« Simplification, respect, reconnaissance » les mots d’ordre de la FMF

Le Dr Corinne Le Sauder a récemment été élue présidente de la FMF et les élections  professionnelles (du 31 mars au 7 avril) vont constituer pour elle un baptême du feu. Celle qui est, encore, la seule femme dirigeante d’un syndicat de médecins libéraux (malgré la large féminisation de la profession..), esquisse dans cet entretien  les contours du programme de la FMF qui demande, pour les médecins libéraux : « simplification, respect, reconnaissance ».

JIM : Quelle serait pour vous la médecine libérale idéale de demain ?

Dr Corinne Le Sauder : Derrière chaque médecin, il y a un homme ou une femme. Un médecin qui est bien dans sa peau, soigne bien ses patients. La médecine libérale idéale, c’est un médecin qui a une protection sociale idoine et qui doit pouvoir financer avec ses revenus  de tout ce dont il a besoin pour exercer correctement : personnel administratif et /ou technique, matériel récent, locaux adaptés ergonomiques et sécures pour ses patients, son personnel  et lui-même. La médecine n’est pas une dépense mais un investissement non délocalisable pour  notre bien le plus précieux : la santé.

JIM : Quel argument numéro un pourriez-vous mettre en avant pour convaincre les médecins de participer aux élections professionnelles ?

Dr Corinne Le Sauder : Votez aux élections URPS, c’est construire SON avenir. C’est donner SA voix au syndicat que l’on juge le plus apte à nous représenter. Que cela soit au niveau national pour négocier conventions et accords interprofessionnels ou au niveau local via les URPS qui sont les interlocuteurs des ARS et un soutien inestimable aux médecins de terrain comme on l’a  constaté par exemple lors du  premier confinement dans certaines régions.

« Les syndicats représentatifs sont mis à mal »

JIM : Que pensez-vous du vote électronique ?

Dr Corinne Le Sauder : C’est une évolution qui semble logique, mais ce nouveau système a vraiment été mal expliqué. Une période de pandémie et une campagne de vaccination de masse ne sont peut-être pas le bon moment pour instaurer une telle innovation. En pratique, notre syndicat, comme d’autres, propose un « tuto » aux médecins pour les aider à voter et rappelle qu’Il faut garder la lettre déjà reçue estampillée « Élections URPS » contenant les codes pour voter début avril.

JIM : Quel regard portez-vous sur les 5 dernières années concernant la médecine libérale ?

Dr Corinne Le Sauder : Nous déplorons que progressivement l’Etat légifère et réglemente la médecine se substituant aux discussions conventionnelles. On sent bien que les syndicats représentatifs sont mis à mal. Ainsi découvrons-nous des textes publiés au journal officiel sans que personne n’ait été consulté : c’est inadmissible et nous nous battrons pour que cela change.

« On ne veut plus de cette ROSP ! »

JIM : A combien selon vous devrait s’établir le prix de la consultation de base ?

Dr Corinne Le Sauder : Nous revendiquons le tarif européen, or le tarif européen ne se fonde pas uniquement sur une consultation. Il est en moyenne l’équivalent de 200 € euros brut de l’heure.

JIM : Quelles évolutions attendez vous concernant la ROSP et les différents forfaits ?

Dr Corinne Le Sauder : On ne veut plus de cette ROSP ! C’est un système très discriminatoire ; beaucoup de spécialités ne peuvent pas en bénéficier.  Elle  n’est pas fondée sur des objectifs de santé publique : la preuve en est la ROSP 2020 et la baisse de nombreux indicateurs due au Covid 19. Il faudrait recycler  la ROSP pour augmenter les tarifs de la consultation de base  pour tous les médecins, quelle que soit leur spécialité et dès 2021.

Par ailleurs, nous voulons un vrai forfait structure, qui permette réellement de nous équiper et pour TOUS les médecins (pas seulement pour ceux qui exercent en « structure » comme cela prévu à partir de 2022). Or, on rappelle que 70 % des médecins n’exercent pas en maison de santé ou qu’ils ne sont pas rattachés à une CPTS mais Ils, ont une structure personnelle, font des soins coordonnés et donc ne sont pas isolés.

« Les MSP et les CPTS ne sont pas l’alpha et l’oméga de la pratique médicale »

JIM : Que proposez-vous concernant le développement des MSP et des CPTS ?

