Vaccination contre la variole du singe : des débuts difficiles (bis repetita)

Paris, le vendredi 15 juillet 2022 – Un triste air de déjà vu ? Dix-huit mois après les débuts difficiles de la campagne de vaccination contre la Covid, la France semble peiner à mettre en place la vaccination élargie contre le Monkeypox.

Le retour des créneaux fantômes

Le soulagement au sein de la communauté homosexuelle n’aura été que de courte durée. Alors que depuis la mi-juin, les réseaux sociaux bruissaient de messages inquiets s’interrogeant à propos des raisons pour lesquelles la France n’ouvrait pas la vaccination contre la variole du singe aux personnes les plus à risque, la recommandation dans ce sens de la Haute autorité de Santé (HAS) vendredi 8 juillet avait suscité l’espoir. Mais une semaine plus tard, le désenchantement est au rendez-vous. Les difficultés pour avoir accès au vaccin se multiplient.

Sur internet, les témoignages affluent de personnes ayant essayé à de nombreuses reprises sans succès de réserver un créneau de vaccination. La colère monte et les associations de défense des personnes homosexuelles gondent.

Manque d’anticipation : la rechute

Le même diagnostic qu’en janvier 2021 est avancé par les spécialistes : les autorités sanitaires françaises souffrent d’un grave défaut d’anticipation. Dans l’Express, le Dr Willy Rozenbaum, professeur honoraire de maladies infectieuses à l’hôpital Lariboisière (un des centres de vaccination d’Ile de France) décrit : « Ce matin (12 juillet NDLR), on a reçu une centaine d'appels alors que l'on n'a que 40 doses par semaine avec une priorité pour les cas contacts établis. Et rien que ce matin, on a dénombré sept nouveaux cas sur des patients venus sans rendez-vous ! ».

Combien de vaccins, combien de candidats ?

Même maladie, mêmes questions également. De combien de doses la France dispose-t-elle ? Sur ce point, la Direction générale de la Santé (DGS) rappelle que l'état des stocks de vaccin contre la variole du singe est classé secret-défense (en raison des risques terroristes). 

Cependant, on sait que 7 500 doses ont déjà été « déstockées » et dans le Journal du Dimanche, Clément Lazarus, de la Direction générale de la Santé indique : « 5 000 doses sont déjà prévues la semaine prochaine et la semaine suivante, et on continuera comme cela en fonction des besoins des agences régionales de santé qui nous sont remontés (...) au fur et à mesure de l'ouverture des centres de vaccination ».

Mais face à ces informations, la cuisante comparaison avec l’Allemagne revient une nouvelle fois : alors que les responsables de la DGS étaient auditionnés par une commission parlementaire mercredi, le sénateur Bernard Jomier faisait remarquer que fin mai l’Allemagne « commandait 240 000 doses de vaccin », quand en France l’heure n’en était encore qu’aux recommandations timides.

Parallèlement, le nombre de personnes éligibles à la vaccination est également difficile à définir. Dans son avis, la HAS indiquait : « La population d’HSH multipartenaires au cours des 6 derniers mois est (…) estimée à environ 250 000 personnes et la population d’HSH ayant recours à la PrEP est estimée à environ 73 000 personnes sur une période de 12 mois. Les utilisateurs de la PrEP étaient principalement des HSH, âgés en moyenne de 37 ans résidant principalement en Ile-de France. De façon complémentaire, dans une étude Epi-Phare13 réalisée à partir des données du Système National des données de santé en 2021, plus de 12 400 initiations de traitement ont été enregistrées sur une période de 12 mois (juin 2020- juin 2021), et environ 20 000 renouvellements au premier semestre 2021. Dans cette étude la grande majorité (85 %) des utilisateurs renouvellent leur traitement d’un semestre à l’autre, suggérant une exposition à risque répétée et une continuité du suivi médical préventif ».

Mais le nombre de sujets concernés pourrait demain être beaucoup plus élevé si l’épidémie diffusait plus largement dans la population.

