Bronchiolite du nourrisson : la kinésithérapie respiratoire n’est plus recommandée par la HAS

Paris, le jeudi 14 novembre 2019 – Dans quelques jours débutera l’épidémie annuelle de bronchiolite du nourrisson. Cette pathologie, le plus souvent bénigne, impressionne cependant souvent les parents en raison du grand inconfort qu’elle entraîne chez les plus jeunes patients. Aussi, les consultations sont-elles très fréquentes et les cabinets de kinésithérapie sont rapidement engorgés lors du pic épidémique. Cependant, dans ses nouvelles recommandations publiées aujourd’hui, la HAS juge que « les thérapies non médicamenteuses ne sont pas recommandées », y compris la « kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique ».

Controverses

Depuis de nombreuses années, la pertinence du recours à la kinésithérapie est l’objet de controverses. Alors que les méthodes de clapping et de vibration ont été peu à peu abandonnées partout dans le monde en raison non seulement de leur inefficacité, mais également de leur potentielle dangerosité, l’augmentation du flux expiratoire (AFE), privilégiée en France, demeure largement pratiquée dans notre pays et en Belgique. Néanmoins, les bénéfices de cette pratique n’ont jamais pu être prouvés et une à une toutes les recommandations nationales et internationales ont écarté la kinésithérapie de la prise en charge des nourrissons atteints de bronchiolite. Sauf en France.

Vifs débats

Les kinésithérapeutes défendent dans leur grande majorité l’intérêt de la kinésithérapie respiratoire et notamment de l’AFE chez les enfants atteints de bronchiolite, rapportant notamment les témoignages de nombreux parents convaincus des améliorations apportées par cette pratique, des témoignages dont l’objectivité parfaite peut cependant être discutée. Le JIM se souvient comment la publication dans ses colonnes en 2014 d’un article commentant les nouvelles recommandations américaines en la matière, qui excluait la kinésithérapie, avait suscité un vif débat, notamment avec des représentants des kinésithérapeutes.

Pas interdit, mais pas recommandé

Pourtant, aujourd’hui, la Haute autorité de Santé met fin (peut-être ?) à cette controverse. Ses nouvelles recommandations concernent « la prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de 12 mois », alors que face à un deuxième épisode rapproché « il sera nécessaire d’envisager d’autres diagnostics ». En matière de prise en charge, la HAS juge que les « Les techniques de kinésithérapie respiratoire traditionnelles comme le clapping ou la vibration par exemple sont contre-indiquées. L'augmentation du flux expiratoire (AFE), n’est pas efficace dans la prise en charge des nourrissons hospitalisés pour une bronchiolite aiguë. N’ayant pas fait la preuve de son efficacité pour les formes de bronchiolites traitées en ambulatoire non plus, elle n’est donc pas recommandée ». Cette formulation suggère l’âpreté des discussions qui ont pu avoir lieu sur le sujet qui est le seul à n’avoir pas fait consensus (alors que parallèlement la HAS juge également que tous les traitements médicamenteux, quels qu’ils soient ont « peu de place »). La position de la HAS si elle est claire n’est pas une "interdiction" des traitements par kinésithérapie, mais devrait cependant conduire à repenser certaines prescriptions souvent systématiques. Par ailleurs, pour édulcorer peut-être son propos,  la HAS souligne « la nécessité de poursuivre la recherche et de mener des études permettant de mesurer l’impact de cette technique, en particulier sur le recours aux hospitalisations ».

Surveillance et abstinence

Bien sûr, les réactions des représentants des kinésithérapeutes devraient être nombreuses et souvent hostiles. Cependant, si ces nouvelles recommandations modifient très clairement le rôle joué par les kinésithérapeutes dans la prise en charge des nourrissons, elles ne les en excluent pas. « Leur rôle est amené à évoluer vers la surveillance des nourrissons et l’éducation thérapeutique des parents » explique le professeur Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, afin de délivrer des messages essentiels mais parfois difficiles à faire admettre : face à la bronchiolite, outre des mesures d’hygiène habituelles, la meilleure prise en charge est la surveillance et l’abstinence.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Bronchiolite : les recommandations de la HAS mal interprétées

    Le 17 novembre 2019

    La kinésithérapie est essentielle dans la prise en charge de la bronchiolite du nourrisson.
    Les représentants des kinésithérapeutes respectent l’indépendance de la Haute Autorité de Santé (HAS) et la recommandation publiée aujourd’hui tout en déplorant que les kinésithérapeutes ne soient pas cités. Ils contestent cependant l’interprétation qui en est faite.

