AVC après 80 ans, pas trop tard pour les statines

La prescription de statines est préconisée après un AVC ischémique dans le but d’amener les taux plasmatiques de LDL-cholestérol au-dessous de 0,70 g/l. Cette mesure de prévention secondaire a fait la preuve de son efficacité chez les patients âgés de moins de 75 ans, mais elle est couramment prise au-delà de cet âge sans certitude sur son opportunité : de fait, les essais randomisés n’ont pas inclus de patients très âgés ce qui est habituel dans la plupart des cas.

Une étude de cohorte rétrospective a inclus 5 910 patients âgés d’au moins 65 ans et hospitalisés entre 1999 et 2016 du fait d’un AVC ischémique inaugural. Aucune statine n’avait été prescrite au cours de l’année ayant précédé ce dernier. Le critère de jugement principal a combiné les évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM) suivants : récidive d’AVC, infarctus du myocarde et mortalité cardiovasculaire. La mortalité globale était le seul critère secondaire. Les données ont été traitées à l’aide du modèle des risques proportionnels de Cox avec ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels.

Traiter 64 patients pour éviter un événement CV majeur

Plus d’un participant sur deux (3 157/5 190 ; 53,42 %) était âgé d’au moins 80 ans. Le suivi médian est de 3,9 années. Chez les patients très âgés, la prescription d’une statine pendant au moins deux années a été associée à une moindre fréquence des ECVM du critère de jugement principal, le hazard ratio ajusté (HRa) correspondant étant estimé à 0,80 [intervalle de confiance à 95 % IC 95% 0,62–1,02]). Il en a été de même pour la mortalité globale avec un HRa de 0,67 [IC 95%, 0,57–0,80]. Après prise en compte d’une mortalité évaluée à 23,9 % au cours des deux années qui ont suivi l’AVC, le nombre de patients très âgés à traiter pour éviter un ECVM a été calculé être de 64 et pour éviter un décès de 19.

Cette étude de cohorte rétrospective qui porte sur un nombre conséquent de patients très âgés ne peut être substituée à un essai randomisé, mais ses résultats n’en sont pas moins intéressants. Ils suggèrent que dans les suites immédiates d’un AVC ischémique, la prise d’une statine ne saurait être récusée par le grand âge, toute proportion gardée, le cas des nonagénaires étant à part. Autour et quelque peu au-delà de 80 ans, il semble licite d’instaurer des mesures de prévention secondaire voisines de celles adoptées chez les patients moins âgés et de viser une cible biologique proche pour ce qui est du LDL-cholestérol, en l’occurrence et dans la mesure du possible 0,70 g/l, selon les recommandations les plus récentes de l’ESC (European Society of Cardiology).

Dr Giovanni Alzato

Référence
Lefeber GJ et coll. : Statins After Ischemic Stroke in the Oldest. A Cohort Study Using the Clinical Practice Research Datalink Database. Stroke 2021 ; 52 : 1244-1252. doi.org/10.1161/STROKEAHA.120.030755.

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Vos réactions (2)

  • Châteaux de sable

    Le 30 avril 2021

    Il y a tellement de différence entre une étude de cohorte rétrospective et un ECR qu'il n'y pas pas lieu de tirer de recommandation sur la prise en charge. Nous faisons de la médecine, pas des châteaux de sable.

    Dr Pierre Serveille

  • Fonctionnalité

    Le 04 mai 2021

    De toutes façons vu l'hétérogénéité de la population des personnes âgées de plus de 65 ans et plus encore de de plus de 80 ans, une valoration gériatrique integrale est essentielle pour discriminer l'intérêt d'un traitement selon les résultats de celle-ci. Une différence statistique significative n'a aucun intérêt si elle n'a pas intégré de quelle population fonctionnelle on parle et pas seulement son âge.

    Dr Benoit Cordier

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