Vincent Lambert : l’équipe médicale a arrêté les soins

Paris, le lundi 20 mai 2019 - Conformément à la décision qu’elle avait prise le 11 mai dernier, l’équipe médicale du CHU de Reims a arrêté les soins qui maintiennent en vie Vincent Lambert, un infirmier de 42 ans dans un état végétatif chronique devenu, bien qu’il ne soit pas atteint d’une maladie qui le condamne à court terme, le symbole du débat sur la fin de vie. Mais les parents du patient, farouchement opposés à cette décision, vont tenter d’ultimes recours.

L’affaire Vincent Lambert devrait bientôt toucher à sa fin. Ce lundi, l’équipe du docteur Sanchez du CHU de Reims, qui prend en charge ce patient en état végétatif chronique depuis un accident de la circulation survenu il y a 10 ans, a déclenché le processus d’arrêt des soins.

Conformément à la loi Claeys Leonetti de 2016, les médecins vont stopper l’hydratation et l’alimentation qui maintiennent en vie Vincent Lambert et le placer sous sédation profonde et analgésiques pour éviter qu’il souffre. La mort devrait survenir au bout de deux à quatre jours.

La décision des médecins a été prise conformément à un arrêt du Conseil d’Etat du 24 avril dernier, confirmé par la Cour Européenne des droits de l’Homme (CEDH) le 30 avril. Des décisions de justice qui sont venus clore une bataille judiciaire vieille de 6 ans entre les parents du patient, qui refusent de laisser mourir leur fils et une autre partie de sa famille dont son épouse, qui souhaite l’arrêt des soins.

Jacques Toubon refuse de trancher entre l’avis du CIDPH et celui de la France

Les parents de Vincent Lambert sont cependant déterminés à utiliser les derniers recours dont ils disposent. Ils ont ainsi saisi le Comité des droits des personnes handicapés de l’ONU (CIDPH) qui a demandé à la France de maintenir en vie le patient le temps qu’il puisse examiner l’affaire. Mais la France a répondu que les mesures provisoires demandées par le CIDPH n’étaient pas contraignantes et a estimé que « la remise en cause de la décision d’arrêt des traitements priverait d’effectivité le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable ». Saisi par les parents, le Défenseur des droits Jacques Toubon a estimé ce vendredi qu’il ne lui appartenait pas de trancher entre l’avis du CIDPH et celui de la France.

Ce lundi, Maitre Jean Paillot et Jérôme Triomphe, les avocats des parents Lambert ont annoncé trois nouveaux recours judiciaires. Ils vont tout d’abord saisir un tribunal administratif en référé pour obliger l’Etat à mettre en place les mesures provisoires demandées par le CIDPH.

Subsidiairement, ils vont saisir le conseil de l’ordre des médecins pour que le docteur Sanchez soit radié et l’astreindre devant le tribunal correctionnel en citation directe.

Tournant politique

Judiciaire, cette affaire prend également un tournant politique. Les avocats des parents appellent le Président de la République Emmanuel Macron à s’impliquer dans l’affaire. « Vous êtes le dernier et le seul à pouvoir intervenir » affirment-ils. François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes du 26 mai, qui n’a jamais caché son hostilité à l’euthanasie guidée par des convictions religieuses, a également affiché son soutien aux parents. « Si nous entrons dans cette voie dangereuse qui consiste à dire qu’une vie dépendante, une vie fragile, une vie malade ne mérite pas d’être vécue, alors nous allons construire un monde inhumain ».

La Conférence des Evêques de France s’oppose également à l’arrêt des soins, considérant que l’hydratation et l’alimentation du patient ne constituent pas, au regard de la loi, une « obstination déraisonnable ». Ce dimanche, quelque 200 militants catholiques ont manifesté et prié avec les parents Lambert devant le CHU de Reims. « Vincent n’est pas en fin de vie. Il est enfermé dans le couloir de la mort. Il doit vivre » a déclaré sa mère Vivianne.

Alors que les parents du patient continuent à médiatiser leur combat, l’épouse de Vincent Lambert préfère garder le silence. Le docteur Sanchez, quand à lui, en appelle au calme : « Dans cette période douloureuse, j’espère pour Monsieur Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible ».

Quentin Haroche

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Vos réactions (11)

  • Confusion

    Le 20 mai 2019

    Il semble grave qu'un responsable politique ignore la différence entre soins d'accompagnement, soins palliatifs et euthanasie !
    "François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes du 26 mai, qui n’a jamais caché son hostilité à l’euthanasie guidée par des convictions religieuses, a également affiché son soutien aux parents. « Si nous entrons dans cette voie dangereuse qui consiste à dire qu’une vie dépendante, une vie fragile, une vie malade ne mérite pas d’être vécue, alors nous allons construire un monde inhumain »."

    Dr Regis Bresson

  • La médecine n'est pas là pour juger d'une vie

    Le 20 mai 2019

    Vincent Lambert respire, dors, se réveille comme vous et moi. Vincent Lambert n'est pas en fin de vie, n'est branché à aucune machine et nécessite comme seuls soins une alimentation et une hydratation. Sa prise en charge dans un centre spécialisé lui a été refusée, sa chambre "bunkérisée". Il est malheureusement le centre, bien malgré lui, d'une polémique sur la "fin de vie".

    En tant que professionnel de santé, je ne comprends pas un tel acharnement à vouloir sa mort. Devons nous faire mourir tout personne dépendante qui ne peut boire ni manger elle-même, qui ne peut s'exprimer et communiquer avec son entourage.
    Vincent exprime des émotions, à sa façon.
    Quelle société voulons nous si la vie des plus fragiles est ainsi balayée d'un revers de main pour des questions économiques ou par simple jugement d'une vie qui ne vaudrait pas la peine d'être vécue ?

    La médecine est là pour soigner, accompagner, pas pour condamner ou juger d'une vie.

    Aujourd'hui je suis triste de voir que notre société rejette les plus faibles, nous entrouvrons une porte qui me glace...

    Delphine Dupin (pharmacien)

  • Euthanasie or not Euthanasie?

    Le 20 mai 2019

    Sedater un patient et cesser de le nourrir et de l'hydrater si ce n'est pas de l'euthanasie qu'est ce que c'est ?
    Il y a en France de très nombreux patients autrement plus végétatif (notamment comas prolongés) que celui-ci, et dont personne ne parle.

    Quand médias, politique et idéologie se mélangent ça n'est pas bon pour le patient. Ni pour la politique.

    Tout dans cette triste histoire laisse à penser que ce patient servira comme justification à la légalisation de l'euthanasie qui s'annonce à l'horizon proche. J'espère me tromper...

    Dr Gregory Smith

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