Vu de l’étranger : le bilan français est-il globalement positif ?

Paris, le mardi 9 juin 2020 - Comment expliquer la défiance française vis-à-vis de nos gouvernants ?

C’est la question posée par le New York Times dans un long article aux airs d’éditorial (accessible à cette adresse : https://www.nytimes.com/2020/06/05/world/europe/coronavirus-france-macron-reopening.html).

Le titre a de quoi surprendre un lecteur français peu habitué aux compliments venant de l’étranger (et encore moins à ceux venus de notre propre pays) : « Macron a repoussé le coronavirus. La France n’est pas impressionnée ».

La France : un bilan pas si mauvais ?

Lorsque l’Amérique se penche sur notre cas, l’image est plutôt flatteuse. Sur le plan sanitaire tout d’abord, le confinement strict ordonné par le gouvernement a été jugé  très efficace : « La France s'en sort mieux que beaucoup dans la pandémie, en particulier par rapport aux États-Unis, l’Italie, l’Espagne et plus encore la Grande-Bretagne. » Sur le plan économique, les mesures prises très tôt par le gouvernement auraient permis d’éviter « des licenciements massifs » ainsi « qu’une pénurie alimentaire » gravissime.

Mais derrière ce satisfecit pour l’exécutif se cache un regard un peu plus critique à l’égard de la population : en effet, d’après le prestigieux journal, « meilleurs sont les résultats, moins les Français semblent disposés à applaudir leur président ».

Pire : alors que le déconfinement est vu par le journal comme un succès, et que l’épidémie est désormais « sous contrôle » (selon les termes utilisés par le Professeur Jean-François Delfraissy) la France reste le pays d’Europe jugeant le plus sévèrement leurs gouvernants dans cette crise.

Pourquoi une défiance si généralisée ?

Selon le quotidien américain, le manque de confiance des Français à l'égard de leurs dirigeants pourrait être lié au mode de pouvoir qui s’impose dans notre pays, ainsi rapidement décrit : « Le président décide et la nation suit ». Or, dans cette perspective : « A certains égards, Emmanuel Macron est son pire ennemi avec un style qui peut sembler impérieux. »

Le journal souligne (tout de même !) que « la réponse initiale du gouvernement pourrait être remise en cause » en raison de sa « lenteur et de la pénurie de masques » niée dans un premier temps par la porte-parole du gouvernement.

Un jugement à tempérer

Cet enthousiasme soudain de la presse américaine pour notre exécutif doit être tempéré. En effet, le 17 mai dernier, le journal n’avait pas hésité à critiquer le manque de préparation de la France ainsi que la lourdeur de l’appareil administratif dans un article intitulé « comment la France a perdu les armes pour faire face à une pandémie. »

En outre, la bienveillance du quotidien (jugé plutôt proche des démocrates) peut également être perçue comme une volonté de dresser un contre-modèle face à la gestion erratique de la crise par l’administration Trump.

L’étrange défaite, encore et toujours ?

Dans un autre article (moins partagé il est vrai) en date du 9 juin, le New York Times s’interroge un peu plus en profondeur sur « la dépression française » en dressant un parallèle entre la crise sanitaire et « l’étrange défaite » de Juin 1940 (accessible à cette adresse https://www.nytimes.com/2020/06/09/world/europe/coronavirus-france-strange-defeat.html).

Interrogé par le New York Times, Pierre Vermeren, Professeur d’Histoire à la Sorbonne, dresse un diagnostic encore plus ancien.

Il souligne que depuis la défaite de 1870, la France ne vit que par la comparaison avec les performances de son voisin allemand : « en 1870, après que la France a réalisé qu’elle était dépassée par l’Allemagne, la France ne pouvait pas comprendre comment les allemands avaient réussi ? Pourquoi leurs écoles sont meilleures ? Pourquoi leurs soldats sont mieux entrainés, plus athlétiques, et pas les nôtres ? Et cela dure depuis 150 ans ».

En définitive, la seule comparaison qui vaille pour la France serait celle avec notre voisin d’outre-Rhin.

C.H.

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Vos réactions (1)

  • Ailleurs, l'herbe est-elle plus verte ?

    Le 23 juin 2020

    Cette propension est sans doute valable pour les élus ?

    Personnellement, le jugement est à la dimension européenne. La gestion allemande du pays est décentralisée, contrairement à la nôtre, il faut comparer ce qui est comparable.
    Pour cela, la COVID19 a eu l'avantage d'interroger les organisations sanitaires des pays européens et de montrer les forces et les faiblesses des organisations en place. Pas seulement des décisions gouvernementales. Car la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a...

    C. Durand (IDE/CDS)

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