Moins de formes asymptomatiques de Covid-19 parmi les vaccinés…

La transmission du SARS-CoV-2 par les sujets asymptomatiques contribue pour moitié à la propagation de l’épidémie selon les données épidémiologiques habituellement admises. Cette notion, même approximative, reflète l’ampleur du problème : les effets du traçage qui part des patients symptomatiques restent limités, même si le repérage des cas contacts le plus souvent asymptomatiques permet en partie de combler cette carence. La vaccination de masse représente à cet égard un immense espoir qu’une étude de cohorte rétrospective vient alimenter. Si les vaccins actuels permettent de réduire la fréquence des formes symptomatiques ou sévères de la Covid-19 de 70 à 95 % -selon le vaccin-, une question se pose à l’évidence : qu’en est-il des formes asymptomatiques ? L’étude en question qui émane de la Mayo CIinic (Rochester, Etats-Unis) apporte une réponse d’autant plus pertinente qu’elle provient du monde réel et non de celui des essais randomisés.

Des patients systématiquement testés avant une procédure médicale ou chirurgicale

Au sein des établissements hospitaliers des Etats-Unis, la recherche des traces du virus par RT-PCR sur prélèvement nasopharyngé est systématique depuis avril 2020 avant toute procédure médicale ou chirurgicale potentiellement génératrice d’aérosol et de contamination des professionnels de santé. Le bilan préopératoire inclut également un questionnaire qui renseigne sur les éventuels symptômes survenus dans les jours qui ont précédé la procédure ou présents juste avant l’admission.

L’étude a inclus 39 156 patients adultes asymptomatiques chez lesquels ont été réalisées 48 333 RT-PCR de dépistage avant une intervention médicale ou chirurgicale, ceci entre le 17 décembre 2020 et le 8 février 2021. Deux groupes ont été constitués : dans l’un, les participants avaient reçu au moins une dose d’un vaccin à mARN, tandis que dans l’autre groupe les patients n’étaient pas vaccinés. L’existence d’un test PCR positif était le critère de jugement principal, le risque relatif (RR) correspondant étant estimé au moyen d’une analyse par régression log-binomiale à effets mixtes, après ajustement en fonction de différentes variables : âge, sexe, ethnie, lieu de résidence par rapport à l’établissement, régions et répétition des tests.

Un risque divisé par cinq

La comparaison intergroupe aboutit à des résultats édifiants. Ainsi, dans le groupe des vaccinés asymptomatiques (n = 3 006 tests), le nombre des tests positifs était de 42 (1,4 %) versus 1 436/ 45 327 (3,2 %), ce qui conduit à un RR de 0,44 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 0,33-0,60; p<0,0001).

Dans les analyses avec ajustement, le risque d’infection asymptomatique par le SARS-CoV-2 s’est avéré très fortement diminué chez les vaccinés- versus les non vaccinés-, dans deux cas de figure : (1) plus de dix jours après l’administration de la première dose : RR = 0,21 (IC 95%: 0,12-0,37; p<0,0001) ; (2) le lendemain de l’administration de la seconde dose : RR = 0,20 (IC 95% : 0,09-0,44; p<0,0001).

La vaccination contre la Covid-19, réalisée dans cette étude au moyen de vaccins à m ARN semble donc protéger largement contre les formes asymptomatiques de la maladie. Le risque correspondant serait divisé par cinq dans le monde réel et ce bénéfice plus que substantiel s’ajouterait ainsi à la protection contre les formes symptomatiques ou sévères de la Covid-19 : un pavé de plus dans la mare des anti-vaccins, étant entendu que ces résultats doivent être confirmés avant de conclure que la vaccination permet de s’affranchir en toute sécurité des gestes barrières. Une éventualité plausible mais prématurée à l’aune des connaissances et des incertitudes actuelles face à la flambée de l’épidémie dans certains pays et alors que le pourcentage de sujets vaccinés au sein de la population générale n’est ni plus ni moins que dérisoire.

Dr Philippe Tellier

Référence
Tande AJ et coll. : Impact of the COVID-19 Vaccine on Asymptomatic Infection Among Patients Undergoing Pre-Procedural COVID-19 Molecular Screening. Clin Infect Dis. 2021 ; publication avancée en ligne le 10 mars. doi: 10.1093/cid/ciab229.

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Vos réactions (10)

  • Actualité vaccinale pédiatrique optimiste : Pfizer BioNTech

    Le 01 avril 2021

    Le BENEFICE SANITAIRE stratifié en fonction du terrain est établi chez l’ADULTE : Le bénéfice épidémiologique n’était pas une priorité des randomisations princeps , l’enfant y était absent
    Ce travail de la Mayo Clinic (94% PFIZER – 6% Moderna) confirme l’impact vaccinal favorable sur la DYNAMIQUE de TRANSMISSION chez l’ADULTE des plateformes ARN dans le prolongement des premiers constats israéliens et écossais en vie réelle mais aussi tous deux en climat VARIANTs B117«anglais» dominant
    Les inclusions portent sur les MOINS DE 65ANS : Les vaccinés sont significativement PLUS JEUNES (46,9 vs 55,2a)
    Le bénéfice épidémiologique ne peut être stratifié par tranche d’age
    La primauté du PFIZER (94%) rend illusoire un distinguo affiné Pfizer vs Moderna

