Boire ou manger trop chaud augmente le risque de cancer de l’œsophage

Le cancer de l'œsophage est la sixième cause de décès par cancer dans le monde et constitue un problème de santé publique mondial. Les deux principaux sous-types de cancer sont le carcinome épidermoïde (OSCC) et l'adénocarcinome (OAC). Le carcinome épidermoïde représente 90 % de tous les cas de cancer de l'œsophage dans le monde ; il est très répandu en Afrique de l'Est, en Afrique orientale et en Amérique du Sud.

L’OAC est plus fréquent dans les pays développés que dans les pays en développement [1]. Les causes principales connues du cancer de l’œsophage sont le tabac, l’alcool et le surpoids [2]. 

Mais, la consommation de boissons très chaudes (café, thé ou autres) à une température supérieure à 60°C semble également constituer un facteur de risque ; une étude de cohorte prospective de 10 ans portant sur 50 045 participants avait suspecté un lien entre la consommation de thé à une température supérieure à 60 °C et le développement d'un cancer de l'œsophage [3].

Un risque qui pourrait être multiplié par plus de 4

Des études récentes conduite en Afrique de l’Est viennent confirmer le rôle de la consommation de boissons et/ou d’aliments très chauds ; elles ont estimé le risque de carcinome épidermoïde de l'œsophage (OSCC) selon quatre paramètres d'exposition thermique, séparément et dans un score combiné [4].

Des études cas-témoins ont été conduites au Malawi (2017-20) et en Tanzanie (2015-19) en utilisant des modèles de régression logistique ajustés sur le pays, l'âge, le sexe, l'alcool et le tabac afin d’estimer les odds ratios (OR) et les intervalles de confiance à 95 % (IC) pour les expositions thermiques autodéclarées en consommant du thé, du café et/ou du porridge.

Les études ont inclus 849 cas de cancer et 906 contrôles. Tous les paramètres étaient positivement associés à l’OSCC : la température de la boisson et des aliment (Odds Ratio OR 1,92 ; intervalle de confiance à 95 % IC 95 % : 1,50, 2,46 pour " très chaud " vs " chaud ", temps d'attente avant de boire et ou manger (OR 1,76 ; IC 95 % : 1,37, 2,26) pour < 2 vs 2-5 minutes), vitesse de consommation (OR 2,23 ; IC 95 % : 1,78, 2,79) pour " normal " vs " lent, et sensation de brûlures dans la bouche (OR 1,90 ; IC 95 % : 1,19, 3,01 pour ≥ 6 brûlures par mois vs aucune).

Chez les consommateurs, le score global allait de 1 à 12, et le risque d’OSCC augmentait avec les scores les plus élevés, atteignant un OR de 4,6 (2,1, 10,0) pour les scores ≥ 9 vs 3.

Les auteurs ont conclu que les paramètres d'exposition thermique étaient fortement associés au risque de cancer et qu’éviter de consommer des aliments ou des boissons très chauds peut contribuer à la prévention de l’OSCC en Afrique de l’Est.

Ces études ont été conduites en Afrique de l’Est ; d’autres études devront être menées pour pouvoir généraliser ces conclusions.

Pr Dominique Baudon

Références
1) Smyth EC, Lagergren J, Fitzgerald RC et coll. : Oesophageal cancer. Nat Rev Dis Prim. 2017;3:17048. - https://www.nature.com/articles/nrdp201748
2) https://www.wcrf.org/
3) Islami F, Poustchi H., Pourshams A et coll. (2019). : A prospective study of tea drinking temperature and risk of esophageal squamous cell carcinoma. Int J Cancer.,146(1):18-25.
doi: 10.1002/ijc.32220
4) Masukume G et coll. : A very-hot food and beverage thermal exposure index and esophageal cancer risk in Malawi and Tanzania: findings from the ESCCAPE case-control studies. Br J Cancer. 2022 ; publication avancée en ligne le 29 juin. doi: 10.1038/s41416-022-01890-8.

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Vos réactions (4)

  • Confirmation d'une notion ancienne

    Le 08 août 2022

    Il me semble que, dès les années 1960 ou 1970, on avait déjà remarqué, dans le Japon traditionnel où les femmes devaient attendre que leur mari ait bu son thé très chaud avant de pouvoir elles-mêmes en consommer, la fréquence des cancers œsophagiens était supérieure chez les hommes, sans doute pour cette raison que la prise de boissons ou d'aliments très chauds constituerait un facteur de risque.

    Dr Alain Cohen

  • Une ancienne nouveauté

    Le 08 août 2022

    Cette corrélation entre température des aliments et cancer de l’œsophage m'avait été enseignée (avec moins de détails statistiques) lorsque j'étais étudiant en médecine, il y a une cinquantaine d'année. J'ai été surpris de retrouver cette notion (et un peu heureux).

    Dr Jean-Michel Coulon

  • Vieille notion

    Le 08 août 2022

    Lors de mes études il y a plus de 50 ans lors des cours sur le cancer de l'œsophage la consommation d'aliments trop chauds était déjà évoquée comme facteur favorisant. L'exemple étant un peuple chez qui les hommes mangeant en premier très chaud avait un taux de cancer œsophagien très élevé par rapport aux femmes mangeant après eux une nourriture refroidie.

    Dr Alain Montagnac

  • Ah bon !

    Le 17 août 2022

    On m'apprenait ça quand j'étais étudiant (il y a longtemps)... En prenant l'exemple de je ne sais plus quelles populations asiatiques...

    Dr Louis-Pierre Jenoudet

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