Aggravation inquiétante des ruptures de stock de médicaments

Paris, le jeudi 1er mars 2018 – Au comptoir, la pharmacienne sourit gentiment. « Vous avez de la chance, celui-ci n’est pas en rupture de stocks », indique-t-elle en délivrant un traitement essentiel pour le patient. Cette phrase, cette pharmacienne parisienne aimerait pouvoir la dire plus souvent que son contraire : « Désolée, mais je crois qu’il y a un problème d’approvisionnements ». Pourtant ces derniers mois, cette explication a dû être donnée de plus en plus fréquemment.

La mondialisation au banc des accusés

Selon des chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui doivent encore être consolidés, les pénuries touchant des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), soit des produits « pour lesquels une interruption de traitement est susceptible de mettre en jeu le pronostic vital » selon la définition de l’ANSM ont progressé de 30 % en 2017. Elles ont concerné 530 médicaments et ont pu parfois perdurer pendant plusieurs semaines. Les médicaments indiqués dans le traitement de maladies infectieuses sont les premiers concernés (20 % des ruptures de stocks), devant diverses spécialités recommandées dans les pathologies du système nerveux (un peu moins de 20 % également) et les anticancéreux (plus de 15 %). Les raisons de ces difficultés d’approvisionnement qui sont à l’origine d’une préoccupation majeure des patients, des médecins et des autorités de tutelles sont diverses.

La défaillance des outils de production (20 % des cas) est au premier plan, mais on constate également régulièrement un niveau de production insuffisant (15 %), des problèmes concernant les matières premières (15 %), des défauts de qualité des produits (15 %) ou encore une augmentation non anticipée des ventes (10 %). Plus globalement, le patron de l’ANSM, Dominique Martin met en cause la « complexité et la mondialisation des chaînes de production ».

Des réponses inefficaces

La progression des ruptures de stocks est loin d’être un phénomène nouveau et ne touche pas que la France. Cependant, malgré les dispositifs mis en place, qui imposent notamment aux industriels une plus grande anticipation et une mise en place rapide de solutions de remplacement, les difficultés non seulement persistent mais s’accroissent. Les représentants des laboratoires pharmaceutiques affirment jouer leur rôle sans défaut : « Les industriels ont pris la mesure de l'importance des ruptures et se donnent les moyens nécessaires pour les éviter. Ils mettent en place des stocks stratégiques de matières premières et de produits chimiques » assure un communiqué du LEEM. Malgré cette bonne volonté affichée, il semble néanmoins indispensable de se pencher une nouvelle fois sur le sujet afin d’éviter des conséquences fortement dommageables pour les malades.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Medicaments manquants et autres penuries, quotas labos, etc...

    Le 02 mars 2018

    La situation tres ennuyeuse (surtout pour ceux qui,au comptoir, doivent affronter les mécontents) qui s'installe progressivement a egalement comme responsable les manipulations de prix par la Sècu, qui font que la France n'est plus prioritaire pour etre servie quand il y a rationnement (quota labo). Sans compter les petits malins qui ont remarqué que les prix bloqués francais etaient devenus très intéressants pour réexporter avec une grosse marge vers les pays où les prix ont suivi normalement l'évolution économique.

    Maignan, pharmacien.

  • Rapatriement des médicaments en Europe

    Le 02 mars 2018

    L'Europe est l'un des principaux responsables de synthèses des médicaments. Mais, pour gagner un peu plus d'argent, les firmes pharmaceutiques n'ont pas honte de faire fabriquer les molécules dont elles possèdent les brevet en Chine ou en Inde, comme s'il n'existait pas de laboratoires en Europe capables de les fabriquer et, même de faire fabriquer les comprimés en dehors de l'Europe.

    Certes les 15.000 lobbyistes bruxellois arriveront moyennent backchich à bloquer à la Commission européenne toute initiative visant à rapatrier les médicaments en Europe. C'est au Parlement européen à empoigner le problème qui permettrait d'éviter ces ruptures des stocks inadmissibles.

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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