    Oublier le statut vaccinal des ENFANTS serait un comble , aprés avoir surligné pendant 1an leur place incertaine dans la dynamique de transmission
    On ne peut négliger ce versant PEDIATRIQUE sur la voie de l’immunité COLLECTIVE , à l’heure des débats sur «écoles» ou sur «Pass-sanitaire» : L’ objectif primaire est alors EPIDEMIOLOGIQUE et non plus sanitaire

    L’utilisation des plateformes disponibles en France porte sur les > 16ans (Pfizer BioNTech) ou 18ans ( Moderna , « Astrazénéca Oxford »)
    Une infime minorité des 18-29a ont été vaccinés (1dose 1,93% - 2doses 0,39%) (29/4/2021)

    1- Acquis PRELIMINAIRES OPTIMISTES Pfizer BioNTech 12ans – 15ans* : POUR DEMAIN ?
    Elles sont issues d’un communiqué* (31/3/2021) sur des données non revue ou à fortiori publiée
    Essai de phase 3 portant sur 2 260 enfants 12-15ans (Placébo : 1129 – Vaccinés : 1131) , avec ou sans primo-infection antérieure
    Comparaisons faites avec les 16-25ans des études pivots :
    • In vitro : Taux d’anticorps neutralisants DOUBLE, 1mois après la seconde injection (3semaines)
    • In VIVO : Aucune infection dans le groupe vacciné , 18 dans le groupe placébo . Les effectifs restent insuffisants pour rentre la comparaison significative
    • Bonne tolérance , identique
    Publication et Demande d’extension aux 12ans-15ans (FDA-UE) : en cours

    2- Etude de phase 1/2/3 chez les enfants de 6MOIS - 11ans : INTERNATIONALE*
    • 6mois - 2ans : en attente
    • 2 - 5ans : Premières doses la semaine prochaine
    • 5 - 11ans : Premières doses la semaine passée

    *https://www.pfizer.com/news/press-release/press-release-detail/pfizer-biontech-announce-positive-topline-results-pivotal (31/5/2020)

    3- Quid pour « AstraZénéca – Oxford » ? : PAS POUR DEMAIN
    Il s’agissait de l’unique plateforme en évaluation (phase 2/3) chez l’enfant en février* :
    60enfants (2-11ans) / 12 330 participants sur 20mois . Résultats 2022
    Le devenir ce tout ceci à l’issue des évaluations en cours sur la tolérance : A suivre
    *Opel DJ et coll . Should We Mandate a COVID-19 Vaccine for Children? JAMA Pediatr. 2021 Feb 01;175(2):125-126 doi: 10.1001/jamapediatrics.2020.3019
    *Dal-Ré R. Mandatory Coronavirus Disease 2019 Vaccine for Children? JAMA Pediatr. Fe 08, 2021. doi:10.1001/jamapediatrics.2020.6010

    Les hypothêques vaccinales relatives aux VARIANTS «brésilien» ou «Sud africains» peu impliqués en France sont actualisées : Abdool Karim SS et coll . New SARS-CoV-2 Variants - Clinical, Public Health, and Vaccine Implications. N Engl J Med. 2021 Mar24. doi: 10.1056/NEJMc2100362
    Pessimistes mais anticipées : Agilité des plateformes ARN

    Dr JP Bonnet

  • Quelque chose qui cloche

    Le 01 avril 2021

    C'est chouette un vaccin qui protège contre les formes asymptomatiques ! Franchement, là, il fallait y penser ! Du coup on peut afficher 100% d'efficacité sans risque de se tromper. Le problème, c'est que le vaccin n'empêche pas certains vaccinés de développer... une forme symptomatique ! Là il y a quelque chose qui cloche quand même.

    Dr Franck Boutault

  • Qui cloche ? (au Dr Boutault)

    Le 02 avril 2021

    Le commentaire du Dr F Boutault m’interpelle (euphémisme) :

    • L’objectif primaire des stratégies vaccinales (COVID) lui échappe: Réduire de plus de 50% les FORMES SEVERES avec la MORTALITE ATTENANTE (OMS) . Le BENEFICE a été STRATIFIE et donc NUANCE : Age –Comorbidités
    • La notion d’objectif secondaire lui échappe
    • La notion d’impact vaccinal EPIDEMIOLOGIQUE sur la dynamique de TRANSMISSION virale et donc les formes ASYMPTOMATIQUES peu ou mal évaluées car non prioritaires dans les randomisations princeps lui échappe aussi.
    Le travail US analysé contribue à combler cette lacune anxiogène sur le bénéfice épidémiologique IN VIVO , dans le prolongement des travaux préliminaires antérieurs « vie réelle » rassurants et concordant (Israel,UK). Loin des travaux sérologiques in vitro, simples, pédagogiques mais très réducteurs.
    Ces conclusions épidémiologiques ne sont établies IN VIVO QUE pour les plateformes ARN (Pfizer avant tout) , et avec probablement moins de pertinence pour « Astrazeneca » (UK : Rappel différé à 3mois)
    Les étendre aux autres plateformes en cours ou à venir relève de la simplification didactique mais excessive.

    La balance a DEUX plateaux. Ces conclusions sanitaires et épidémiologiques encourageantes ne modifient en rien le bien fondé d’une vaccino –vigilance transparente et actualisée au grès des plateformes , doses , rappels et donc du temps : L’interprétation qui en est faite relève à l’évidence in fine de la décision politique et non plus scientifique (QS : «Astrazénéca» et «UE»).

    Voila ce qui cloche Dr Boutault : L’absence de nuance et d'argumentaire susceptible de l'alimenter. Probablement avant, à l’évidence pendant, et malheureusement après « tout ça ».

    Dr JP Bonnet

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