Vers une pérennisation des salles de shoot ?

Paris, le vendredi 11 juin 2021 – Alors que l’expérimentation décidée par la loi touche à sa fin, le ministère de la Santé s’est dit favorable à une pérennisation des salles de consommation de drogue à moindre risque.

Stop ou encore pour les salles de shoot ? La loi du 24 janvier 2016 ayant autorisé la création en France de salles de consommation à moindre risque (SCMR), communément appelées salle de shoot, avait fixé le délai d’expérimentation à 6 ans, délai qui arrive donc bientôt à son terme. Pour que ce dispositif, qui permet à des toxicomanes de consommer de l’héroïne ou du crack dans de meilleures conditions sanitaires et de sécurité que dans la rue, puisse perdurer, il est donc nécessaire qu’une nouvelle loi, probablement sous la forme d’un amendement à prochaine loi de financement de la sécurité sociale, soit votée d’ici la fin de l’année.

Dans un communiqué en date du 4 juin, le ministère de la Santé s’est dit favorable à l’adoption d’une telle disposition et au maintien des salles de shoot. « Le ministère souhaite pérenniser ces dispositifs dans le droit commun afin de laisser les possibilités aux communes d’ouvrir de nouvelles salles » peut-on lire dans le communiqué. Le ministre de la Santé Olivier Véran a toujours été un défenseur des salles de shoot, dispositif qui existe depuis plusieurs années plusieurs pays d’Europe. C’est lui qui avait porté la loi de 2016 les ayant autorisées en France… alors qu’il était député socialiste.

Olivier Véran défend les salles de shoot

Pour justifier son soutien aux salles de shoot, le ministre s’appuie notamment sur le rapport de l’Inserm publié le 12 mai dernier qui dresse un bilan positif des deux SCMR ouvertes en France, l’une dans le Xème arrondissement de Paris, l’autre à Strasbourg. Les auteurs du rapport avaient notamment conclu que ces salles avaient eu des « effets positifs en termes de santé individuelle, de santé publique et de tranquillité publique », en s’appuyant notamment sur la baisse des pratiques à risque de transmission du VIH et de l’hépatite C et la diminution des overdoses chez les toxicomanes. Dans la foulée, la mission interministérielle de lutte contre les drogues avait estimé que les SCMR avaient « fait la preuve de leur efficacité ».

Le risque cependant est qu’à un an de l’échéance présidentielle, le gouvernement soit tenté de privilégier une réponse sécuritaire dans la lutte contre la drogue. La politique de prévention défendue rue de Ségur ne s’accorde pas forcément très bien avec l’attitude plus musclée adoptée place Beauvau. Le ministère de la Santé estime pourtant qu’il n’y aucun risque de contradiction. « Nous sommes parfaitement solidaires de la cohérence gouvernementale autour de la lutte contre le trafic et de la réduction de la consommation de ces substances » indique le communiqué.

Ouverture d’une salle de shoot à Lille le 1er octobre (venez nombreux !)

Autre épine dans le pied des salles de shoot, leur perception très contrastée par les riverains. Le rapport de l’Inserm a beau conclure à une « absence de détérioration de la santé publique », nombreux sont les habitants des abords de la SCMR parisienne qui se plaignent d’une détérioration importante de leurs conditions de vie. « La situation s’est aggravée, il y a un déni de réalité, on refuse d’entendre ce qu’on vit » estime-t-on du côté du collectif Riverains Lariboisière-Gare du Nord, qui milite pour le déplacement de la salle de shoot parisienne.

En attendant que le gouvernement et le Parlement tranchent la question de la pérennisation des salles de shoot, plusieurs villes ont l’intention d’ouvrir leur propre SCMR. A Lille, « tout est prêt pour l’ouverture au 1er octobre » indique la maire Martine Aubry. Des projets plus ou moins avancés sont également à l’étude à Bordeaux et à Marseille.

Nicolas Barbet

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