Covid-19, et la génétique dans tout ça ?

Paris, le jeudi 2 avril 2020 – Les patients âgés et présentant des comorbidités sont plus susceptibles de développer des formes graves d’infection par le virus SARS-CoV-2 : cette donnée est observée partout à travers le monde. Cependant, la description de cas graves et parfois mortels chez des sujets jeunes (parfois très jeunes) sans comorbidités interroge. D’une manière générale, l’existence de susceptibilités génétiques dans la propension à développer des formes graves de certaines maladies infectieuses est un objet d’études privilégié de nombreuses équipes. Le Covid-19 n’échappe pas à la règle.

Des biobanques mobilisées

De nombreux pays s’attellent ainsi aujourd’hui à scruter des bases de données génétiques.

Première piste : utiliser les biobanques déjà existantes. L’Institut de médecine moléculaire de l’université d’Helsinki (FIMM) tente de coordonner l’ensemble des initiatives afin de permettre la mise en commun des informations. Un site web a ainsi été rapidement créé autour du Host Genetics Initiative. D’importantes biobanques ont déjà répondu à l’appel et lancé des appels aux volontaires pour collecter de nouvelles données, telles FinnGen qui dispose d’échantillons d’ADN et d’informations concernant 5 % de la population finlandaise, la biobanque de l’Ecole de médecine Icah (Mont Sinaï) qui dispose de renseignements concernant 50 000 personnes ou encore la George Church Harvard University à l’origine du Personal Genome Project. L’idée est que des personnes ayant contracté le Covid-19, dont les données génétiques ont déjà été recueillies, puissent se signaler et donner des informations sur leur atteinte.

Un chercheur français en pole position

Seconde piste : constituer des bases de données à partir du séquençage du génome de sujets atteints de formes graves. L’identification de variations génétiques pouvant expliquer « une susceptibilité à des infections » constitue le principal objet de recherche du professeur Jean-Laurent Casanova, directeur du laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses hébergé à la fois par l’Institut Imagine (hôpital Necker, Paris) et par l’Institut Rockfeller (New York). Ses équipes ont notamment été à l’origine de découvertes importantes concernant l’herpès. Plus récemment « c’est en étudiant le génome d’une fillette, qui à l’âge de 2 ans et demi avait contracté une forme très sévère de grippe nécessitant son hospitalisation en service de réanimation pédiatrique, que nous avons trouvé l’origine de cette vulnérabilité. Elle avait hérité d’un allèle muté du gène codant pour le facteur de régulation IRF7 de chacun de ses deux parents. Il s’en suit une perte de production des interférons entrainant en cascades de nombreuses perturbations dans son système de défense contre l'infection par le virus de la grippe », détaille le spécialiste dans une interview publiée sur le site d’Imagine. Pas étonnant que le praticien conduise aujourd’hui une très importante étude dédiée au Covid-19.

500 patients

Le projet conduit par le Howard Hughes Medical Institute (HHMI) doit inclure 500 patients répondant à trois critères : être âgé de moins de cinquante ans, avoir présenté une forme grave de Covid-19 (ayant nécessité une admission en soins intensifs) et n’avoir aucune comorbidité connue (diabète, pathologies cardiaques ou pulmonaires). Le séquençage du génome de ces patients volontaires est destiné à mettre en évidence d’éventuelles variabilités génétiques. « C’est un travail de longue haleine » prévient Jean-Laurent Casanova, qui se montre cependant confiant quant à la possibilité d’obtenir des réponses riches d’enseignement. Parmi les pistes à l’étude, figurent les variations du gène codant pour l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2), une protéine qui joue un rôle dans la pénétration de SARS-CoV-2 dans les cellules des voies respiratoires. Les gènes liés aux réponses des leucocytes sont également fortement ciblés.
 

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Sévérité du Covid et prise d'IEC, ARA2, AINS ?

    Le 02 avril 2020

    Il est bien certain que la vulnérabilité aux virus dépend d'une part de l'expression de certaines fonctions immunitaires et aussi des cibles d'adhésion cellulaire.

    On a largement évoqué pour les coronavirus récents le rôle de l'expression d'ACE2, qui connaît sans doute des déterminants génétiques, mais qui pourrait bien être favorisée par de nombreux médicaments.
    Je me demande si l'on a mesuré la relation entre la sévérité du Covid19, et le taux de prise antérieure d'IEC, ARA2, AINS et autres, connus pour entraîner une potentielle augmentation de cette expression d'ACE2.
    Or ce sont les personnes les plus âgées qui sont de loin les plus concernées par cette exposition chronique.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Et le taux de vitamine D ?

    Le 03 avril 2020

    Et la prise ou non de paracétamol ? (gluthation-NAD)
    Se poser ces questions semble un prémice avant d'engager des sommes considérables en recherche génétique.

    Dr Patrick Cadot

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