Coup de froid sur l’acheminement

Outre la question du nombre de doses, des problèmes logistiques sont également à déplorer, une fois encore comme aux premières heures de la vaccination contre la Covid. Sur ce point, les conditions de conservation ont été modifiées, ce qui devrait faciliter les choses. « La principale limitation venait jusque-là du mode de transport. Les vaccins devaient initialement voyager par -20°C, mais les autorités sanitaires ont obtenu qu'ils soient désormais transportés entre 0 et -6°C. Ce qui est plus facile », explique le Pr Rozenbaum.

Feu d’artifice

Enfin, le nerf de la guerre, c’est la disponibilité des professionnels pouvant vacciner, alors que partout les pénuries font rage et que la période estivale ne fait qu’aggraver les difficultés. «  Nous avions dit que nous ouvririons la vaccination cette semaine, mais avec le 14 juillet en plein milieu, les choses ne sont pas simples », a déploré le Dr Clément Lazarus devant les élus de la nation.

Cependant, le représentant de la DGS a affirmé que les choses allaient rapidement s’améliorer. Il a voulu mettre en avant les efforts déjà réalisés avec notamment 72 centres de vaccination mis en place (dans les établissements hospitaliers et les centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic, Cegidd) et l’ouverture d’un numéro vert : « Monkeypox Info service », accessible 7 jours sur 7 au 0801 90 80 69.

Selon les dernières données disponibles, 912 cas ont été recensés en France et 700 cas contacts ont reçu une injection vaccinale.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • De la place des communautés en France

    Le 16 juillet 2022

    Quand on se souvient des propos moralistes, ou bien pire, notamment discriminant, de membres de communautés qui gagnent leur vie à exposer leurs vies privées, exemple sur C8 , c'est amusant d'entrevoir leurs peurs: « C’est un enfer » https://www.nouvelobs.com/sante/20220715.OBS60967/c-est-un-enfer-la-communaute-gay-s-arrache-les-cheveux-pour-se-faire-vacciner-contre-la-variole-du-singe.html

    Quand on a, très tôt, communiqué sur la nécessité de ne pas stigmatiser, notamment, cette communauté, en saisissant leurs représentants, on peut être en droit de leur demander de faire leur propre ménage. Le respect cela se mérite et se cultive... Ou alors, être homosexuel, c'est, en France, une forme de sauf conduit, ou un blanc seing, ou pire une étoile, qui permet toutes les outrances ? En tout cas, les enseignants français et les pédiatres, vont mettre à jour les fiches d'information à destination des jeunes ou les laisser se cultiver seuls ? Au niveau scientifique les muqueuses buccales, anales et vaginales, cela a un fonctionnement qui permet une certaine protection de la Vie qui justifie d'être éclairé...

    Dr Bertrand Carlier

  • C'est l'enfer ?

    Le 17 juillet 2022

    Je ne mets pas en doute les difficultés des homosexuels masculins (pardon HSH) à avoir accès au vaccin.
    Mais, en suivant le lien vers le Nouvel Obs donné par le Dr Carlier, il y a de quoi s'interroger.
    En particulier, mais pas seulement, lorsque je lis ce témoignage:
    "Un autre centre m’a fait une proposition, pour une date en pleine journée, quand je bosse. Est-ce que je vais devoir poser une RTT pour pouvoir me faire vacciner ? »
    La réponse est : oui.
    Oui monsieur, vous devrez faire une croix sur une ou une demi-journée de RTT si vous voulez vous faire vacciner.
    Quand on doit se faire faire une coloscopie, par exemple, c'est en semaine. Et on pose un jour de RTT (ou on ferme son atelier quand on est artisan travaillant seul etc). Personne n'en fait un drame.
    Ce monsieur a t-il la moindre conscience des vrais difficultés des gens de chez moi qui doivent attendre 6 mois ou un an pour un RDV chez le dermato ou l'ophtalmo par exemple.
    Il a la chance d'avoir un RDV rapide pour sa vaccination, mais il doit pour cela prendre un RTT.
    Quel enfer ! Dans quel monde vit-il ?

    Dr Thibault Heimburger

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