Café et ostéoporose, une association sans filtre ?

Les relations entre café, ostéoporose et risque fracturaire sont imparfaitement explorées. Selon certaines idées reçues, le café serait bon pour le squelette, mais cette vision est loin de faire l’unanimité. Il faut cependant souligner que les études consacrées à cette thématique ne brillent ni par leur rigueur ni par leur exhaustivité, les effectifs étant le plus souvent restreints et la méthodologie s’inscrivant dans une démarche résolument rétrospective qui n’est pas la plus adaptée. Une méta-analyse l’illustre bien ; elle a été réalisée à partir d’une revue de la littérature internationale parue jusqu'au 25 novembre 2021 sur les bases PubMed, Web of Science, Cochrane library et Embase Database.

Cette recherche n’a conduit qu’à sélectionner 17 études d’observation, dont quatre spécifiquement consacrées à l’ostéoporose regroupant 7 114 participants et treize au risque de fractures (n = 391 956). Les associations entre la consommation de café et le risque ostéoporotique ont été évaluées à l’aide du modèle des risques proportionnels de Cox. Le calcul des odds ratios (OR) et des risques relatifs (RR) correspondants a été complété par une analyse du type dose-réponse.

Peut-être une moindre incidence des fractures de hanche  


Une consommation élevée de café (versus faible) a été associée à un risque significativement plus faible d'ostéoporose [OR = 0,79 ; intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 0,65-0,92)]. Il en est de même pour le risque de fractures, sans que le seuil de signification statistique soit atteint et cela vaut pour celles de la hanche (OR=0,86 ; IC 95 % 0,67-1,05) ou celles touchant d’autres site anatomiques (OR=0,89 ; IC 95 % 0,42-1,36).

Une association non linéaire du type dose-effet entre le niveau de consommation de café et l'incidence des fractures de la hanche a par ailleurs été mise en évidence (p = 0,004). Le RR poolé varie quelque peu avec le nombre de tasses de café consommées chaque jour soit pour 1, 2-3, 4 et ≥ 9, des valeurs de respectivement 0,92 (0,87-0,97), 0,89 (0,83-0,95), 0,91 (0,85-0,98) et 1,10 (0,76-1,59). Pas de quoi emporter la conviction des plus dubitatifs, d’autant que ces associations perdaient quelque peu de leur signification statistique dans les études avec des effectifs plus importants qui ont par ailleurs procédé à des ajustements plus complexes prenant en compte le maximum de facteurs de confusion potentiels. La qualité des études a également influé sur ces résultats.   

Cette méta-analyse montre le peu d’études consacrées aux relations entre café, ostéoporose et risque de fracture. Il semble exister une relation non linéaire dose-dépendante entre la consommation de café et le risque de fracture de la hanche, mais la solidité des relations dépend trop de la qualité des études et de leur méthodologie pour autoriser toute certitude. Il manque pour le moins des analyses bien tassées pour dissiper l’ombre du mystère qui entoure bel et bien les rapports entre café et santé osseuse…

Dr Philippe Tellier

Référence
Zeng X et coll. : The association of coffee consumption with the risk of osteoporosis and fractures: a systematic review and meta-analysis. Osteoporosis International 2022 ; 33 : 871–1893. doi.org/10.1007/s00198-022-06399-7.

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Vos réactions (3)

  • Facteurs de confusion

    Le 05 décembre 2022

    Comme d'habitude, on mesure la consommation de café sans prendre réellement en compte (tâche surhumaine) les nombreuses caractéristiques de mode de vie qui lui sont liées.
    Il s'ensuit, ici comme ailleurs, que toute conclusion en termes de causalité est totalement vaine.

    Dr Pierre Rimbaud

  • N'oubliez pas le plaisir

    Le 06 décembre 2022

    Et si vous buviez du café, seulement pour le plaisir que cela peut produire...

    Dr C Trape

  • En cardio, ça semble bénéfique...

    Le 08 décembre 2022

    Il y a quelques temps, on lisait ici même que, pour une étude de cardio, le café était plutôt bénéfique...

    Maignan, pharmacien

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