Covid-19 : enfin des précisions sur deux vaccins made in China

En un peu plus d’une année, quatre vaccins ont été commercialisés en Europe et aux Etats-Unis pour faire face à la pandémie de Covid-19.

D’autres candidats restent néanmoins les bienvenus puisque, si l’on veut mettre hors-jeu le SARS-CoV-2 et supprimer tous les foyers épidémiques, il faut vacciner toute la population mondiale. Un défi logistique certes, mais aussi économique, le coût unitaire de chaque vaccin pesant de plus en plus lourd au fur et à mesure que la pandémie s’éternise et s’étend avec en corollaire l’apparition de variants préoccupants. A cet égard, deux vaccins produits en Chine sont particulièrement intéressants : leur fabrication repose sur une technologie classique et peu coûteuse qui fait intervenir des virus inactivés, en l’occurrence les souches originelles isolées en Chine.

Un essai randomisé mené à double insu contre placebo aux Emirats et Bahreïn

Leur efficacité a été évaluée dans le cadre d’un essai randomisé de phase 3, mené à double insu contre placebo, respectivement dans les Émirats arabes unis et Bahreïn. L’étude qui a débuté le 16 juillet 2020 a inclus des adultes (âge > 18 ans) indemnes de toute infection contemporaine ou antérieure par le SARS-CoV-2 lors du tirage au sort qui a conduit à constituer trois groupes de patients : les uns ont reçu le vaccin SARS-CoV-2 WIV04 (5 µg/dose ; n = 13 459), les autres le vaccin HB02 (4 µg/dose; n = 13 465), ces vaccins étant administrés par voie intramusculaire à raison de deux doses espacées de 21 jours), les troisièmes l’hydroxyde d’aluminium selon le même protocole (n= 13 458).

Le critère de jugement principal était l’incidence des formes symptomatiques de Covid-19, confirmées par un test PCR et survenues 14 jours après injection de la deuxième dose de vaccin. Le critère secondaire était les seules formes sévères de l’infection. Les évènements indésirables ont été dénombrés chez les participants qui ont reçu au moins une dose des deux vaccins.

Une analyse intermédiaire des données disponibles au 20 ou au 31 décembre 2020 est publiée en ligne le 26 mai sur le site du JAMA.

Efficacité vaccinale de plus de 70 %

Au cours d’un suivi médian de 77 jours (écart interquartile : 1-121), 26 cas de Covid-19 symptomatique ont été identifiés dans le groupe WIV04, soit une incidence pour 1 000 sujets-années de 12,1 [intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 8,3-17,8], 21 cas dans le groupe HBO2 avec une incidence de 9,8 pour 1 000 sujets-années [IC 95%, 6,4-15,0]. Le nombre de cas dans le groupe témoin s’est élevé à 95, ce qui conduit à une incidence de 44,7 [IC 95%, 36,6-54,6] pour 1000 sujets-années. La comparaison intergroupe aboutit à une efficacité vaccinale estimée à 72,8 %  (IC 95%, 58,1 %-82,4 %) pour la souche WIV04 et à 78,1% (IC 95%, 64,8 %-86,3 %) pour la souche HB02 (p < 0,001 versus témoins dans les deux cas). La protection contre les formes sévères n’a pu être évaluée en raison de leur extrême rareté : deux cas dans le groupe témoin et zéro dans les groupes vaccinés. Les évènements indésirables bénins, essentiellement à type de réactions locales après chaque injection ont concerné 41,7 % à 46,5 % des participants des trois groupes. Les évènements indésirables plus sérieux au demeurant rarissimes sont survenus à la même fréquence dans les trois groupes : WIV04 (n = 64 [0,5 %] ; HB02 (n= 59) [0,4 %] et hydroxyde d’aluminium (n =78) [0,6 %]).

