Urgences : bluff à l’insuline

Paris, le jeudi 4 juillet 2019 -  L’image est forte, mais certains considéreront peut-être ce happening avec circonspection.  

Une dose toutes les cinq minutes

A la suite d’une manifestation organisée à l’appel du collectif Inter-Urgences et de l’intersyndicale CGT-FO-SUD ce mardi 2 juillet et alors qu’une délégation était reçue par le cabinet d’Agnès Buzyn, douze ou treize soignants (selon les versions) ont pris une initiative étonnante.

Assis en ligne en tailleur sur la chaussée de l’Avenue de Ségur, à quelques encablures du ministère de la santé, ils se sont injectés en même temps ce qu’ils ont déclaré être de l’insuline dans l’épaule ou l’abdomen à l’aide de stylos injecteurs.

Ils menaçaient, en outre, de réitérer leur geste toutes les cinq minutes.

Quelques instants plus tard, des CRS les ont encadrés et dirigés vers un trottoir en attendant l’arrivée du SAMU qui les a pris en charge.

Aucun d’entre eux n’a pourtant été transporté à l’hôpital après des tests de glycémie « normaux », même si persistait la crainte qu’ils aient eu recours à de « l’insuline retard ».

« On n'est pas débile »

Plusieurs grévistes ont ensuite révélé que le produit injecté n’était pas de l’insuline : « Forcément on ne s’injecte pas de l’insuline, on n’est pas débile, on veut juste montrer qu’on est à bout. Ça me donne envie de chialer, c’est une honte », a témoigné l’une d’entre eux au micro d’Europe 1. « C’était une mise en scène a priori. Les collègues sont au bout du rouleau, ils sont prêts à tout », a renchéri pour sa part cité par Le Figaro le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) qui subodore une injection de « sérum physiologique ».

Même la CGT est « très choquée »

Lorsque la délégation, en pleine discussion avec les représentants du ministre, a appris l’action sur le point de se produire, « cela a été la consternation, et pas que de notre côté » relate un responsable du ministère. « On est très choqué », s’est ainsi indignée auprès de l’AFP Mireille Stivala, la responsable CGT du secteur de la Santé, qui a tenu à se « désolidariser » de cet acte « irresponsable ». « Nous ne pouvons pas concevoir que des individus mettent en danger leur vie pour n’importe quelle cause, un cap a été franchi ».

Pour l’AMUF, il fallait plutôt y voir un symbole du suicide des soignants qu’un chantage. « L’insuline est utilisée par de nombreux membres du personnel de santé pour se suicider. Le nombre de suicides à l’hôpital est très élevé. Quand on fait face à des pressions, soit on démissionne, soit quand on a des problèmes privés autour, on se suicide. Aujourd’hui, la colère des soignants est très profonde » rappelle ainsi le Dr Prudhomme.

Frédéric Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article