Vaccin : la stratégie de l’Union européenne doit-elle s’étoffer ?

Paris, le lundi 3 août 2020 - Parallèlement aux recherches menées dans des laboratoires du monde entier et au déploiement des premiers essais, la course au vaccin contre la Covid-19 se joue également dans les arcanes de la diplomatie. Plusieurs accords ont en effet déjà été signés ces dernières semaines entre différents états et de grands groupes pharmaceutiques. La semaine dernière, c’est ainsi l’alliance entre Sanofi et GSK qui était en première ligne. Elle a conclu un partenariat avec la Grande-Bretagne (promesse de livraison de 60 millions de doses), avec les Etats-Unis (100 millions de doses et une option pour 500 millions de doses supplémentaires) et enfin avec l’Union européenne. Cette dernière a finalisé un accord de principe avec Sanofi-GSK en vue de la fourniture de 300 millions de doses de son candidat vaccin (qui repose sur la technologie à base de protéine recombinante) dont l’essai de phase I/II doit être lancé en septembre.

Airbus du vaccin

Les états contractent ainsi depuis plusieurs semaines différents partenariats avec les laboratoires afin d’assurer une rapide mise à disposition du ou des premiers vaccins efficaces, en l’échange d’une participation aux frais de recherche et de développement. Cependant, les stratégies suivies diffèrent quelque peu. Ainsi, à travers le programme Operation Warp Speed, les Etats-Unis mènent une politique qualifiée de « nationaliste et protectionniste » par l’économiste spécialiste des questions de santé Frédéric Bizard, interrogé par la Dépêche du Midi. Ainsi, conditionnent-ils leur soutien à la recherche à la fixation d’une option prioritaire sur les prédoses, afin qu’elles bénéficient d’abord aux Américains. Les Européens se montrent moins directifs, n’imposant pas d’être prioritairement « servis ». Or, pour certains observateurs, l’Union européenne pourrait se montrer plus hardie, en misant notamment davantage sur les importantes capacités de recherche de nombreux pays européens. Ainsi, l’idée de constituer un "Airbus du vaccin" émerge avec de plus en plus de force.

Et le reste du monde ?

Cette course aux accords n’est cependant pas sans soulever quelques questions éthiques, concernant notamment l’accès des pays pauvres, alors que l’OMS avait initialement jugé qu’un vaccin contre le SARS-CoV-2 devrait être considéré comme un « bien universel ». La multiplication des partenariats bilatéraux semble écarter une partie de la planète. Pourtant, pour une production accélérée, les Etats-Unis et l’Europe ne pourront pas éviter de se tourner vers les pays intermédiaires et notamment l’Inde. Le Serum Institute of India fournit en effet aujourd’hui 50 % des vaccins du monde et 40 % des produits délivrés aux Etats-Unis. Incontournable.


Léa Crébat

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