Vidéosurveillance dans les hôpitaux : et si ça ne servait à rien ?

Paris, le vendredi 18 mai 2018 - Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a dévoilé mardi dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien, un plan triennal de 30 millions d’euros pour lutter contre l’insécurité dans les hôpitaux. Une des principales mesures annoncée est le renforcement de la vidéosurveillance, avec « 40% de caméras supplémentaires d’ici à trois ans (…). Plus de 1 500 au total, installées d’ici à trois ans, là où les équipes estiment en avoir besoin ».

A ce sujet, un intéressant débat, réunissant élus (également médecins), et syndicalistes (également infirmiers) s’est tenu sur la chaîne parlementaire Public Sénat.

Un gadget de bunker

Michel Amiel, médecin et sénateur (LREM) des Bouches-du-Rhône nourrit un avis partagé sur la vidéosurveillance qu’il a néanmoins fini par mettre en place, lorsqu’il était maire des Pennes-Mirabeau. S’il en salue la fonction rassurante pour la population, il doute qu’une extension à l’hôpital soit souhaitable, surtout « quand on voit les moyens qui manquent, que ce soit sur le plan humain ou parfois sur le plan matériel ». Pour lui, il est légitime de se demander si « de telles dépenses sont (…) véritablement pertinentes ».

Les deux infirmiers présents sur le plateau se sont montrés eux résolument opposés à un tel système.

Cathy Le Gac, secrétaire général de Sud Santé AP-HP et infirmière dans un service de réanimation fustige ainsi un risque de « bunkerisation ». Elle a également fait part de son expérience personnelle, pour le moins négative : « [mon] service de réanimation avait, jusqu’à pas très longtemps, une personne à l’accueil, qui accueillait les familles, qui les prenait en charge, qui les rassurait (…). Cette personne, elle n’existe plus. Elle ne fait plus ces relais-là et on va mettre quatre caméras. À un moment donné, dans nos soins de soignant, en tant qu’infirmier, l’acte, c’est de prendre en charge la famille et le patient. Et c’est un tout. Les premiers instants [où] l’on arrive à l’hôpital sont importants dans la prise en charge. Aux urgences, aussi. Il faudrait certainement plus de personnes à l’accueil des urgences (…) On ne peut pas remplacer l’humain par des caméras. Ce n’est pas possible », estime-t-elle.

Enfin, pour Thierry Amouroux, secrétaire général du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI, branche de la CFE-CGC), la vidéosurveillance n’est qu’un « gadget ». Il assure : « ce qu’il faut, c’est traiter les causes. Pourquoi, il y a de la violence aux urgences ? C’est parce que les gens ont des temps d’attente anormaux. Parce qu’il n’y a pas assez de soignants (…). Ce qui est important c’est d’avoir du monde pour prendre soin des patients qui viennent ».

« Une très bonne idée »

Dans le rôle de l’avocat du diable, Philippe Juvin, chef de service des urgences de l'hôpital Pompidou et député européen LR qui s’est montré très favorable à cette initiative : « C’est une très bonne idée. Il n’y a pas de solution miracle mais (…) il ne faut pas caricaturer, ce n’est pas que de la vidéosurveillance. Il y a plein d’autres choses dans le plan : il y a des contrôles d’accès (…), il y aura des boutons pour appeler en cas de problème (…). C’est un renforcement dans un tout. Et c’est indispensable ! Alors est-ce que c’est efficace ? D’abord, je crois (…) qu’on fait moins le zouave quand on sait qu’on est filmé. Et donc, c’est un élément dissuasif » a-t-il analysé.

Rappelons pour élargir le débat qu’en 2011, la Cour des comptes s’agaçait de l’absence d’évaluation de l’efficacité de la vidéosurveillance et soulignait « les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique »…

Frédéric Haroche

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