    A aucun moment la HAS ne dit qu’il ne faut pas consulter de kinésithérapeute en cas de bronchiolite.

    Si, pour les 3% d’enfants hospitalisés, la kinésithérapie ne diminue pas le temps d’hospitalisation, pour les 97% des 460 000 enfants atteints de bronchiolite, le rôle du kinésithérapeute est essentiel.
    En effet, la prise en charge par le kinésithérapeute va bien plus loin que le simple drainage bronchique. Le kinésithérapeute ausculte, évalue et réoriente le bébé vers les urgences ou le médecin traitant au besoin. Il rassure et accompagne les parents. C’est un acteur-clé de l’éducation à la santé.

    Au-delà de la question de l'efficacité du drainage bronchique, pourtant validé par l’étude Bronkilib 2, (dont les conclusions ne sont pas prises en compte par la HAS) se pose la question de l'organisation du système de santé. La mise en place de réseaux de kinésithérapeutes dès les années 2000 a permis de réduire de manière significative le recours aux urgences et la durée d'hospitalisation des nourrissons atteints de bronchiolite.

    D'ailleurs, la HAS recommande « la mise en place des mesures éducatives et de surveillance adaptées [...] par les professionnels de premiers recours et les réseaux bronchiolites » et insiste sur le fait que « le réseau de soins de second recours est sollicité en cas d'urgence, de nécessité d'une vigilance accrue quotidienne comprenant jours fériés et week-ends, ou d'incertitude sur la conduite à tenir. »

    La HAS valide donc l'organisation en réseau pour assurer une surveillance de l'enfant et une éducation des parents, le rôle du kinésithérapeute ne s'arrêtant pas à la simple dispensation de techniques de désencombrement.

    Dire que la kinésithérapie respiratoire n’a plus de place dans la prise en charge de la bronchiolite va générer de facto un recours massif aux services d’urgences de la part de parents angoissés sans réponse adaptée en période épidémique au moment où un plan des urgences est mis en place par Madame Agnès Buzyn.

    En conclusion, il est important de mettre en oeuvre rapidement la recommandation de la HAS visant à réaliser une étude portant sur les nourrissons pris en charge en kinésithérapie de ville, et en particulier sur son impact en matière de recours hospitalier. Il est essentiel de bien lire ses recommandations qui ne disent à aucun moment que la kinésithérapie respiratoire telle qu'elle est réalisée en France serait contre-indiquée.

    Communiqué de presse

  • Double travail

    Le 17 novembre 2019

    Comme tout le monde le sait, la kiné respiratoire n'est pas un moment de bonheur pour les parents. On accélère le flux expiratoire avec des manœuvres forcées et on les fait tousser soit par le réflexe de toux soit avec deux doigts dans la bouche.

    Doit-on comprendre que des parents aimants nous amènent leurs enfants plusieurs séances d'affilé juste pour le plaisir de voir un kiné les torturer ? Supprimer les séances de kinésithérapie pour les bronchiolites va certes faire des économies mais cela va aussi saturer les cabinets des médecins et les urgences le week-end puisque, pas de kiné égal plus de réseau bronchiolite le week-end et jours fériés ; donc double travail pour vos cabinets surchargés.

    Sylvie Songeon (MK)

  • Qui ne dort pas la nuit ?

    Le 18 novembre 2019

    "..la meilleure prise en charge est la surveillance et l’abstinence." Abstinence de kiné donc. Un médecin m'a avoué donner les médoc aux bébés afin que les parents puissent dormir! Dans ma pratique les parents dorment après la séance de kiné, pas après les médocs...

    Evelyne Chulem (Kinésithérapeute)

    Evelyne CHULEM (MK)

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