Violences contre les infirmières : gare au piège de la banalisation

Semur-en-Auxois, le mardi 13 août 2019 – Quand ce 30 juillet, à 11 heures, l’une des infirmières du centre hospitalier Robert-Morlevat à Semur-en-Auxois demande à un patient de retourner en salle d’attente, elle ne peut prévoir la réaction démesurée de ce dernier. Fonçant tête baissée vers l’infirmière et ses collègues, il la heurte violemment et lui aurait asséné quelques coups. La soignante, très choquée, a relevé d’une interruption temporaire de travail de trois jours (ITT). Cette violente agression a fait rejaillir des souvenirs angoissants au sein de l’équipe : il y a quelques mois au printemps, dans le même établissement, un médecin avait en effet été agressé et un infirmier blessé en tentant de maîtriser un patient agité. Outre ces faits très marquants, l’équipe, en situation chronique de sous-effectif, éprouve un malaise croissant à l’instar de nombreux autres soignants à travers toute la France.

Refuser la fatalité

Le Conseil régional de l’ordre des infirmiers (CROI) de Bourgogne Franche Comté et les Conseils interdépartementaux du territoire ont tenu à réagir à cet incident. Ces instances souhaitent en effet éviter que ne s’installe une « banalisation » de la violence. Même si le conseil régional est parfaitement conscient que ces faits ne sont nullement isolés et qu’ils révèlent une situation vécue par de nombreux services, son président Hervé Genelot-Chelebourg insiste: « Cela ne doit être en rien une fatalité, on ne peut se cacher derrière le fait qu’il existera toujours des violences aux urgences ». Pour y faire face, une mobilisation de l’ensemble des moyens est nécessaire observe encore l’instance locale.

Des recensements très parcellaires

Cette réponse doit notamment passer par une meilleure connaissance de l’ampleur du phénomène. Or, en la matière, les données manquent de précision. Si l’Ordre des infirmiers a lancé cette année un Observatoire de la sécurité des infirmiers (à l’instar de ce qui a déjà été développé par l’Ordre des médecins), on sait que ce type de structures peine à l’exhaustivité, comme l’a illustré récemment le fait que seuls 7,35 % des établissements inscrits sur la plateforme de l’Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS) ont déclaré des signalements en 2018.

Action en justice

Ne pouvant attendre ces improbables chiffres, certains ont décidé d’employer d’autres voies pour dénoncer les violences qu’ils subissent et obtenir une réparation. Ainsi, après plusieurs agressions dans un climat de violence généralisé et tandis que les conditions de travail empêchent une prise en charge sécurisée et optimisée des patients, la CGT du Centre psychothérapique de Laxou (Meurthe et Moselle) vient de déposer une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • L'Ordre des Infirmiers accompagne les infirmiers et infirmières victimes de violences

    Le 16 août 2019

    Outre, l'enregistrement sur l'observatoire de la sécurité des soignants
    https://www.ordre-infirmiers.fr/la-profession-infirmiere/observatoire-securite-infirmiers.html,
    l'ONI tient à la disposition des IDE un numéro vert d'entraide 0800 288 038.
    Dès qu'un IDE signale des violences, un élu le rappelle pour le conseiller et l'informer de ses droits.
    Notamment en cas de plainte, l'Ordre peut se constituer avec le plaignant.
    Alors effectivement, cela ne doit ni être ignoré, ni banalisé !

    Bégonia Sanchez
    Infirmière

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