Xenogreffe : l’histoire s’accélère

Image fournie par l'Université d'Alabama montrant la transplantation le 30 septembre 2021 d'un rein de porc sur un patient en état de mort cérébrale
Birmingham, Alabama,  le 21 janvier 2022 – Près de 6 décennies se sont écoulées depuis qu'un chirurgien de l'université de Tulane, Keith Reemtsma transplantait des reins de chimpanzés chez 13 patients atteints d'insuffisance rénale terminale en 1963-64. Ces receveurs expérimentaux n'avaient guère d'autre choix que la mort, en l’absence de dialyse, et une des patientes était parvenue à survivre 9 mois. La première pierre des xenogreffes était posée.

En 2022, l’histoire de la xenotransplantation, qui pourrait à terme répondre à la problématique chronique de pénurie d’organes semble s’accélérer.

Après la première transplantation réussie d’un cœur de porc sur un patient vivant le 7 janvier dernier, c’est au tour de la transplantation de rein de porc sur l’homme de faire un nouveau pas en avant.

Une équipe médicale de Birmingham (en Alabama) a ainsi publié hier, les résultats d’une double greffe de rein chez un patient en état de mort cérébrale, la deuxième du genre.

En revanche, c’est la première fois que ces reins sont greffés directement dans le corps du patient. En effet, lors de la première xenotransplantation de rein de porc sur un patient en état de mort cérébral les chirurgiens n’avaient pas inséré les organes dans la fosse iliaque, la conservation de l’organe à l’extérieur facilitant l’observation. Une fonction rénale normale avait pu être rétablie avec des niveaux de créatinine satisfaisants.

10 modifications génétiques avant la greffe

Dans l’expérience de Birmingham, avant la xenotransplantation, le porc dont les reins ont été utilisés a « subi » 10 modifications génétiques pour rendre ses organes compatibles avec l’Homme.

Dans l’American journal of transplantation, l’équipe rapporte les détails de l’intervention qui a eu lieu le 30 septembre dernier. « En préparation d'un essai clinique de xénotransplantation, nous avons développé un modèle humain préclinique in vivo pour tester les principes de sécurité et de faisabilité établis dans les modèles animaux. Après avoir effectué une nouvelle épreuve de compatibilité croisée prospective, nous avons pratiqué des néphrectomies natives bilatérales sur un homme en état de mort cérébrale, puis nous avons greffé deux reins provenant d'un porc génétiquement modifié pour la xénotransplantation humaine. Le défunt était hémodynamiquement stable pendant la reperfusion, et l'intégrité vasculaire a été maintenue malgré l'exposition des xénogreffes à la pression sanguine humaine » écrivent les auteurs de cette première.

En effet, la pression artérielle est un obstacle aux xenogreffes car les primates non humains et les porcs ont une pression artérielle moyenne inférieure à celle des hommes. Or, selon un communiqué de l’Université de l’Alabama, « la stabilité hémodynamique relative du défunt lors de la reperfusion était tout aussi importante, indiquant que l'élimination des médiateurs inflammatoires de la xénogreffe ne provoquait pas de collapsus cardiovasculaire ».

Pas de rejet mais quelques points inexpliqués

En outre, « aucun rejet hyper-aigu n'a été observé, et les reins sont restés viables jusqu'à l'arrêt de la transplantation 74 heures plus tard. Aucun chimérisme ou transmission de rétrovirus porcins n'a été détecté. Des biopsies ont révélé une microangiopathie thrombotique dont la gravité n'a pas progressé, sans preuve de rejet cellulaire ou de dépôt d'anticorps ou de protéines du complément. Bien que les xénogreffes aient produit des quantités variables d'urine, la clairance de la créatinine ne s'est pas rétablie. On ne sait pas si la récupération rénale a été affectée par l’état de la mort cérébrale et/ou des lésions microvasculaires » poursuit l’équipe de chirurgiens dans leur publication. Plus en détail, un rein a produit de l'urine environ 23 minutes après la reperfusion, tandis que l'autre rein a produit peu d'urine et l'équipe n'a pas encore compris ce qui explique cette différence.

Autre limite, il est difficile d’évaluer les risques de rejet à plus long terme dans ce type de modèle préclinique de courte durée.

Quoi qu’il en soit, enthousiaste, l’équipe entend désormais effectuer des essais sur des patients vivants après avoir demandé le feu vert des autorités de régulation.


Xavier Bataille

Référence
P.M.Porret et al : First clinical-grade porcine kidney xenotransplant using a human decedent model. American journal of transplantation. Publication avancée en ligne le 20 janvier 2022.

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