Vaccination, protocole scolaire : la situation épidémique chez l’enfant relance diverses polémiques

Paris, le lundi 6 décembre 2021 – Le taux d’incidence chez les enfants scolarisés à l’école primaire atteint des records : il flirte avec les 860 infections par SARS-CoV-2 confirmées pour 100 000 habitants (vs une moyenne nationale de 411/100 000).

Cette situation concerne tous les pays européens frappés par cette nouvelle vague : quasiment partout l’incidence est la plus élevée chez ces jeunes enfants, non vaccinés et exposés au variant Delta très contagieux. Néanmoins, et alors que le niveau de dépistage est important dans cette tranche d’âge (un enfant sur six a été testé au cours de la semaine écoulée), le taux de positivité reste inférieur aux autres tranches d’âge (4,7 % vs 5,8 %).

Mauvais timing

Cependant, la situation dans les établissements scolaires inquiète. Aussi, une semaine après l’évolution du protocole sanitaire dans ces derniers, avec l’abandon de la règle de la fermeture dès le premier cas pour un dépistage de l’ensemble des élèves, certains s’interrogent sur la pertinence de revoir une nouvelle fois la stratégie. « La France a su préserver la scolarisation des enfants. C'est très bien, mais venir prendre une mesure d'allégement à un moment où l'on entre dans le vif d'une cinquième vague nous interpelle » remarque ainsi au micro d’Europe 1, Djillali Annane, chef du service réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Pour lui, il est nécessaire de pouvoir davantage contrôler la circulation du virus dans les établissements scolaires, « parce que ce qui se passe, c'est que dans l'entourage de ces enfants, des personnes fragiles vont développer des formes sévères et se retrouver à l'hôpital » remarque le réanimateur.

Aération et cours de sport à l’extérieur malgré les basses températures

Si le Conseil scientifique a toujours plaidé en faveur d’un dépistage systématique plutôt que pour la fermeture des classes, d’autres méthodes pourraient néanmoins être appliquées. Ainsi, aujourd’hui, le test à J+7 des enfants infectés n’est pas obligatoire pour leur permettre leur retour en classe : le gouvernement pourrait envisager de l’imposer. Par ailleurs, l’aération des classes avec un contrôle grâce aux capteurs de CO2 continue à être vivement recommandée par un grand nombre d’épidémiologistes, dont le professeur Antoine Flahaut. La nécessité que tous les cours d’éducation physique se déroulent en extérieur est de même martelée.

Avancer les vacances ?

Parallèlement à ces mesures, certains plaident de plus en plus pour avancer les vacances scolaires de fin d’année d’une semaine. L’objectif serait double : d’une part restreindre la circulation virale, en limitant les importants brassages de population liées à la vie éducative, d’autre part créer une semaine de « sas » entre le moment où les enfants sont fortement exposés par la vie en collectivité et celui où ils retrouveront des sujets potentiellement fragiles lors des fêtes de Noël. Cependant, le ministère de l’Éducation nationale se montre particulièrement réticent face à cette idée. Peut-être pourrait-il accepter un consensus qui consisterait comme l’année dernière à laisser le choix aux familles de ne pas envoyer leurs enfants à l’école les derniers jours avant les vacances ; une tactique aléatoire qui avait suscité quelques critiques.

La vaccination en questions

Enfin, plus que jamais la question de la vaccination des plus jeunes est sur la table : un calendrier doit être précisé en fin de journée ou demain. La première étape, on le sait, sera la vaccination des enfants atteints de comorbidités, à propos de laquelle la Haute autorité de Santé (HAS) a déjà donné un avis favorable. Concernant la vaccination des autres enfants, il semble de plus en plus probable qu’elle soit actée et mise en œuvre dès le début du mois de janvier. Bien sûr, le gouvernement dit attendre les positions de la HAS et du Comité consultatif national d’éthique. Cependant, il est peu probable que la première émette un avis en contradiction avec la volonté affichée du gouvernement, tandis que les réticences claires exprimées par le second à propos de la vaccination des adolescents n’avaient pourtant pas empêché les pouvoirs publics de la décréter. Au-delà des multiples interrogations éthiques que soulève cette vaccination des plus jeunes (que nous avons déjà évoquées à plusieurs reprises dans ces colonnes), elle est associée à des questions réglementaires et logistiques. S’il préconise la vaccination des enfants, le gouvernement ira-t-il jusqu’à élargir le passe sanitaire à cette tranche d’âge, en dépit des controverses sur la pertinence de cette vaccination et notamment sur son bénéfice individuel direct ? Par ailleurs, alors que la campagne de rappel vaccinal connaît quelques difficultés avec notamment la quasi impossibilité dans certains départements de trouver un rendez-vous à moins de quatre semaines et tandis que l’on peut s’interroger sur l’absence de priorisation des plus vulnérables, la vaccination des enfants ne risque-t-elle pas d’entraîner des embouteillages supplémentaires dans les centres de vaccination, pour un bénéfice collectif qui est loin d’être certain ?

Aurélie Haroche

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