Masque ou pas masque, voilà la question !

Copenhague, le jeudi 29 octobre 2020 – Des chercheurs danois accusent la presse médicale anglo-saxonne d’avoir censuré son étude qui prouverait l’inutilité des masques pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Les chercheurs danois seraient-ils un brin paranoïaque ? Des médecins de l’Hôpital National de Copenhague accusent les trois principales revues scientifiques anglo-saxonnes (Lancet, JAMA et New England Journal of Medicine) d’avoir refusé de publier leur étude scientifique pour des raisons politiques. Et pour cause, leur recherche porte sur un sujet particulièrement polémique : l’utilité du port du masque généralisé pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Le docteur Benfield, le Raoult danois ?

Mise en place dans de très nombreux pays du monde depuis la fin du printemps, l’obligation de porter un masque dans les lieux publics est très contestée par une partie de la population et notamment par les complotistes en tout genre pour son inutilité supposée. L’étude danoise, réalisé en mai, consistait à comparer le taux de contamination parmi deux groupes de 3 000 personnes chacune, l’un dont les membres portaient un masque en permanence et l’autre non.

L’étude n’ayant pas été publié, on ignore quels en sont les résultats. Mais pour Thomas Benfield, l’un des auteurs de ce travail, il n’y a pas de doute : si les revues scientifiques refusent de la publier, c’est parce qu’elle remet en cause la position des autorités sur l’utilité du masque. « Mon étude sera publié dès qu’un journal sera assez courageux pour le faire » a-t-il déclaré. Cette accusation de censure a été reprise par certains hommes politiques danois et l’affaire touche désormais les Etats-Unis, où les milieux anti-masques la relayent sur les réseaux sociaux.

Beaucoup de bruit pour rien au pays d’Hamlet

Les scientifiques de Copenhague sont-ils victimes d’une censure ? Y-a-t-il un grand complot pour nous faire porter des masques ? Évidemment non. Pour Karsten Jorgensen, également chercheur à l’Hôpital National, l’explication de ce refus de publication est beaucoup plus prosaïque : l’étude n’était tout simplement pas assez rigoureuse selon les critères de ces revues prestigieuses. « Ces trois magazines ont un taux de rejet extrêmement important, 99 % des études qui leur sont soumises ne sont pas publiés » explique-t-il.   

Même son de cloche du côté d’Anton Pottegard, professeur de médecine à l’université d’Odense, qui explique qu’il a également vu plusieurs de ses recherches sur la Covid-19 rejetés par les revues anglo-saxonnes. Bien qu’il n’ait pas pu avoir accès à l’étude de ses collègues sur les masques, il émet plusieurs hypothèses pour expliquer le refus de publication : l’étude a été faite en mai, alors que le taux de contamination était très bas au Danemark (moins de 100 cas par jour) ; les participants à l’étude étaient trop jeunes pour être représentatif de la population ; l’étude portait uniquement sur le taux de contamination des personnes portant le masque et pas sur celui des sujets à leur contact.

Alors que la polémique enfle dans le milieu scientifique danois, d’autres auteurs du travail controversé ont pris la parole, pour se démarquer des propos polémiques du docteur Benfield. « Je regrette la tournure qu’ont pris les évènements et je ne souhaite pas donner l’impression que les résultats de notre étude soient censurés », explique Henrik Ullum, professeur de médecine à l’université de Copenhague et co-auteur de l’étude. Selon le docteur Pottegard, il serait désormais sage de pré-publier l’étude, afin d’en savoir plus sur ses résultats supposés sensationnels.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (4)

  • L'expérience de Iéna

    Le 29 octobre 2020

    L'expérience de Iéna est claire et suffisante. Dans la semaine qui a suivi l'obligation du port de masque dans l'espace public, le nombre d'hospitalisations s'est effondré !

    Dr Bernard Maroy

  • Erreur persistante

    Le 30 octobre 2020

    En effet, s'il s'agit de se protéger soi-même d'un virose respiratoire épidémique la preuve est faite, de longue date, que porter un masque est inefficace. C'est ce qui a conduit les autorités de santé mondiales (et françaises à leur suite) à dire au début de l'année qu'il ne fallait pas espérer échapper à l'infection en portant un masque, et qu'il était beaucoup plus important d'éviter la promiscuité et d'adopter une hygiène soigneuse (d'ailleurs on exagérait peut-être le rôle du manuportage).

    Certains ont d'ailleurs compris à tort "les masques ne servent à rien".
    Or, quand on s'est vite aperçu que la prévalence du virus dans l'air ambiant devenait menaçante, il est devenu crucial de demander à la population tout entière de porter un masque, non pour que chacun se pense protégé, mais pour que les nombreux porteurs paucisymptomatiques et présymptomatiques ne disséminent pas leur exhalaisons contaminantes.
    Ainsi, faire une étude sur des porteurs et des non porteurs de masque ne mène strictement à rien si le critère de jugement consiste à considérer le taux d'infection des sujets masqués avec celui des non masqués.
    Le seul critère pertinent est le R0 dans une population entièrement masquée vs une autre sans masques.

    Dr Pierre Rimbaud

  • De l'interet du "Pre-Print"

    Le 01 novembre 2020

    L' absence de recours au "pre-print" ( https://www.medrxiv.org/ et autres) est suspecte : l'outil est copieusement utilisé , tout le monde est censé en connaitre l'existence comme les limites

    Etre recallé par Lancet, JAMA ou NEJM est trés banal , comme rappelé dans le commentaire de Nicolas Barbet : L'assimiler à une censure puis un complot relêve déja d'une démarche bien ancrée maintenant . Ceci n' a pas évité les déboires passés ou récents que l'on sait qui intuivement poussent probablement à une prudence accrues
    A l' autre extrémité , les revues " foraines " ne manquent pas , être publié sans être lu peut être une maigre satisfaction trés égocentrique et/ou lucrative : En France comme ailleurs
    Et entre les deux moultes offres : Notons une trame commune* (Mise à jour Décembre 2019) pour la majorité des éditeurs et "reviewers" : "Preparing a Manuscript for Submission to a Medical Journal"
    *http://www.icmje.org/recommendations/browse/manuscript-preparation/preparing-for-submission.html

    Pour information : la question " Ce que nous savons jusqu’à présent sur... la COVID-19 et le port du masque en public " est actualisée au 14 septembre par Santé publique Ontario en français et libre accés :
    https://www.publichealthontario.ca/-/media/documents/ncov/covid-wwksf/what-we-know-public-masks-apr-7-2020.pdf?la=fr
    La rigueur méthodologique , l'adulte , l'enfant , en milieux de soins et hors soins , l'intolérance aux masques : Tout y est en intégrant parfaitement la paucité des acquis spécifiques COVID , leur évolutivité mais aussi les dangers ou limites des analogies

    Dr JP Bonnet

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