Variole du singe : la France affine sa stratégie

Paris, le vendredi 5 août 2022 – La France va modifier sa politique de vaccination contre la variole du singe. Aux Etats-Unis, la lutte contre l’épidémie s’intensifie.L’épidémie de variole du singe continue de progresser en France.

Selon le dernier bilan de Santé Publique France publié ce mardi, notre pays compte 2 239 cas confirmés de la maladie, dont 50 % en Ile-de-France. 99 % des personnes contaminées sont des hommes adultes et 96 % de ceux dont l’orientation sexuelle est connue sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

72 % d’entre eux déclarent avoir eu au moins deux partenaires sexuels dans les 3 semaines précédant le début des symptômes. Seulement 3 % des patients ont dû être hospitalisés et aucun décès n’est à déplorer. Le nombre de cas confirmés a plus que doublé en trois semaines.

Le délai entre les deux doses de vaccin allongé

Le principal outil de lutte contre la propagation de l’épidémie reste pour le moment la vaccination, qui est réservée aux hommes homosexuels et aux transsexuels multipartenaires, population estimée (grossièrement) à environ 250 000 personnes par la Haute Autorité de Santé (HAS).

Selon le ministère de la Santé, 136 centres de vaccination ont été ouverts en France. Un vaccinodrome spécifique à la variole du singe a été ouvert à Paris et un autre devrait l’être prochainement à Marseille. Au total, 18 500 personnes auraient déjà été vaccinées et 42 000 doses ont été déstockés.

En revanche, le gouvernement refuse toujours d’indiquer combien de doses de vaccins antivarioliques sont disponibles, au motif que ce nombre serait protégé par le secret-défense, suscitant de vives critiques de la part de l’opposition de gauche et des associations LGBT.

Dans ses premiers avis sur la variole du singe du 20 mai et du 20 juin, la HAS a recommandé que la vaccination se fasse avec deux doses (une seule pour les personnes déjà vaccinées contre la variole nées avant 1979, trois pour les immunodéprimés) espacés de 28 jours.

Cependant, le ministère de la Santé a décidé ce jeudi, après avis préalable de la HAS, d’allonger la durée entre la 1ère et la 2ème dose. Ainsi, à l’exception de personnes immunodéprimées et de ceux qui bénéficient déjà d’un deuxième rendez-vous, les primo-vaccinés devront attendre avant d’obtenir une seconde dose.

Les non-dits du ministère de la santé

Pour justifier ce changement de politique, le ministère de la santé indique que la priorité est de « garantir au plus grand nombre de personnes à risque l’accès à la vaccination dans les délais les plus brefs » et que « le délai nécessaire après l’administration des doses du vaccin pour obtenir un niveau de protection optimal est à ce jour mal connu ».

Des études sur l’efficacité de la vaccination contre la variole du singe en vie réelle vont donc être menées afin de pouvoir établir un nouveau calendrier vaccinal en septembre prochain. En revanche, le ministère réfute toute « tension d’approvisionnement en vaccins ».

Estimant que « l’efficacité du vaccin après une ou deux doses ne sera jamais de 100 % », la Direction générale de la Santé (DGS) insiste également sur d’autres mesures de prévention et de réduction des risques comme l’isolement des malades, le dépistage et l’auto-examen régulier, « y compris en zone génitale et anale » (ce qui exige une très grande souplesse).

Mais contrairement à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la semaine dernière, la DGS n’a pas cru bon (ou n’a pas osé) recommander aux homosexuels de réduire leur nombre de partenaires sexuels.

1,1 millions de doses disponibles aux Etats-Unis…pour 1,6 millions de personnes

De l’autre coté de l’Atlantique, les Etats-Unis renforcent également leur lutte contre l’épidémie. Le pays compte 7 102 cas, plus qu’aucun autre dans le monde, dont 25 % dans le seul Etat de New York. Ce jeudi, le ministère de la Santé a déclaré que l’épidémie était une « urgence de santé publique ».

« Nous appelons tous les Américains à prendre la question au sérieux et à nous aider à stopper ce virus » a déclaré le ministre de la Santé Xavier Beccera. 99 % des cas confirmés sont des hommes homosexuels et la population à risque est estimé à plus d’1,6 millions de personnes.

Le gouvernement fédéral indique avoir plus de 1,1 millions de doses de vaccin à sa disposition, dont 600 000 ont déjà été distribués et en a commandé près de 7 millions au total. Les autorités se disent également en capacité de réaliser jusqu’à 80 000 tests par semaine.

1,7 millions de doses de tecovirimat, un antiviral développé au départ contre la variole historique, sont également disponibles. Enfin, la FDA pourrait bientôt autoriser l’injection sous-cutanée du vaccin, ce qui pourrait permettre de n’utiliser qu’un cinquième d’une dose pour chaque injection.

« Nous sommes prêts à faire passer notre réponse à la vitesse supérieure » a conclu Xavier Beccera.

Nicolas Barbet

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