Vaccination : la réticence n’est pas morte… y compris chez les médecins ?

Paris, le jeudi 18 février 2021 – Ce mercredi 17 février, plus de 2 357 000 personnes en France avaient reçu au moins une première dose d’un vaccin contre la Covid, tandis que 816 990 ont reçu deux doses. S’ils sont évidemment bien moins importants que ceux de Grande-Bretagne ou encore d’Israël, ces chiffres montrent cependant que la France a effacé les ratés du début de sa campagne vaccinale.

Pas un vaccin de seconde zone

Cependant, des freins existent encore, qui méritent une vigilance importante. Ainsi, le lancement de la campagne de vaccination en médecine de ville est l’objet de signaux préoccupants. Seuls 28 844,médecins généralistes se sont inscrits pour commander et recevoir dès la semaine prochaine un flacon de dix doses du vaccin AstraZeneca, ce qui suppose qu’ils vaccineront dix personnes en moins de 6 ou 48 heures (en fonction de l’option de conservation qu’ils auront choisie et qu’ils peuvent mettre en œuvre). Moins d’un médecin sur deux s’est donc porté volontaire pour participer à cette première phase. Faut-il y voir une certaine défiance de la part des médecins généralistes vis-à-vis du vaccin AstraZeneca en raison d’une part d’effets secondaires qui seraient plus fréquents et d’autre part d’une efficacité potentiellement moindre face aux variants et non encore parfaitement établie chez les plus âgés ? Face au pressentiment d’un mouvement de désapprobation, le responsable de la stratégie vaccinale, Alain Fischer, a insisté ce matin : « Le vaccin AstraZeneca n’est pas un vaccin de seconde zone ». « C’est un vaccin pour lequel le taux d’efficacité est très bon. Le taux de protection est d’un peu plus de 80 %, soit pas  très loin du taux annoncé par les vaccins ARN », a-t-il fait valoir au micro d’Europe 1.

Si les Français encore réticents perçoivent les réticences de leur médecin…

Cette défiance que l’on subodore, même si l’adhésion pour le moment apparemment modérée des médecins généralistes pourrait également être liée à des raisons organisationnelles (avec notamment un démarrage de la procédure d’inscription vendredi), pourrait-elle rejaillir sur les Français ? Très redoutée avant le lancement de la campagne vaccinale et expliquant possiblement la prudence extrême originelle du gouvernement, la défiance des Français a sans doute été exagérée. Elle n’a en effet cessé de reculer. Néanmoins, une enquête exclusive conduite par Kantar en janvier met en évidence que c’est toujours en France que la part de personnes hésitantes est la plus élevée (23 % disent qu’ils se feront probablement vacciner, 20 % probablement pas et 11 % ne savent pas). Elle signale par ailleurs que les médecins généralistes sont perçus comme les sources les plus fiables pour les informer sur le vaccin. Comment dans ce cadre, la position des praticiens sur le vaccin AstraZeneca pourrait-elle avoir une influence sur la perception des Français ?

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (7)

  • La réticence est plus que normale

    Le 19 février 2021

    Comme se fait il que le gouvernement ait besoin de 12 sociétés de communication pour "promouvoir" un vaccin.
    Après le black Friday, le Vaccin friday ou le black vaccin comme on veut.
    Cet argent n'aurait il pas pu servir à garder quelques lits supplémentaires dans des hôpitaux publics ?

    La réticence est plus que normale dans cette situation.

    Philippe Bonnotte (IDE)

  • Balance bénéfice risque

    Le 19 février 2021

    A l’heure où les prédictions des épidémiologistes de l’inserm nous annoncent une situation catastrophique en mars liée à l’augmentation du variant anglais qui est couvert par ce vaccin il est important de rassurer les patients : parmi les soignants vaccinés les 40-50 ans l’ont plutôt bien toléré et la deuxième injection est encore mieux tolérée contrairement au Comirnaty-pfizer (expérience de vaccination au sein de mon unité). Les vacances de février et le timing des annonces expliquent peut-être le relatif faible nombre de médecins inscrits. En attendant de saisir les propositions de vaccination faites par les pharmaciens qui boosteraient la campagne.

    Dr Philippe Jouvencel

  • Courage ou inconscience

    Le 19 février 2021

    Le Pr Fischer donne le chiffre de 80 %; il me semblait avoir entendu 60 -70 %, comme pour le vaccin grippal; la presse et les media ont mis en avant (amplifié?)les effets secondaires précoces de ce vaccin; certains pays n'utilisent pas Astra Zeneca, l'Afrique du Sud tente de revendre les siens.. Disons que pour le moins les médecins généralistes partent avec un handicap. Ils ont la confiance de leurs patients, il ne faudrait pas que celle-ci soit mise en péril s'il s'avérait dans quelques semaines ou mois que l'efficacité n'était pas au rendez-vous. La promotion de la vaccination dans ces conditions fait appel à du courage, mais pas à l'inconscience...

    Dr Remy Gries

Voir toutes les réactions (7)

Réagir à cet article