Vaccination : la France est-elle si loin du but ?

Paris, le jeudi 1er avril 2021 – Hier, le Président de la République, a donné de nouvelles précisions concernant le calendrier des vaccinations contre la Covid, faisant clairement de la vaccination des Français le moteur central d’un retour à une situation plus proche de la normale. « Grâce à la vaccination, la sortie de crise se dessine. Vous êtes plus de 8,5 millions à avoir reçu une première injection, 3 millions à en avoir reçu deux. Notre enjeu principal aujourd’hui est donc d’accélérer encore et encore. Continuer à avoir de plus en plus de doses en accélérant nos achats et en produisant en France et en Europe. Il y a eu des retards, des choses que nous avons corrigées, mais nous allons encore accélérer le nombre de doses que nous obtenons » a affirmé le chef de l’Etat.

Au rythme actuel, l’ensemble de la population française ne sera pas vacciné avant un an

Concrètement, après les personnes de plus de 70 ans sans comorbidités qui peuvent se faire vacciner depuis le 26 mars, à partir du 16 avril, s’y ajouteront les sujets de plus de 60 ans, avant d’être rejoints le 15 mai par les plus de 50 ans. A la mi-juin ce sont tous les Français de plus de 18 ans qui pourront avoir accès aux vaccins. Le chef de l’Etat a également indiqué, sans donner plus de précisions, que certains publics prioritaires (tels les enseignants) pourraient être inclus dans le programme vaccinal avant le mois de juin. La programmation des livraisons et le rythme actuel des vaccinations permettront-ils de tenir ces engagements ? Selon le site Covid Tracker « Pour vacciner l'ensemble de la population adulte (52 millions de personnes) d'ici à août 2021, il faudrait injecter 567 678 doses chaque jour.  Au rythme actuel (moyenne des 7 derniers jours), l'objectif de vacciner l'ensemble de la population adulte serait atteint le 30 mars 2022 ». Faut-il considérer pour autant que les objectifs du Président de la République ne puissent pas être tenus ? D’abord, il faut rappeler, que même si l’adhésion à la vaccination est bien plus importante que ce qui était redouté à la fin de l’année 2020, un certain nombre de Français continue à refuser de se faire vacciner.

A flux tendu

Ensuite, et de façon plus positive, le rythme de la vaccination devrait encore s’accélérer dans les jours et semaines qui viennent sous l’effet cumulé de différents leviers. L’ouverture de vaccinodromes et des livraisons plus importantes aux pharmacies d’officine et aux cabinets de ville devraient permettre de faire progresser le nombre quotidien d’injections, d’autant plus que les renforts sont très nombreux. Les tendances de ces derniers jours montrent en effet que désormais c’est uniquement la limitation du nombre de doses qui freine la vaccination. Le réflexe de thésaurisation qui semblait s’imposer dans les premières heures de la campagne s’estompe. On vaccine ainsi à flux tendu aujourd’hui avec 10 714 250 doses administrées (chiffres arrêtées le 30 mars) sur 12 083 370 doses réceptionnées. Ce qui est par ailleurs remarquable, c’est que la différence entre les vaccins en ce qui concerne la proportion de doses reçues effectivement administrées s’estompe. Ainsi, aujourd’hui, en dépit de la suspension qui aurait pu créer un sentiment de défiance, 78 % des doses d’AstraZeneca ont été injectées (contre 93 % pour le vaccin Pfizer-BioNTech). Aussi, si une même dynamique est constatée, on peut tout à fait espérer que le 16 mai autour de 23 millions de Français aient reçu au moins une injection (alors que près de 29 millions de doses auront été normalement reçues dont 21 millions de Pfizer/BioNTech ce qui est essentiel pour la vaccination des sujets de moins de 55 ans) et non pas seulement 16 millions comme le projette l’excellent outil Covid Planner en se référant au rythme actuel.

60 % des plus de 75 ans ont reçu au moins une dose

L’analyse de la situation actuelle de la vaccination française conduit en outre à atténuer peut-être en partie le regard sévère que nous sommes nombreux à porter. Il apparaît en effet que 60 % des personnes de 75 ans et plus ont reçu aujourd’hui au moins une injection (injection unique qui semble avoir un effet protecteur certain si l’on en juge par les expériences en vie réelle de la Grande-Bretagne). Par ailleurs, 23 % des personnes de 63 à 74 ans ont également reçu une dose. Des données qui, parallèlement aux spécificités du variant anglais, expliquent l’évolution du profil des patients en réanimation et la diminution du nombre de décès.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Les passe droit de la vaccination sont insupportables

    Le 04 avril 2021

    C’est un progrès pour la vaccination en cours et c’est également une grande confusion.
    La médecine n’est pas une science exacte, qui n’a pas besoin de ces tergiversations autour du vaccin.
    Il faut accélérer la vaccination, ce qui n’empêche pas de respecter les préconisations liées à l’âge.
    Je trouve que ces passe droit, dans l’accès à la vaccination, dont bénéficient de nombreux élus qui n’ont pas l’âge d’être vaccinés, est insupportable,
    On voit et on a vu des élus de tous âges, de moins de 60 ans se faire vacciner alors que dans le même temps des personnes âgées de plus de 90 ans n’ont pas accès à la vaccination.
    Manque de vaccins, passé droits, on ne peut pas dire que la France ait brillé dans ce vaste dossier de la vaccination

    Yves C Riviere (Union des Grandes Pharmacies UGP)

  • Arrêtons de râler svp

    Le 04 avril 2021

    Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le message précédent :
    - Tout d'abord, avez vous des chiffres quantitatifs du nombre de vaccins administrés en "passe-droit"? Quand on regarde les chiffres des personnes vaccinés par tranches d'âges, la grande majorité des vaccinés a plus de 60 ans, et une part non négligeable des vaccinés en deçà de cet âge doit être des soignants ou des gens avec comorbidité(s) : les élus qui auraient profité de leur statut pour avoir une dose sont donc forcément minoritaires!
    Et si en plus ils ne l'avaient pas fait, il y aurait encore des gens pour en appeler au complot, et dire que les politiques veulent nous empoisonner, et que c'est pour ça qu'ils ne se vaccinent pas...

    - Jusqu'à présent la vaccination de la population était gérée par le corps médical (notamment en ville) : laissons aussi les médecins vacciner en bonne conscience, en priorisant ceux qu'ils estiment devoir l'être. Je donnerais l'exemple d'une généraliste de campagne qui a reçu 30 doses au lieu de 10, un samedi, et qui donc a dû trouver au pied levé une vingtaine de personnes en sus de celles prévues, et au dernier moment. Doit-on lui tirer dessus parce qu'elle n'a pas vacciné que des "prioritaires", au risque de perdre des doses?
    Il y a toujours quelqu'un pour trouver à redire des décisions des autres. Croyez-vous que tout le monde serait d'accord avec vos décisions, si elles venaient à être juger?

    Jean Matteacci-Allo (IDE)

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