Vaccination obligatoire des soignants : un jour J sans douleur malgré quelques situations locales complexes

Paris, le jeudi 16 septembre 2021 - Les déclarations rassurantes de la Fédération hospitalière de France et des représentants des plus grands groupes hospitaliers Français n’étaient pas feintes : le passage de la première étape de l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale pour l’ensemble des personnes travaillant dans le secteur de la santé et de l’aide aux personnes s’est déroulé sans encombre. Le ministre de la Santé, Olivier Véran a ainsi indiqué ce matin sur RTL que seules 3 000 suspensions avaient été notifiées hier sur 2,7 millions d’agents soumis à l’obligation vaccinale, tandis que quelques dizaines de démissions ont été enregistrées. Il s’agit cependant de chiffres provisoires, compte tenu des salariés potentiellement en congés ou en arrêt de maladie, tandis que les données pourraient ne pas être totalement exhaustives compte tenu de la diversité des statuts et des établissements concernés. De plus, l’Assurance maladie ne fait pas état pour l’heure d’une flambée suspecte des prescriptions d’arrêts de travail.

Enfin, Olivier Véran a précisé que les suspensions concernaient majoritairement des personnels non « soignants », tandis qu’il a rappelé qu’elles n’étaient pas nécessairement définitives. Une partie de ceux qui ont été sanctionnés hier pourraient en effet finalement opter pour un rendez-vous de vaccination très prochainement.

99 % des personnels vaccinés à l’AP-HP

Ces données globales du ministre de la Santé qui n’offrent guère de précisions concernant les professions concernées et les secteurs les plus touchés (beaucoup avaient affirmé que dans les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes, la situation risquait d’être plus complexe) corroborent cependant pour l’hôpital celles avancées par les grands groupes hospitaliers. Ainsi, ce matin, l’Assistance publique-hôpitaux de Paris fait état de 340 salariés suspendus (sur 100 000 agents) : un chiffre qui pourrait cependant encore évoluer, en fonction des prises de service et des retours de congés.

Perturbations à Nice et Montélimar

Cependant, ces chiffres ne masquent pas complètement quelques situations locales ardues. Ainsi, à Montélimar, des déprogrammations ont été nécessaires pour faire face au retard de vaccination de 11 % des salariés de l’hôpital. Quelques 150 interventions ont ainsi dû être reportées cette semaine, ce qui renvoie à la sombre période du confinement de mars 2020. Si vaccination in extremis des équipes et recrutement d’intérimaires devraient permettre de revenir rapidement à la normale, l’établissement est cependant loin de partager la perception globale d’une étape se déroulant tranquillement. Même impasse à Nice où ce sont 450 agents sur les 7 500 personnels du CHU de la ville qui ont été l’objet d’une suspension hier. Le fonctionnement de plusieurs unités est ainsi significativement perturbé par cette ampleur inégalée de réfractaires. On observe en effet que ce ne sont pas uniquement les personnels techniques ou administratifs qui sont concernés, mais également des infirmiers et aides-soignants et une poignée de médecins.

Entre 3 et 5 % de médecins non vaccinés

La couverture vaccinale de ces derniers n’est en effet pas encore totale. Le président du Conseil de l’Ordre Patrick Bouet a ainsi estimé à 10 000 le nombre de praticiens n’ayant encore reçu aucune injection d’un vaccin contre la Covid, sans cependant préciser si ces 10 000 étaient encore tous actifs. S’il s’agissait de 10 000 médecins actifs, cela représenterait  autour de 4,5 % des praticiens (moins de 3,5 % si cela englobe les retraités et non actifs). « Ce n'est pas une petite quantité. Notre objectif est de 100 % vaccinés », a déploré le patron de l’Ordre. Il a encore avancé que la moitié des médecins non vaccinés étaient des libéraux. Les premiers contrôles réalisés par les Agences régionales de santé ont débuté concernant ces praticiens de ville, en s’appuyant sur les fichiers de l’Assurance maladie. Les professionnels ne respectant pas l’obligation de vaccinale doivent cesser leur activité : certains ont d’ailleurs déjà annoncé dans les médias ou sur les réseaux sociaux la fermeture de leur cabinet. Pour s’assurer de la réalité de cette suspension, les prises en charge par l’Assurance maladie sont suspendues et les ordonnances sont considérées comme invalides. Par ailleurs, des contrôles aléatoires seront réalisés par les Agences régionales de Santé (ARS). Concernant les sanctions ordinales, l’Ordre des médecins a indiqué attendre une instruction ministérielle qui serait encore en arbitrage, quant à la procédure à suivre pour les médecins libéraux.

Tensions

La présentation de ces chiffres par le patron de l’Ordre a été l’occasion pour lui de revenir sur le climat de tension qui entoure aujourd’hui la question de la vaccination contre la Covid et les menaces reçues par un certain nombre de praticiens, notamment les plus médiatisés. « C'est une très grande violence » a-t-il témoigné, signalant avoir lui-même été visé. Ces conflits ne se situent cependant pas uniquement sur le terrain médiatique. Dans les équipes hospitalières, dans les cabinets, la vaccination a nourri de profondes dissensions entre ceux qui entretenaient auparavant des relations professionnelles cordiales. Beaucoup d’observateurs notent également que les discussions ont également pu raviver les conflits de classe récurrents qui ont longtemps altéré les rapports entre médecins et personnels paramédicaux. Dans ce contexte l’appel d’un collectif de soignants dans le Quotidien du médecin à regarder « partir avec soulagement ceux qui brûlent leurs diplômes vers d’autres destinations professionnelles » n’est pas nécessairement propice à l’apaisement. Mais il témoigne de l’incompréhension infranchissable qui s’est installée entre les deux camps, même si l’on trouve parmi les personnels non encore vaccinés des peurs profondes et un désarroi sincère de devoir choisir entre un métier aimé et une vaccination qu’ils considèrent comme totalement impossible.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Réflexion statistique

    Le 17 septembre 2021

    Avoir des soignants manquant sur 100 % des effectifs, ce n'est pas forcément grave. Ce qu'on oublie, c'est que nous étions déjà en pénurie dans de nombreux secteurs. Dans ce cas là, l'absence d'un seul professionnel peut poser de gros problèmes, puisqu'on rompt un équilibre qui était déjà précaire.

    Dr Marie-Ange Grondin

  • Douleur vous avez dit ?

    Le 20 septembre 2021

    Sans douleur pour qui ? Probablement pour les administrations hospitalières qui (bien souvent, certes pas toujours) ne connaissent pas le personnel sur le terrain, ne vivent pas le sous-effectif permanent et gèrent les ressources humaines derrière un écran de PC. Ceux qui ont rencontré les intolérants aux vaccins savent que cela a été douloureux pour le personnel concerné…

    Dr F.Mauvais

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