Vaccination anti-HPV : et si la France rattrapait enfin son retard ?

Paris, le lundi 27 juin 2022 - En France, les HPV sont responsables, chaque année, de plus de 100 000 verrues génitales bénignes, plus de 30 000 lésions pré-cancéreuses et plus de 8000 cancers des régions génitales, anales et oropharyngées. Les premiers vaccins anti-HPV ont été mis sur le marché en 2007 et incluent désormais les 9 types d’HPV à l’origine de tumeurs bénignes, pré-cancers et cancers.

En 2007, les recommandations sanitaires mondiales pour la vaccination anti-HPV ne concernaient que les filles âgées de 11 à 14 ans. En France, en 2019, les recommandations vaccinales ont été élargies aux garçons de la même tranche d’âge, avec une prise en charge à 65% par l’Assurance maladie à partir du 1er janvier 2021.

En Europe, la couverture vaccinale dépasse 50% dans 20 pays et 75% dans 11 pays dont le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni. En France, après l’extension des recommandations aux garçons, la couverture vaccinale française s’élevait à 41% (45,8% pour les filles et 6% pour les garçons), « un niveau très éloigné des objectifs fixés par la Stratégie nationale de santé sexuelle et le Plan cancer : 60% chez les adolescentes âgées de 11 à 19 ans en 2023 et 80 % à l’horizon 2030 » note l’Académie de médecine.

Pour les sages de la rue Bonaparte l’insuffisance de la couverture vaccinale observée en France s’explique par un manque de volonté politique. On notera, par exemple, que la dernière campagne en faveur de cette immunisation qui date de janvier 2021 était le fait de l’association Imagyn et non d’une agence de santé publique. Surtout les académiciens pointent un manque de confiance chez certains professionnels de santé qui renoncent à tenter de convaincre leurs patients. En effet, différentes enquêtes montrent que 40 % des médecins ne recommandent pas systématiquement cette vaccination, évoquant un acte « mal perçu » par les parents. Il faut dire que le vaccin HPV fait régulièrement l’objet de fausses rumeurs…dont certaines sont même alimentées par certains parlementaires.

Dans ce contexte, l’Académie nationale de médecine recommande de rétablir la confiance dans cette vaccination, tant celle du public que des professionnels de santé, avec le soutien de l’Institut national du cancer (InCA) qui pourrait fournir aux praticiens une documentation pour les aider dans l’information de leur patientèle. Elle suggère également de rendre systématique l’offre de vaccination des enfants âgés de 11 à 14 ans et de relancer les adolescents non immunisés dans le cadre d’une vaccination de rattrapage, possible jusqu’à l’âge de 19 ans. Enfin, elle met en avant la nécessité de pallier les inégalités socio-économiques par un accès facilité à la vaccination, « en particulier dans les lieux fréquentés par les populations les plus défavorisées, avec des conditions permettant l’absence d’avance de frais ». Elle propose, notamment pour répondre à cet objectif, de mettre en place une vaccination scolaire : une expérimentation a d’ailleurs déjà eu lieu en Guyane entre 2019 et 2021.

Cet avis rejoint de récents travaux de l’Académie qui déplorait le regard suspicieux que portent beaucoup de Français sur le médicament et les vaccins.

X.B.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article