Vaccination : confusion en France, espoirs en Israël, impatience dans le monde

Paris, le jeudi 14 janvier 2021 – On peine à imaginer que les grands hommes ne flanchent jamais face à l’adversité. Mais pour l’heure, Olivier Véran tient. Il ne peut ignorer les failles de la campagne de vaccination française, mais pourtant, il assure calmement à l’Assemblée nationale : « Nous ne naviguons pas à vue, une stratégie a été définie ».

Qui s’y frotte, ne s’y pique pas toujours

Une stratégie parfaitement définie devrait cependant probablement répondre à un pilote bien identifié. Pourtant, alors que se sont succédé ces derniers jours les révélations concernant les multiples cabinets de conseil que le gouvernement a sollicités pour préparer la campagne (pas moins de cinq agences ont travaillé sur le sujet !), désormais (et enfin penseront beaucoup) l’armée est au côté du ministère de la Santé pour gérer une logistique complexe.

Cette aide sera sans doute précieuse pour corriger les nombreux dysfonctionnements qui émaillent la campagne. D’abord, sur les équipements : outre des aiguilles non adaptées aux injections intramusculaires, dans certains centres, deux fois moins d’aiguilles ont été distribuées que le nombre de doses ! Sur ce point, Olivier Véran a précisé hier que notre pays disposait de 3,3 millions d’aiguilles (dont on espère qu’elles sont adaptées aux injections intramusculaires !) et que deux millions supplémentaires étaient attendues dans les prochains jours.

Entre deux doses, mon calendrier s’affole

D’un point de vue plus médical, des éclaircissements sont attendus sur l’espacement entre les deux injections, alors que l’avis hier de l’Académie de médecine recommandant d’éviter cette stratégie (sauf pénurie réelle) a relancé la discussion au sein de la communauté médicale. Outre leurs réflexions scientifiques, les professionnels de santé vaccinés en ce début de semaine constatent dans leurs échanges des différences difficilement explicables entre les centres : certains donnent rendez-vous dans trois semaines, quand d’autres ont déjà acté que la seconde injection aurait lieu six semaines après. Par ailleurs, alors que les premières consignes concernant un espacement plus important des deux doses semblent avoir été données mardi (mais pas de façon généralisée), ceux ayant été vaccinés auparavant sont dans l’expectative : leur rendez-vous sera-t-il déplacé ? Sur cette question de l’espacement de la deuxième dose de vaccin vous pouvez donner votre avis en répondant à notre sondage.

Initiatives locales

Des directives claires et uniformisées en la matière sont indispensables avant que ne commence lundi la vaccination du grand public. Cette étape majeure suscite, elle aussi, différentes questions concernant notamment les publics prioritaires. Officiellement, les sujets de plus de 75 ans sont ciblés. Pourtant, la question de l’inclusion de certains sujets atteints de maladies chroniques est « en discussion » a indiqué hier le ministère de la Santé. « Les patients atteints de cancer en chimiothérapie, les patients en insuffisance rénale chronique, les transplantés, et toute une série de maladies rares qui exposent à des formes ultra sévères de Covid, c’est aussi par exemple la trisomie21 » a listé mardi à l’Assemblée nationale, le professeur Alain Fischer, qui estime que cela représente quelques centaines de milliers de personnes. Une liste très précise doit cependant être établie, pour éviter de nouvelles interrogations dans les centres de vaccination. Cependant, certains centres ont déjà devancé les préconisations du ministère. Ainsi, l’hôpital privé de l’Est Parisien a choisi de vacciner ses patients dialysés (il s’agit d’un des plus importants centres de dialyse en France). Selon, le docteur Sébastien Homs, seuls 10 % des 260 patients nécessitant une dialyse trois fois par semaine ont refusé l’administration du vaccin. Cette initiative louable témoigne d’une très forte attente mais aussi de l’existence de procédures locales écartées des recommandations globales, qui suggèrent encore une fois probablement un défaut de pilotage. De la même manière, selon le Quotidien du médecin, le CHU de Nîmes, par la voie d’un mail de la direction en association avec la CME propose la vaccination à l’ensemble de ses médecins et personnels soignants sans distinction d’âge.

Des professionnels mobilisés mais pas assez sollicités

Ces pratiques différenciées sont sans doute en partie le fruit des tâtonnements et revirements autour des publics prioritaires, qui ont contribué à une certaine confusion. Certains choisissent ainsi d’anticiper, quand le processus décisionnel des pouvoirs publics souffre de lenteur. C’est le sentiment de beaucoup (dont la Société française de gériatrie et gérontologie qui appelle à une mobilisation totale) et notamment des pharmaciens qui multiplient depuis plusieurs semaines (avant même l’autorisation du vaccin Pfizer/BioNTech) la demande de pouvoir vacciner, sans encore avoir été entendu (en dépit de déclarations non performatives), alors que sur ce point, les anciennes querelles entre infirmiers et pharmaciens sont dépassées (la Fédération nationale des infirmiers [FNI] s’est déclarée favorable à la participation active des pharmaciens). Dans un tel contexte, il faudra sans doute plus de temps encore avant que le Syndicat des médecins libéraux (SML) ne reçoive une réponse à sa proposition d’une mise à disposition du vaccin Moderna dans les cabinets libéraux, puisque sa logistique est bien moins complexe que celle du sérum de Pfizer/BioNTech.

