Accès direct aux paramédicaux : « un pis-aller pour un système qui s’effondre »

Interview du Jérôme Marty, président de l'UFML-S

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 a organisé un accès direct à certaines professions paramédicales, comme les kinésithérapeutes. Cette réforme, qui s’inscrit dans le cadre plus général des délégations de tâches et de compétences est présentée comme un outil de lutte contre les déserts médicaux.

Les syndicats de médecins se sont unanimement opposés à cette nouvelle évolution et en particulier l’UFML-S* et son fondateur, le Dr Jérôme Marty, qui détaille dans cette interview les dangers d’une mesure qui viendra, selon lui, fragiliser davantage les médecins sans résoudre les problèmes de démographie médicale. 

*Union française pour une médecine libre - Syndicat

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Vos réactions (3)

  • Cela marche très bien en ophtalmologie

    Le 22 janvier 2022

    L'accès direct aux para médicaux est une très bonne stratégie. Nous sommes un des rares pays riches à ne pas développer cette stratégie. On voit sur le terrain que cela marche très bien en ophtalmologie. Il s'agit donc pour le Dr Marty d'un combat d'arrière garde et d'une attitude corporatiste. On verra le résultat dans quelques années où je pense que tout le monde trouvera cela "naturel et très bien".

    Pr Dominique Baudon

  • Pour des protocoles de coopération

    Le 23 janvier 2022

    Je suis infirmière libérale. Je pense que l’accès direct ne doit pas être une solution pour remplacer les médecins, ni même à leur dégager du temps médical. La médecine est la compétence du médecin.
    En revanche, l’accès direct pourrait permettre d’exercer mon métier à ses justes compétences de son rôle autonome (prévention, éducation à la santé…).

    Ces compétences ne sont même pas nomenclaturées à la CPAM ! D’autre part dans le suivi des maladies chroniques, avoir un protocole de coopération pour prescrire une glycémie, adapter une posologie Previscan… permettrait d’éviter dés retard dans les parcours de santé.

    Florence Delcey (IDE)

  • 0n ne sait pas ou, mais on y va !

    Le 28 janvier 2022

    On ne sait pas ou, mais on y va! il faut revoir tout notre système de soin, ce qui ne veut pas dire aggraver!

    La médecine libérale, familiale, s'amenuise depuis longtemps et a disparu depuis longtemps, il ne reste plus qu'à le constater et à l'admettre, c'est du moins mon avis!

    Augmenter le numerus clausus ne sert à rien, si les postes à pourvoir sont supérieurs aux postulants, ceci en partie expliqué par la Docteur Marty.

    Les 35 heures payées 39, et 4000 euro pour le généraliste, pour l'ancien "médecin de famille", pour 70 heures de travail sans compter les paperasses, en veux-tu, en voila, c'est fini!

    Les maisons médicales mal conçues, sans médecin, c'est de l'argent jeté par les fenêtres, dans le but de nous fonctionnariser à nos frais sans aucun intérêt objectif pour la population.

    Sans compter le consumérisme médical, internet, et autres charlatans!

    On a instauré le Mica, prime au départ à 58 ans payée par la profession elle même, sous prétexte que moins de médecin égale moins d’ordonnance égales moins de coût, ce qui est stupide. D'ou l’éclosion du 15, alors que les libéraux regroupés en association faisaient (à peu prés bien le boulot!) donc tout le monde aux urgences, pour tout et n'importe quoi, jour et nuit, et sans avance de frais!! Les médecins eux mêmes l'ont bien voulu, sachant que moins de médecins égale plus de pognons et/ou "triage" de sa clientèle, que les autres se débrouillent!

