Comment Parcoursup a profondément modifié le recrutement en IFSI

Paris, le jeudi 23 janvier 2020 – La fin du concours en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) a satisfait ceux qui jugeaient que les frais financiers engendrés par la présentation de différents concours constituaient une rupture d’égalité entre les candidats. D’autres ont regretté la disparition notamment de l’oral d’entretien, considéré comme un moment important pour repérer les profils manifestement peu adaptés à la pratique de l’exercice infirmier.

Un métier solide et utile

Quelle que soit leur appréciation de cette mesure, l’ensemble des observateurs partageaient la même préoccupation concernant la diminution constante ces dernières années du nombre de candidats à l’entrée en IFSI. Alors que beaucoup redoutaient que la mise en avant régulière de la dureté des conditions de travail des infirmiers, dans le cadre de la crise hospitalière, accentue encore la désaffection des candidats et l’épuisement des vocations, nul n’avait prévu que l’intégration de la filière dans le système Parcoursup conduirait à une explosion des inscriptions. Lors du lancement de ParcourSup l’année dernière, la formation infirmière a en effet été le champion des vœux des futurs bacheliers. Au total 100 000 lycéens ont tenté leur chance, tandis que les IFSI ont enregistré plus de 500 000 vœux. Si ce succès a surpris les responsables des instituts, il est facilement explicable. Les jeunes sont séduits par un métier dont la formation est relativement courte, offrant le sentiment d’être utile aux autres et à la société, tandis qu’ils ont également avec cette voie la certitude de trouver un emploi.

Ouverte à tous mais sélective

Les responsables de Parcoursup et des IFSI s’attendent en 2020 à un afflux comparable. Aussi, désormais n’est-il plus possible que de former cinq vœux en IFSI, quand l’année dernière, les étudiants pouvaient consacrer leurs dix vœux et autant de "sous-vœux" à ces structures. « Nous nous étions dit que cela permettrait de mailler le territoire, mais ça a créé un nombre incalculable de demandes », détaille Florence Girard, présidente de l’Association nationale des directeurs d’écoles paramédicales (ANDEP), citée par Le Monde. Limiter l’afflux d’inscriptions était nécessaire pour restreindre la charge de travail engendrée pour les IFSI par ces multiples candidatures. De fait, avec ce nombre de candidats en forte hausse (entre 40 000 et 50 000 personnes se présentaient auparavant aux concours) le taux de sélection a lui aussi progressé. Les critères utilisés sont rigoureux et s’appliquent grâce à la consultation des notes, des appréciations des professeurs, et des dossiers remplis par les lycéens. « Nous notons ces éléments grâce à une grille établie en fonction des cinq attendus nationaux » précise Martine Sommelette, présidente du Comité d’entente des formations infirmières et cadres. A cet égard, la directrice des instituts de formation du CHU Saint-Etienne et de l’hôpital du Gier, interrogée par France 3 met en garde : « L'an dernier, pour la première expérience qu'on a eue, on s'est aperçus que, parfois, certains dossiers étaient incomplets. Comme si Parcoursup avait donné l'illusion qu'on était inscrits, on allait rentrer. Non. On est une formation sélective. On a un nombre de places limité et un nombre de candidats assez important. Donc il faut vraiment attacher de l'importance à remplir son dossier de la manière la plus complète possible, de la manière la plus authentique possible, il ne s'agit pas de faire un copié-collé d'une lettre sur internet puisque bien évidement on va avoir 4-5 candidats qui vont l'avoir fait donc on va vite les repérer ».

Des candidats plus jeunes

Nouvelle encourageante, l’attractivité de la filière pose cependant quelques questions. La nouvelle organisation de la formation conduira-t-elle à des demandes de mutation plus fréquentes ? Faut-il s’attendre à des erreurs d’orientation plus importantes qu’auparavant ? S’il est difficile de répondre pour l’heure à ces questions, il est en tout cas certain que le profil des candidats a quelque peu évolué. Si le dispositif n’a pas conduit à une surreprésentation des bacheliers généraux à laquelle certains s’attendaient, il a par contre rajeuni les effectifs qui ont désormais 19,5 ans quand ils intègrent les IFSI contre 22 ans auparavant, puisque l’entrée ne se faisait pas aussi souvent qu’aujourd’hui au lendemain du baccalauréat.

Léa Crébat

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Vos réactions (2)

  • Pauvres malades !

    Le 23 janvier 2020

    Je suis infirmière libérale après 25 ans d'activités dans divers services je suis surprise de constater que les élèves font des fautes d'orthographe du niveau de cm2, ne savent pas se comporter devant les patients et sont souvent très peu motivées. Je pense que beaucoup choisissent cette profession pour la certitude de l'emploi. Je m'inquiète pour les patients devant ces jeunes qui n'ont pas le sens du relationnel et qui ne pensent qu'à faire des actes techniques. Le soin doit se faire dans une relation de confiance et de partage. Nous ne sommes pas des médecins... Pauvres malades!

    Marie-Béatrice Teixeira Gravier (IDE)

  • Très dubitative...

    Le 28 janvier 2020

    ...quant aux modalités nouvelles de recrutement dans les IFSI.

    Si je m'en réfère à cela je pense que je n'aurais jamais été sélectionnée pourtant c'est bien par le biais d'un concours qui demandait autant de réflexion logique et mathématique (ah ah j'ai un bac L je suis nulle en math) que de défendre par écrit et verbalement et une argumentation sur des sujets actuels en très peu de temps en élaborant une réflexion construite et les motivations personnelles et professionnelles de la personne interrogée de manière individuelle par un groupe pluriprofessionnel composé de soignants type médecin, psy, IDE, cadre…. bref que reste t-il de la singularité des futurs étudiants qui seront sélectionnés arbitrairement ne laissant aucune chance à des personnes qui sortent du moule mais ô combien autodidactes et davantage susceptibles de répondre aux réelles exigences de ce métier qui demande maturité (rien à voir avec l'âge) et investissement humain, professionnel et personnel avec beaucoup beaucoup de jugeotte, de recul, de capacité d'anticipation, faire les lien….

    Que veut on finalement ? Aucun faux pas et une armée de petits soldats blancs qui répondront bien aux exigences institutionnelles de leurs supérieurs eux aussi bien mis au diapason… Bref des clones de la "pensée"...

    En attendant sur le terrain nous allons bien souvent de mauvaises découvertes en déconvenues, les IFSI se déchargeant totalement tant sur le plan théorique qu'empirique et ayant en plus le dernier mot s'agissant de la validation des stages quand bien même certains EIDE nous font perdre du temps, beaucoup de temps tant par leur incapacité à se mettre dans le bain par manque cruel de connaissances que de réelles motivations…. Bref depuis la réforme de 2009 nous allons de mal en pis et parcoursup n'arrangera rien à part créer de façon générale une nouvelle élite favorisée par ce que peut proposer ou non certains coins de France, en laissant de côté malheureusement, des personnes qui auraient surement pu montrer qui ils étaient au travers de leurs études supérieures professionnelles ou semi professionnelles aussi bien que purement universitaires….

    Triste monde… nous courrons droit au système américain déjà bien inégalitaire, à la sauce française qui implique une forme encore plus délétère à l'infâmie.

    Hélène d'Agostino (IDE)

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