en effet informer leurs patients éligibles de l’existence de cette thérapeutique et de la nécessité d’être en alerte dès l’apparition du moindre symptôme. Un test sera alors réalisé, suivi en cas de positivité d’une analyse de criblage (en urgence) : en effet le Bamlanivimab, ciblant lui aussi la protéine Spike à l’instar des vaccins actuellement disponibles, n’est pas efficace face aux variants 20H/501Y.V2 (sud-africain) et 20J/501Y.V3 (brésilien). Dès la confirmation de l’infection, le médecin de ville déclenchera la procédure : il contactera le SAMU qui lui indiquera les établissements où le traitement est disponible.

Le transfert du patient sera effectué et le Bamlanivimab prescrit et administré dans le cadre d’une « perfusion unique de 700 mg par voie intraveineuse administrée sur une durée de 60 minutes ». Les situations dans lesquelles le patient sera déjà hospitalisé devraient être plus rares puisque le traitement est indiqué dans les formes sévères et modérées. Alors qu’une surveillance d’une heure devra être assurée, l’ensemble des données concernant le traitement seront collectées dans le cadre de l’ATU. La complexité de la procédure pourrait réduire l’accès au traitement mais apparaît inévitable compte tenu du coût du traitement et de ses modalités d’administration : davantage de souplesse pourrait cependant être souhaitée par les médecins généralistes.

Première étape

L’accès au Bamlanivimab pourrait n’être qu’une première étape. D’autres avancées sont effet attendues. Outre l’accès au ReGN-CoV-2, l’intérêt des spécialistes concerne les résultats également encourageants de l’association du bamlanivimab et de l’étésévimab (Lilly) qui a obtenu une autorisation en urgence de la part de la Food and Drug Administration le 9 février. Par ailleurs, beaucoup d’espoir sont fondés dans le traitement expérimental développé par la firme nantaise Xenothora, le Xav-19, un anticorps polyclonal dirigé contre SARs-CoV, dont les résultats des essais de phase 1 et 2 (Polycor) prometteurs ont conduit au récent lancement d’une phase III qui doit inclure 400 patients.  

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Des questions ?

    Le 04 mars 2021

    L'étude sur laquelle s'est fondé l'ATU, a été faite sur 467 patients ambulatoires en 41 sites, avec des doses testées de 700, 2800 et 7000 en injection IV d'une heure pour arriver à la conclusion que c'est la 2800 qui marche le mieux en réduisant la symptomatologie de 2 jours sans action sur les risques d'avoir des formes graves ou mortelles, sur l'hospitalisation; avec 2 effets secondaires graves du groupe traité : 5 cas HTA et 3 cas de thromboses, et avec une réduction de la charge virale. Bien sur, cette étude est financée et écrite par Eli Lilly... ce qui devient une habitude de "normalité" dans la période. Une autre étude faite avec cet Ac associé au fameux Remdésivir chez des sujets hospitalisés, aurait été inefficace.
    Aucun effet, semble-t-il sur des variants ayant deux mutations.

    Pour favoriser la pénétration du marché, en France, le laboratoire Lilly fournit gratuitement, avec l'aide du pouvoir politique et médical, cet anticorps monoclonal dans une ATU dont le fondement scientifique semble mince autant que l'intérêt thérapeutique, mais en se souvenant que ce médicament est vendu 1200 dollars aux USA... Cette gratuité fait penser à l'histoire avec le Remdévisir, fourni aussi gratuitement, en France et rendu possible par ce même ministère de la santé... avec les résultats que nous connaissons.

    Il doit y avoir des raisons pour cette nouvelle ATU mais lesquelles ?

    Dr Christian Trape

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