Des circonstances particulières

Les résultats de cette analyse intermédiaire sont assurément encourageants à quelques réserves près. L’efficacité des deux vaccins testés apparaît satisfaisante puisque largement supérieure à 75 % face aux formes symptomatiques de la Covid-19, au prix d’une acceptabilité qui ne laisse guère à désirer. Cependant, l’essai a été mené dans des régions où la circulation virale n’était pas très élevée au moment de l’inclusion et la présence de variants préoccupants sans doute négligeable. Par ailleurs, au vu des données traitées dans cette analyse intermédiaire, force est de constater que les formes sévères de l’infection étaient plutôt absentes du paysage, ce qui n’est pas très étonnant, car dans ces régions du Moyen-Orient, la prévalence du grand âge et des comorbidités n’a rien à voir avec les chiffres occidentaux. La plupart des sujets inclus dans l’essai étaient généralement jeunes (âge moyen 36 ± 9 ans), majoritairement des hommes (85 %) et en bonne santé : de fait, l’étude manque singulièrement de puissance pour conclure à l’efficacité vaccinale dans les groupes à risque, notamment les sujets âgés, les plus de 60 ans ne représentant que 1 % à 2 % des groupes comparés.

Dans ces conditions, les résultats pour encourageants qu’ils soient, ne peuvent en aucun cas, permettre des extrapolations quant à l’efficacité de ces vaccins à l’heure des variants et dans le contexte des pays occidentaux qui diffèrent par leurs caractéristiques démographiques et médicales : l’analyse finale des données ne changera rien à cette réalité épidémiologique qui ne peut être ignorée.

Néanmoins, il reste un large champ d’action aux vaccins inactivés, celui des pays proches par la démographie et l’épidémiologie de ceux qui ont participé à l’essai.

Dr John Sorri

Référence
Nawal Al Kaabi et coll. : Effect of 2 Inactivated SARS-CoV-2 Vaccines on Symptomatic COVID-19 Infection in Adults: A Randomized Clinical Trial. JAMA 2021 ; publication avancée en ligne le 26 mai. DOI: 10.1001/jama.2021.8565.

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Vos réactions (5)

  • Les Chinois sont bien malins

    Le 30 mai 2021

    Technologies éprouvées, beaucoup moins aventureuses et frimeuses, avec des résultats satisfaisant et peut-être une immunité cellulaire plus solide. Et si nous leurs achetions les brevets pour vacciner les moins de 40 ans chez nous au lieu de leur injecter des produits sans aucun recul d'expérience avec 50 à 70 ans d'espérance de vie pour en tester les effets secondaires à long terme ?
    On pourrait leur proposer un échange avec les vaccins à ARNm, mais les chinois sont trop malins, ils n'en voudraient pas !

    Dr Alain Garenne

  • Essais en Chine

    Le 01 juin 2021

    À propos de technologies éprouvées... la Chine a près de 60 essais en cours, sous quasiment toutes les voies d'administration et dans toutes les technologies: vaccin atténué mais aussi ADN, ARNm, vecteur viral avec ou sans APC, particule virale (VLP), vecteur viral, sous-unité... voir https://univadisco.fr/covid/vaccines/map/

    Dr Y.Goulnik

  • Technologies éprouvées, beaucoup moins aventureuses et frimeuses

    Le 04 juin 2021

    Et par des mots ronflants creux, vous avez quelques références d'études montrant que les vaccins inactivés offrent une meilleure immunité cellulaires ?
    Ce type de commentaires de personnes qui n'ont à l'évidence aucune idée de ce qu'est la fabrication d'un vaccin et les difficultés qu'il y a a purifier la "soupe" issue des cultures cellulaires nécessaires pour obtenir la souche vaccinale finit par être fatigant.
    Opinion contre opinion, je pense qu'il y a bien des chances pour que les traitement fondés sur l'ARMm seront une évolution majeure de la médecine. (Mais pour ma part, je suis capable de faire la différence entre ce que je crois et ce que je sais...).

    Dr J Sartre

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