Alcool et FA, s’abstenir

La fibrillation auriculaire (FA) affecte plus de 33 millions de patients à l’échelon mondial et elle constitue l’une des principales causes d’accident vasculaire cérébral. Sur un autre registre, la consommation d’alcool fait partie intégrante de la culture occidentale, au point que 57 % des Américains sont des buveurs chroniques sans être pour autant alcooliques. Quelques études d’observation plaident en faveur d’une relation dose-dépendante entre la consommation d’alcool et les éléments suivants : incidence de la FA, dilatation de l’oreillette gauche, fibrose auriculaire et risque de récidive de l’arythmie après ablation.  Par ailleurs, l’alcool même consommé à des doses jugées modérées (7 à 14 verres par semaine) n’est pas sans retentir sur les facteurs favorisant la FA, qu’il s’agisse de l’hypertension artérielle, de l’obésité, de l’apnée du sommeil ou encore du dysfonctionnement ventriculaire gauche. Dans ces conditions, quels pourraient être les effets de l’abstinence sur le risque de FA ? Rares sont les études prospectives qui permettent de répondre à cette question, même si les programmes visant à une perte de poids et incluant une restriction des apports en alcool (<3 verres /semaine) plaident en faveur d’un effet favorable de ces mesures sur le risque précédent.

Un essai randomisé mené en Australie

Un essai randomisé multicentrique ouvert, mené au sein de six centres hospitaliers australiens permet d’aller plus loin. Ont été inclus des adultes qui consommaient régulièrement des boissons alcoolisées, à raison d’au moins dix verres par semaine (soit 12 g d’alcool pur par prise ou 120 g/semaine). Par ailleurs, les participants avaient une autre particularité : l’existence dans les antécédents d’une FA paroxystique ou permanente, sachant que lors de l’inclusion dans l’essai, à l’état basal, tous étaient en rythme sinusal. Deux critères de jugement principaux ont été définis et appliqués aux deux groupes constitués par tirage au sort (abstinence versus consommation maintenue selon les habitudes en vigueur) avec un suivi de 6 mois : (1) absence de récidive de la FA ; (2) temps passé en FA déterminé par enregistrement ambulatoire continu de l’ECG sur 24 heures.

Moins d’alcool (beaucoup moins), moins de FA (un peu moins)

Au total, le tirage au sort a porté sur 140 patients (hommes : 85 % ; âge moyen, 62 ± 9 ans). Dans le groupe des abstinents (n = 70), la consommation d’alcool a été réduite drastiquement, passant de 16,8 ± 7,7 à 2,1 ± 3,7 verres standard par semaine, soit – 87,5 % ce qui n’est pas l’abstinence totale, mais ce qui lui ressemble tout de même. Dans l’autre groupe (n = 70), c’est une quasi-stabilité qui a dominé, les chiffres correspondants étant en effet respectivement de 16,4 ± 6,9 versus 13,2 ± 6,5 verres/semaine, soit une réduction modeste de 19 %.
Dans le premier groupe, la FA a récidivé chez 37 patients sur 70 (53 %), versus 51/70 dans le groupe témoin (73 %). La période écoulée avant la récidive de la FA s’est avérée plus longue en cas d’abstinence, le  hazard ratio correspondant étant en effet estimé à 0,55 (intervalle de confiance à 95 %, 0,36 à 0,84 ; p = 0,005). La durée passée en FA en l’espace de 6 mois et rapportée à la durée des enregistrements a été plus brève dans le premier groupe, soit un pourcentage médian de 0,5 % (écart interquartile, 0,0 à 3,0 versus 1,2 %  [écart interquartile, 0,0 à 10,3]; p = 0,01).

Cet essai randomisé réalisé en Australie est le premier à démontrer les vertus de l’abstinence chez les consommateurs chroniques d’alcool atteints d’une FA connue, paroxystique ou permanente. Il semble bien que la réduction drastique des apports en boissons alcoolisées soit à même de diminuer les récidives de cette arythmie au terme d’un suivi de 6 mois. Un argument de plus pour freiner la  consommation d’alcool chez les patients à risque de FA comme chez ceux à haut risque cardiovasculaire, pour rester dans le viseur des recommandations actuelles…

Dr Peter Stratford

Référence
Voskoboinik A et coll. : Alcohol Abstinence in Drinkers with Atrial Fibrillation. N Engl J Med. 2020 ; 382(1):20-28. doi: 10.1056/NEJMoa1817591.

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Vos réactions (1)

  • Un cas clinique

    Le 22 janvier 2020

    J'ai fait 3 poussées de FA sur quelques mois et depuis la dernière en 2013, déjà sensibilisé par des études sur le problème de l'alcool et en particulier de la bière, je n'ai pas bu une goutte d'alcool, et pas de rechute en 7 ans.

    Dr O.

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