Alerte sur les prémices d’une deuxième vague psychiatrique

Paris, le lundi 29 juin 2020 - La Fondation FondaMental alerte sur les conséquences de la pandémie et du confinement sur la santé mentale et lance une campagne d’appel aux dons. Sa directrice, le Pr Marion Leboyer (CHU Henri Mondor Créteil) explique ses inquiétudes dans les colonnes de Pourquoi Docteur et auprès de France Info.

Répercussions différentes du confinement en fonction des pathologies

Elle explique, en premier lieu, comment les patients suivis en psychiatrie ont vécu le confinement.

« Les patients qui étaient le plus soumis à des situations stressantes ou qui avaient des difficultés sociales ont apprécié l’isolement, le repli sur soi, le fait de ne pas être soumis à une série de stimulations sonores. En revanche, les patients lourdement atteints de schizophrénie, qui étaient par exemple pris en charge à l’hôpital de jour où ils sont stimulés grâce à divers exercices, ont plutôt vu leur cas s’aggraver. Quant aux patients bipolaires, ils sont beaucoup à avoir souffert de la rupture de rythme. Tout ce qu’on essaye de faire normalement, pour les pousser à respecter une alimentation régulière ou des horaires de sommeil stables, a été très difficile à maintenir pendant le confinement ».

Des soignants aux chômeurs : beaucoup auront besoin de la psychiatrie

Outre les conséquences du confinement sur les patients atteints de troubles mentaux, la Fondation FondaMental est aujourd’hui préoccupée par la "seconde vague" d’affections psychiatriques. D’abord, selon le Pr Leboyer, les soignants pourraient venir grossir les rangs de ceux qui nécessitent une prise en charge : « On sait que de nombreux soignants ont vécu des situations extrêmement douloureuses et traumatisantes ». Déjà, pendant le confinement certains ont eu besoin d’accompagnements psychologique et psychiatrique. « A l’hôpital Henri-Mondor, où je travaille, on en a pris en charge énormément et cela va continuer » souligne le Pr Leboyer. 

Autre facteur possible d’augmentation des files en psychiatrique : la crise économique qui se profile.

Une progression qui s’observerait déjà dans les services. « On constate actuellement que chez des personnes qui n'ont jamais été malades auparavant, il y a une augmentation des dépressions, des pathologies anxieuses qui sont vraisemblablement consécutives aux situations difficiles qui ont été vécues pendant le confinement, à l'anxiété, au stress, au deuil que certains ont éprouvé et aux situations très douloureuses que des personnes, par exemple, les soignants, ont vécu pendant la pandémie » prévient le Pr Leboyer.

Un effet psychiatrique de la Covid-19 ?

Au-delà de ces effets secondaires de l’épidémie et du confinement, le SARS-CoV-2 pourrait être directement responsable d’une augmentation de la prévalence des troubles psychiatriques. « Il est important de rappeler que nous avons pu voir pendant les précédentes épidémies de coronavirus que les patients qui avaient été infectés avaient plus tendance à souffrir de troubles de l’humeur ensuite. En effet, la tempête cytokinique et l’anomalie inflammatoire font le lit de la dépression » note le Pr Leboyer.

Ainsi, en Italie, des premières enquêtes épidémiologiques ont mis en évidence une augmentation de 30 % de la dépression chez les personnes qui ont souffert de Covid.

« De nombreuses études sont nécessaires sur la Covid et la psychiatrie et sur la Covid et la santé mentale. Nous avons besoin d’études épidémiologiques » souligne à ce sujet le Pr Leboyer. « Toute une série de recherches biologiques s’imposent. Est-ce qu’après la Covid, on est plus à risque de développer des pathologies psychiatriques, en particulier des troubles anxieux et de l’humeur ? Qu’est-ce qui se passe au niveau du terrain immuno-inflammatoire des patients ? ». 

Quoi qu’il en soit, elle appelle dès à présent toute personne qui a été atteint par la Covid-19 et qui ressent « une grande fatigue, une tristesse de l'humeur et /ou des troubles du sommeil » à contacter un psychiatre.

Dans ce contexte, la fondation FondaMental va développer une nouvelle plateforme ayant pour objectif de faciliter et d’accélérer l’accès aux soins, qu’il s’agisse de patients en rupture de soins ou de nouveaux patients qui auraient besoin de consulter un psychiatre, un addictologue ou un psychologue. « Nous avons donc besoin de fonds pour cela, mais également bien sûr pour la recherche » conclut le Pr Leboyer.

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Psychiatrie humaine

    Le 29 juin 2020

    Mme Leboyer lit l'esprit des êtres humains dans leurs humeurs et leurs viscères et c'est bien son droit. Elle se satisfait en outre d'une catégorisation descriptive des êtres, pourquoi pas... Enfin elle fait un peu de buzz psychiatre, c'est bienvenu.
    La seule chose qui me rassure au fond est qu'à la fin, elle réclame qu'on lui octroie des sous pour ses importantes recherches.
    Ouf, c'était donc un être humain.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Confirmation vécue

    Le 30 juin 2020

    Merci Professeure Leboyer pour toutes ces informations et pour votre analyse. Je suis cardiologue en invalidité suite à une grave dépression pour laquelle le travail n'était pas le seul élément en cause (fragilité personnelle et même familiale, divorce, difficulté à faire les deuils). Je connais donc bien les maux de l'âme.

    Je suis entièrement d'accord avec vous, le confinement a aggravé les troubles anxieux et dépressifs chez des personnes prédisposées. Ma tante qui souffre de troubles bipolaires et obsessionnels compulsifs, voit son état de santé se dégrader avec une aggravation de ses TOC et une perte d'appétit. Le confinement a aussi révélé des troubles anxieux latents chez des personnes qui, en apparence, ne semblaient pas inquiets.
    Quant à moi, j'ai fait une grave crise très violente dont le facteur déclenchant fût le manque de solidarité entre voisins. Avec le recul, j'ai compris que le confinement avait eu un effet miroir sur mon propre enfermement. Car c'est bien souvent nous-même qui nous imposons des contraintes et des empêchements à vivre. Cette crise fût donc libératrice car elle a brisé les chaînes symboliques qui m'aliénaient à moi-même.
    En ce qui concerne l'éventualité d'une deuxième vague du coronavirus, il n'y a aucune preuve mais les médias en profitent pour terroriser la population. C'est très très grave et pour moi, bien pire que le coronavirus lui-même. Donc vous allez avoir du travail en psychiatrie! Le problème est, là encore, le manque de moyen avec la difficulté de trouver un psychiatre (beaucoup ne prennent plus de nouveaux patients) qui nous convient.

    Dr X

  • Psychiatrie humaine

    Le 05 juillet 2020

    Il est certain que face au flou des remarques de Mme Leboyer et aussi à la banalité de ses constations la remarque du Dr Bouquerel est pertinente.

    Dr J Y Tamet

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