Vitamine D pour les patients hospitalisés avec une Covid-19, pas d’intérêt

Parce que l'insuffisance en vitamine D est un facteur de risque potentiel de maladie aiguë des voies respiratoires, y compris d’infections virales, il a été suggéré que des taux sériques adaptés pour cette vitamine pourraient avoir un effet préventif sur ces affections. Parce que la supplémentation en vitamine D 3 semble améliorer la fonction des macrophages et des cellules dendritiques, il a été postulé qu’elle pourrait optimiser la réponse immunitaire globale. Enfin, parce que cette vitamine inhibe la libération de cytokines pro-inflammatoires périphériques, on lui attribue une capacité à minorer l’escalade inflammatoire systémique. D’où son intérêt évoqué dans la prise en charge des patients atteints de la Covid-19. Cependant, les bénéfices de cette supplémentation restent pour l’instant spéculatifs et ne sont que partiellement étayés. Pour éclaircir la question, un essai clinique randomisé a évalué l'effet de l'administration d’une dose unique de 200 000 UI de vitamine D3 sur la durée du séjour à l'hôpital (et sur d’autres résultats cliniques pertinents) chez des patients hospitalisés pour Covid -19.

Même durée d’hospitalisation, de mortalité, de besoin d’assistance ventilatoire…avec ou sans vitamine D

L'étude a inclus 240 patients hospitalisés atteints de Covid-19 entre juin et août 2020, d’âge moyen 56,2 ans, comprenant 43,9 % de femmes, et ayant initialement un taux moyen de 25-hydroxyvitamine D à 20,9 [9,2] ng/mL. Ils ont été randomisés pour recevoir soit une dose orale unique de 200 000 UI de vitamine D 3 (n = 120) soit un placebo (n = 120). Il apparaît que la durée médiane du séjour n'a pas été significativement différente entre les 2 groupes (vitamine : 7,0 [4,0-10,0] jours ; et placebo (7,0 [5,0-13,0] jours) (p = 0,59 ; risque relatif pour la sortie de l'hôpital, 1,07 [intervalle de confiance à 95 % IC à 95%, 0,82-1,39] ; p = 0,62). La différence entre le groupe « vitamine » et le groupe « placebo » n'était pas non plus significative pour la mortalité hospitalière (7,6 % vs 5,1 % ; différence, 2,5 % [IC 95 %, –4,1 % à 9,2 %] ; P = 0,43), l’admission en unité de soins intensifs (16,0 % vs 21,2 % ; différence, –5,2 % [IC à 95 %, –15,1 % à 4,7 %] ; p = 0,30), ou les besoins en ventilation mécanique (7,6 % vs 14,4 % ; différence, –6,8 % [IC à 95 %, –15,1 % à 1,2 %]; p  = 0,09). Logiquement, les taux sériques moyens de 25-hydroxyvitamine D ont augmenté de manière significative après une dose unique de vitamine D 3 dans le groupe intervention par rapport au groupe placebo (44,4 ng / mL vs 19,8 ng / mL ; différence, 24,1 ng / mL [IC à 95 %, 19,5-28,7] ; p<0,001).

Ainsi, chez les patients hospitalisés atteints de Covid -19, une seule dose élevée de vitamine D3 ne réduit pas de manière significative la durée d’hospitalisation par rapport à un placebo. Ces résultats remettent en cause l'utilisation curative d’une supplémentation en vitamine D3 pour les patients atteints de la Covid-19. A noter, l'absence d'avantages cliniques constatés dans cette étude était indépendante de la capacité de la vitamine D 3 à augmenter les taux sériques de 25-hydroxyvitamine D : après l'intervention, 86,7 % des patients du groupe vitamine D3 avaient atteint des taux sériques suffisants (≥ 30 ng / mL). Autre fait non négligeable, dans une analyse post hoc limitée aux patients présentant une carence initiale en 25-hydroxyvitamine D, une seule dose élevée de vitamine D 3 s’est révélée efficace pour augmenter les taux de 25-hydroxyvitamine D par rapport au placebo, mais sans amélioration clinique significative.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Murai IH et coll. : Effect of a Single High Dose of Vitamin D3 on Hospital Length of Stay in Patients With Moderate to Severe COVID-19: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2021; 325(11):1053-1060. doi: 10.1001/jama.2020.26848. PMID: 33595634; PMCID: PMC7890452.

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Vos réactions (10)

  • Avant l'hôpital

    Le 04 juin 2021

    S'il vous plait, soignez les gens avant qu'ils n'aboutissent à l'hôpital, et cherchons ce qui fonctionne avant qu'on en arrive là.

    Dr Jean-Charles Crombez (Canada)

  • Critères de l’étude insuffisants !

    Le 04 juin 2021

    La conclusion ne peut être retenue avec une étude non en double aveugle, avec une seule dose de vitamine D et une dose totalement inadaptée puisqu’il faut privilégier des prises rapprochées à la bonne posologie. Dommage de passer ainsi à côté!

    Dr Marty Faucher

  • Amusant, une vitamine pas nécessaire

    Le 07 juin 2021

    Vous devriez lire un peu l'histoire des vitamines, cela permet de se faire une idée de l'éthique passée et actuelle des médecins. Le texte indiqué confirme que le boulot doit être fait avant. Donc vous devriez produire le taux de français en hypovitaminose et ce qui est fait pour supprimer cette situation anormale.

    D'ailleurs, je me pose la question de savoir si une vitamine devrait être un médicament ?

    Dr Bertrand Carlier

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