La hausse des arrêts maladie « n’est pas soutenable » selon Aurélien Rousseau

Paris, le lundi 28 août 2023 – Le ministre de la Santé a confirmé que des mesures allaient être prises pour freiner la hausse des indemnités journalières, sans forcément préciser lesquelles.

Ministre de la Santé depuis un peu plus d’un mois, Aurélien Rousseau multiplie les interviews et les interventions pour donner le cap de la politique de santé du gouvernement et se faire connaitre du grand public. Ce dimanche, pendant près d’une heure, il a répondu aux questions des journalistes de LCI. Canicule, reprise de l’épidémie de Covid-19, situation de l’hôpital, mais également questions de « politique politicienne » : le ministre de la Santé a évoqué de nombreuses questions et notamment celle des arrêts maladie.

Les arrêts de travail sont en effet en forte hausse ces dernières années : ils ont augmenté de 7,9 % en 2022, de 30 % sur les dix dernières années, coûtant à la collectivité plus de 16 milliards d’euros par an. « Cette hausse n’est pas soutenable » a tout de suite affirmé Aurélien Rousseau, même s’il a tenu à préciser que cette augmentation était en partie due à l’augmentation de l’activité. « Ma responsabilité, c’est de mettre sur la table les finances sociales afin de financer davantage l’hôpital et d’augmenter la rémunération des médecins » a ajouté le ministre.

Renforcer les contrôles, malgré les réticences des médecins

Malgré cette détermination apparente, le ministre est resté plus évasif sur les mesures à prendre pour freiner cette hausse des arrêts de travail. Il a reconnu la nécessité d’accentuer les contrôles sur les médecins, les employeurs et les salariés afin de lutter contre ce qu’on appelle les « arrêts de complaisance ». On le sait, ces contrôles sont particulièrement mal vécus par les médecins, qui les voient comme une ingérence dans leur libre exercice.

Le lancement durant l’été, par la CNAM, d’opérations de contrôle renforcé sur les praticiens identifiés comme délivrant un nombre anormalement élevé d’arrêt maladie, a ainsi suscité de vives réactions de la part des syndicats de médecins libéraux, qui ont dénoncé un « flicage statistique », ainsi que de l’Ordre des médecins, qui a fustigé une opération « jetant la suspicion sur le comportement des médecins ».

Mais alors que plusieurs spécialistes indiquent que l’augmentation des arrêts de travail est surtout liée à une hausse de la souffrance au travail et de l’épuisement professionnel, le ministre de la Santé a également annoncé des mesures en faveur de la prévention de la pénibilité et de l’amélioration des conditions de travail. « Nous avons besoin de dispositifs de reconversion et de prévention, sinon on se retrouve avec des salariés cassés » a expliqué le ministre.

Pas de jour de carence supplémentaire (a priori)

Si le nouveau locataire de l’avenue de Ségur n’a donc pas annoncé de mesure précise, il a cependant écarté l’idée, avancée par certains, de créer un nouveau jour de carence pour les arrêts maladie. « Je ne pense pas que la solution soit dans un moins bon remboursement » a tenu à préciser l’ancien directeur de l’agence régionale de la Santé (ARS) d’Ile-de-France. Il a également expliqué que si certaines mesures seraient prises dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), d’autres seraient discutées avec les partenaires sociaux ou dans le cadre des négociations conventionnelles qui pourraient reprendre à l’automne.

Toujours sur la question du budget de la Sécurité Sociale, Aurélien Rousseau a confirmé, comme plusieurs ministres et la Première Ministre Elisabeth Borne avant lui, que le doublement de la franchise de 50 centimes sur les médicaments et d’un euro sur la consultation médicale était envisagé. « Il y a un effort de responsabilisation à faire » a justifié le ministre, qui a indiqué cependant que le plafond de la franchise, fixé à 50 euros, ne serait pas modifié, afin de ne pas pénaliser les malades chroniques.

« Politiquement, il faut mettre sur la table les sujets : où peut-on trouver les ressources pour augmenter les finances de l’hôpital, si l’on ne parvient pas à maitriser les dépenses sur les IJ ou les médicaments ? » a conclu le ministre, tentant ainsi de faire le lien entre les différentes problématiques rencontrées par notre système de santé.

Quentin Haroche

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Vos réactions (11)

  • Loch Ness

    Le 28 août 2023

    De temps en temps le monstre ressort... D'ailleurs une nouvelle chasse est envisagée, au monstre.
    Manque plus que les OVNI ou le ORNI...
    Que représentent les IJ dans les dépenses de santé ?
    Rien ou presque.
    Parlons de l'AME, de l'hospitalier (pas taper, j'ai des lunettes et pas d'ophtalmo...).
    Embaucher des médecins conseil ?
    Stress, lombalgies, on connait tous la difficulté.
    Mais bon, il faut bien, que Don Qui Rote trouve un cheval de bataille.
    Encore une vieille carne...

    Dr D Brbelet

  • Aucune réforme : des économies sur le dos des assurés

    Le 28 août 2023

    Circulez, y a rien à voir : les arrêts maladie, la franchise à payer, c'est l'assuré qui trinque pour faire encore et toujours "des économies".
    Vous avez dit "réforme" ? C'est un gros mot qui n'est pas dans le vocabulaire du ministère : "gestion" c'est le maître-mot !

    Dr A Wilk

  • Que faire ?

    Le 28 août 2023

    Concernant les solutions aux arrêt-maladie : je n'ai pas de recette miracle, mais moi-même comme nombre de mes confrères sommes prêts à déléguer cette tâche aux médecins conseils !
    Par ailleurs, augmenter le délai de carence :
    - C'est efficace ! quand un gouvernement de droite l'a passé à trois jours (et pour tout le monde, ce qui n'est que justice...sociale, et justice tout court) nombre de "petits" arrêts ont disparu, et sont revenus immédiatement quand le ministre suivant (de gauche) a supprimé ce délai de carence en le disant "ni efficace économiquement ni juste socialement"...
    - Et ça responsabilise les gens : comme ce n'est plus un gros mot, et que notre nouveau ministre ainsi que M. Maire à Bercy- l'utilise, autant s'en servir pour justifier la chose !

    Dr F Chassaing

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