Pas de sperme pour les veuves

Paris le vendredi 27 septembre 2019 - L’Assemblée Nationale a rejeté de justesse ce jeudi l’autorisation de la PMA post-mortem.

« Il faut que la vie l’emporte. Laissons les morts enterrer les morts ». Le député Marc Le Fur a ému l’Assemblée Nationale ce jeudi en évoquant le deuil de sa femme. Il s’agissait pour lui d’exprimer, en évoquant son histoire personnelle, son rejet de la PMA post-mortem. La question de savoir s’il faut autoriser une veuve à réaliser une PMA avec le sperme congelé de son défunt mari (ou un embryon congelé conçu avec lui) a occupé ce jeudi les députés dans le cadre de l’examen du projet de loi bioéthique.

Après plusieurs heures d’un débat qualifié de « sincère et puissant » par la députée LREM Aurore Bergé, la mesure, qui ne figurait pas dans le projet de loi initial mais qui été porté par plusieurs amendements, a finalement été rejeté par l’Assemblée. L’un des amendements a été repoussé de justesse (60 voix contre, 51 pour). La question a divisé jusque dans la majorité : si le gouvernement était défavorable à la mesure, plusieurs députés LREM l’ont soutenu.

Incohérence contre vertige

Les partisans de la PMA post-mortem soulignent l’incohérence d’un texte qui va autoriser la PMA aux femmes seules mais continue de l’interdire aux veuves. « On ne permettra pas à une femme de poursuivre le projet parental avec l’homme qu’elle a aimé, mais on lui permettra de faire une PMA avec un tiers donneur anonyme, je ne le comprends pas » a justement résumé la députée LREM Florence Granjus. Les auteurs des amendements ont d’ailleurs rappelé à cette occasion que le Conseil d’État s’était dit favorable à la PMA post-mortem dans son avis de juin 2018, au nom justement de la cohérence d’ensemble de la loi.

A l’inverse, la droite s’est logiquement montrée unanimement hostile à cette proposition, dénonçant une mesure qui « donne le vertige », qui revient à « faire engendrer un mort » et a « créer des orphelins de père » (mais la PMA pour les lesbiennes et les femmes seules ne créent-elles pas aussi des "orphelins" de père ?). Agnès Buzyn, ministre de la Santé, s’est quant à elle dit inquiète que la possibilité de réaliser une PMA post-mortem ne créé une pression insoutenable pour une veuve forcément vulnérable. « Comment ces femmes pourront-elles résister à la pression sociale, amicale voir familiale qui dirait “si tu l’aimais vraiment, termine ce projet” ? ».

On peut s’étonner de voir le gouvernement, qui affiche une attitude déterminée (voir irréfléchie pour certains) sur la question de la PMA pour les lesbiennes et les femmes célibataires, se montrer si frileux sur celle de la PMA post-mortem. Ne pouvait-on pas, comme l’a demandé le rapporteur Jean-Louis Touraine, « faire confiance aux femmes, qui sauront choisir ce qui est le mieux pour elles et pour leur enfant », sur cette question comme sur les autres ?

Quentin Haroche

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Vos réactions (5)

  • Précision

    Le 28 septembre 2019

    Je vois dans votre article cette phrase :

    "Incohérence contre vertige
    Les partisans de la PMA post-mortem soulignent l’incohérence d’un texte qui va autoriser la PMA aux femmes seules mais continue de l’interdire aux veuves ".

    La PMA ne sera pas interdite aux veuves : elle pourront en faire une avec un sperme anonyme comme toute femme seule. Je ne vois pas le problème ?

    Dr PAM

  • Problème justement (à PAM)

    Le 28 septembre 2019

    @pam : Bah c'est bien ça le problème justement : qu'on leur permette de faire avec du sperme anonyme alors qu'il y aurait la possibilité de le faire avec celui de l'homme qu'elles ont aimé.

    AB

  • Ah bon !

    Le 29 septembre 2019

    Ah ! "Je ne vois pas le problème". Certes, s'il s'agit uniquement d'avoir une grossesse étant veuve, il y avait un problème auparavant. Il n'y en aura plus désormais à la condition d'accepter le don anonyme.

    Vous croyez vraiment qu'il n'y aura pas de problème ? Ainsi, on ne permettra pas (Au nom de quoi) à une femme de poursuivre le projet parental avec l’homme qu’elle a aimé (maintenant décédé avec un testament autorisant cette insémination). Mais si elle est espagnole. Alors là ?

    On lui permettra en France, en revanche, une PMA mais avec un tiers donneur anonyme qu'elle ne connait pas et qu'elle ne va pas connaître, ni elle, ni l'enfant qui sait pourtant que sa mère est une veuve et qu'on le prive ainsi d’affirmer qui est son père.

    Il était plus simple de voter cette autorisation comme en Espagne. Les paillettes appartiennent à qui ? Un conseil : acheter avant sa mort avec un technicien du froid, de quoi réaliser la sauvegarde de son sperme plutôt que le confier au CECOS qui se prend pour qui ? Ou alors faire le recueil en Espagne.

    Dr JD, ancien du CECOS révolté

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