Communication : les footballers ne restent pas sur le banc de touche 

Enfin, mais c’est sans doute un épiphénomène comparativement aux multiples failles encore à réparer, il n’y a toujours pas en France de grande campagne nationale d’incitation à la vaccination, contrairement à d’autres pays étrangers. Pourtant, la mobilisation des personnalités aimées des Français serait sans doute simple à obtenir, comme en témoigne le texte signé par 130 sportifs de renom (dont Olivier Giroud, Florent Manaud ou encore Yannick Noah) mis en ligne sur le site de RMC qui proclame « Nous nous engageons à nous faire vacciner dès que cela sera possible pour permettre un retour à la vie normale et à la tenue des compétitions sportives professionnelles et amateurs ».

Phase IV israélienne

Dans un tel contexte, les comparaisons avec le reste du monde restent cruelles. Ainsi, la Grande-Bretagne qui a vacciné 3,07 millions de personnes (4,52 % de sa population) a annoncé hier vouloir encore accélérer sa cadence, en administrant le vaccin à 300 000 personnes par jour, grâce à une mobilisation jour et nuit. Israël maintient également un rythme très soutenu, même s’il a dû ralentir en raison d’une raréfaction des doses. Le pays compte aujourd’hui 2,04 millions de personnes ayant reçu au moins une première dose (soit 23 % de sa population selon les chiffres présentés par le site d’Oxford légèrement supérieurs à ceux évoqués hier dans l’après-midi par les autorités israéliennes). Les bénéfices de cette vaccination ont été exposés ce 13 janvier par la responsable des services de santé Sharon Elrai-Price. « Les données montrent qu'à ce jour, 4 500 personnes ont été diagnostiquées positives au coronavirus après avoir reçu la première dose de vaccin, dont 375 ont été hospitalisées en raison de la maladie. Parmi les personnes hospitalisées, 244 l'ont été dans la première semaine suivant leur vaccination, 124 au cours de la deuxième semaine, et 7 plus de 15 jours après avoir reçu le vaccin ». Cette décrue confirme bien l’efficacité de la vaccination et les données israéliennes suggèrent même que l’efficacité après la première dose est supérieure à celle observée dans les études initiales (puisqu’elle atteindrait 80 % avant la seconde injection et non un peu plus de 50 % après la première dose). Cependant, compte tenu du fait que le nombre de personnes ayant été vaccinées il y a deux semaines est encore restreint, l’incidence sur l’épidémie demeure modérée, même si l’on note que la létalité de la Covid, qui stagnait depuis le début de l’automne (0,8 %) a récemment diminué pour atteindre 0,7 %. Ces résultats de « phase IV », qui rappellent d’ailleurs que le partenariat entre Pfizer/BioNTech et Israël pour obtenir un nombre important de doses repose entre autres sur un partage des données médicales, ne peuvent qu’accroître l’engouement mondial pour la vaccination.

Vaccins russe et chinois : un manque de transparence constant

De fait, un nombre croissant de pays s’invitent dans la course, avec notamment hier l’Indonésie forte de ses 270 millions d’habitants et dont le président a été le premier à recevoir une dose du vaccin chinois Sinovac, et à l’autre bout de la planète la petite Jordanie. La multiplication des pays participants accroît la pression sur le nombre de doses disponibles. BioNTech a promis de fournir deux milliards de doses avant la fin de l’année, ce qui devrait permettre entre autres d’honorer les commandes de l’Union européenne qui a doublé ses précommandes du vaccin Pfizer/BioNTech. Même les pays qui ont fait le choix d’utiliser les vaccins chinois ou russe pourraient être confrontés à de telles problématiques. Mais en la matière, la transparence n’est même pas une promesse affichée et cède la place aux déclarations intempestives. Ainsi, Vladimir Poutine a ordonné hier le lancement dès la semaine prochaine d’une campagne de vaccination pour tous ; assurant que le vaccin Spoutnik V (dont une formulation unidose serait en préparation) est le meilleur. Quant au vaccin Sinovac, il fait étrangement l’objet de résultats différents en fonction des pays où des essais cliniques ont été lancés (entre 50,4 % de protection au Brésil [résultats définitifs] et 91,2 % en Turquie [données préliminaires]).

Mais outre la disponibilité des vaccins, il n’est pas qu’en France, que les couacs et les dysfonctionnements s’observent. Ainsi, la presse italienne raconte commente 100 000 italiens n’appartenant pas aux catégories prioritaires ont été vaccinés « clandestinement », tandis qu’en Thuringe en Allemagne le logiciel de prise de rendez-vous a été la victime d’une cyberattaque, sans rappeler qu’en Bulgarie, la livraison des premières doses dans des camions frigorifiques d’une société de saucisses a laissé une impression douteuse !

Aujourd’hui, 32,56 millions de personnes ont été vaccinées contre la Covid dans le monde. En France, hier, ce nombre serait de 247 167 et 18,1% des doses réceptionnées auraient été utilisées.  

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • La perte de chance

    Le 15 janvier 2021

    Nous connaissons tous notre obligation de moyen et la notion de perte de chance qui est souvent retenue contre nous. Dans les procès à venir des familles de personnes décédées du covid et inscrites sur des listes d’attente de vaccination pendant que les doses de vaccins restent dans des congélateurs, on repassera sans doute la vidéo de notre ministre de la santé « assumant le délai » de la vaccination et refusant les «  vaccinodromes qui n’avaient pas marché » , comme si l’épidémie de covid était celle du h1n1, quelles paroles malheureuses....

    Dr Philippe Lucas

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