Dr Corinne Le Sauder : L’organisation dans les territoires doit être faite PAR et POUR les médecins de terrain.  Ce n’est pas l’administration qui doit organiser la médecine à la place des médecins. Il faut que les médecins soient rémunérés pour l’activité de coordination qu’ils mènent déjà tous les jours. Il faut que cela soit simple, par exemple dans le cadre des ESCAP (Equipes de Soins Coordonnées Autour du Patient) : c’est la première marche de la coordination. Les MSP et les CPTS ne sont pas l’alpha et l’oméga de la pratique médicale en ville car trop compliquées et chronophages : il y a moins de une CPTS par département actuellement et moins de 1800 MSP en France.

JIM : Quel regard portez-vous sur le développement de professions intermédiaires ?

Dr Corinne Le Sauder : C’est pareil, il faut arrêter de créer des choses qu’aucun  professionnel de santé libéral actuel n’a demandées ! Déjà comment pourrons nous intégrer et évaluer les infirmiers de pratique avancée dans l’organisation des soins libéraux ? Nous soulignons à ceux qui proposent de confier aux professions intermédiaires les consultations simples et aux médecins les consultations complexes que personne ne sait d’avance si une consultation est simple ou complexe ! Seul le médecin a la compétence pour faire un diagnostic médical et donc la différence.

JIM : La réforme des retraites semble en suspens, qu’attendez-vous des pouvoirs publics sur ce point ?

Dr Corinne Le Sauder : Qu’on nous demande enfin notre avis ! En 2019 nous avions été convoqués : ce n’était pas une négociation mais une information par les autorités. Au delà d’une éventuelle réforme, il faudrait qu’enfin les réserves constituées par la CARMF permettent d’augmenter la retraite des médecins de 1% dès maintenant sans augmentation des cotisations .C’est possible, c’est prévu dans les textes, la demande de la FMF a été faite auprès de la DSS et la CNAM, nous attendons leurs réponses.

JIM : Pensez-vous qu’une nouvelle réflexion devrait être engagée concernant le système actuel de sectorisation ?

Dr Corinne Le Sauder : Nous demandons un espace de liberté tarifaire pour tous les médecins et une rémunération à leur juste valeur pour tous les actes. Cela permettrait de rebattre les cartes de la sectorisation vers peut être un secteur unique.

Vaccination : « cette campagne se fait dans la désorganisation totale »

JIM : Que pensez-vous des choix du gouvernement concernant l’organisation de la campagne de vaccination contre la Covid par les médecins de ville ?

Dr Corinne Le Sauder : Le mot organisation est mal choisi ! Cette campagne se fait dans la désorganisation totale et permanente avec des injonctions contradictoires, un manque de transparence et d’anticipation.

JIM : Quel regard portez-vous sur la vaccination contre la Covid sans prescription médicale par les pharmaciens ?

Dr Corinne Le Sauder : Tous les professionnels de santé doivent se mobiliser pour cette campagne en fonction de leur champ de compétences. La façon dont le gouvernement nous a annoncé il y a quinze jours, après un week-end de vaccination exceptionnelle qu’il n’y aurait pas de vaccins pendant une semaine pour les médecins pour laisser la place aux officinaux a été scandaleuse !

JIM : Estimez-vous que les indemnisations allouées aux médecins libéraux pour compenser leurs pertes de revenus liées à la crise sanitaire ont été suffisantes ?

Dr Corinne Le Sauder : Elles sont très insuffisantes puisqu’elles ne représentent que 70 % de certaines de nos charges et rien pour compenser la perte de revenus. Or, les médecins libéraux ont enregistré en moyenne une perte d’activité de 6,6 % en 2020.De plus, ces indemnités n’ont pas encore été soldées et ne devraient l’être pas avant avril (soit un an après !).

JIM : Qu’attendez-vous de la négociation qui doit reprendre après les élections ?

Dr Corinne Le Sauder : Ce qu’on demandera, surtout, c’est de repartir très rapidement sur une nouvelle convention, sans attendre 2023 comme c’est prévu avec la LFSS 2021afin de construire ensemble la médecine de demain.


Propos recueillis le 12 mars 2021 par Frédéric Haroche

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