    Je passe sur l'obligation de l'informatisation, qui en fait ne consistait en réalité qu'à une simple obligation de transmission électronique des feuilles de soin aux CPAM. Les CPAM et les syndicats nous l'ont bien caché, et nous nous sommes retrouvé dans "l'obligation" d'une informatisation désordonnée, non préparée, avec un DMP coûteux et inactif, inutile depuis 15 ans qui nous a coûté un pognon de dingue! Cette informatisation permet maintenant à l'administration fiscale d'accéder directement à la partie comptable de de nos données!

    Quant à P Rod: depuis quand l'évidence de la pathologie est présente, les kinés ont plus de compétences que n'importe quel médecin généraliste pour examiner une pathologie traumatique et appliquer le traitement adéquat? Le cas échéant, au médecin le diagnostic, parfois à rectifier, et au kiné à traiter, selon la technique adaptée, de son choix!

    "Quel intérêt de passer par un médecin généraliste pour être adressé ensuite à "un spécialiste en rhumatologie" parfois "débordé": un généraliste est incompétent en rhumatologie ? et une douleur d'allure rhumatismale est-elle toujours d'origine rhumatismale? parfois, perte de temps, de chance pour le patient, pour un coup au final supérieur! et si besoin, rhumatologue (souvent débordé par des arthrosiques à raison de 2 fois par an!).
    "0rthopédie? un médecin ne fait plus une suture de peau, de tendon superficiel parfois, une biopsie accessible, (s'il l'on en a la compétence, bien sur), un plâtre, une immobilisation? il est capable de faire la différence entre une entorse bénigne ou grave et dispose d'imagerie!
    "Ou même chirurgien viscéral": on n'ouvre pas le ventre à tous les patients qui ont mal au ventre!

    Si au bout de 9 ans d'études, on ne veut pas travailler, si l'on est incompétent, si l'on refuse de prendre une responsabilité, ou si l'on veut faire partie d'un "réseau" parfois lucratif, alors changez de boulot, ou alors assumer et revendiquez les responsabilités qui par essence, sont les vôtres, ainsi que les conséquences qui en découlent! Si, de plus, certains ont voulu se tirer une balle dans le pied et y ont réussi, tant mieux pour eux, tant pis pour les autres!

    "Le système de santé doit maintenant être vu comme une intervention de différents professionnels de santé agissant dans la plénitude de leurs compétences acquises par leur formation, en colonnes parallèles et une collaboration horizontale en lieu et place de cette pyramide obsolète": mille fois d'accord, mais vous semblez alors vous contredire! en ce qui me concerne j'estime avoir travaillé dans ce contexte!

    "Il faut aussi abolir ce vocabulaire de "délégations de tâches" si réducteur qui suppose qu'il y aurait des mains sans cervelle pour accomplir certains gestes. Stop à cette subordination très féodale"! D'accord, mais personnellement, je n'ai jamais considéré une aide soignante, une IDE, un kiné, comme un serf, un vassal, un sous fifre, mais un collaborateur au service du patient!

    L'aide soignante était femme de ménage, l'infirmière, aide soignante, le médecin l'infirmière, le spécialiste le généraliste, et certains spécialiste le bobologue! Je ne veux pas généraliser, bien sur! mais aujourd’hui, le généraliste devient le coordinateur de soins, du moins de l'avis de tout le monde, ce qui est normal dans l’intérêt du patient, ce qui est normal, mais il faut dans les cas habituels, tout simplement et non pos de décision collégiale !
    Messieurs Marty, Hamon, Chassang, vous étiez présidents de syndicaux de médecins libéraux...et c'est, sincèrement, génial que vous ayez encore des "idées"!
    Les seules vraies questions: qui fait quoi? sommes nous des drones? que font nos tutelles? Que fait le conseil de l'ordre? Combien y a-til de personnes dans les ARS? dans le grand Est? En Ile de France, et lorsqu'il y a un papier à signer, Comment court-circuiter ces milles feuilles sans aucune compétence médicale! "C'était mieux avant", je n'en sais rien, mais demain me fait un "peu" peur!

    Dr Jean-Paul Vassse

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