Covid-19, un risque de suicide pendant et après la pandémie…

La Covid-19 et les interventions des autorités pour réduire sa propagation (privant de la liberté de se déplacer ou de travailler) ont eu et ont toujours d’importantes conséquences psychologiques et sociales pour des millions de personnes dans le monde, rappelle l’éditorialiste d’Acta Psychiatrica Scandinavica. Par exemple, certaines personnes ne se contentent pas seulement de faire des réserves de denrées alimentaires ou de papier-toilette (comme on l’a vu dans plusieurs pays durant les périodes de confinement), mais se mettent aussi (en particulier aux États-Unis) à « stocker des médicaments ou des armes à feu. » À la peur du coronavirus s’ajoute l’angoisse liée à plusieurs facteurs convergents : sentiment d’incertitude, stress chronique et difficultés économiques.

En hausse : dépression, anxiété et consommation de fentanyl !

Cette crise sanitaire sans précédent (à l’époque contemporaine) peut notamment exacerber des troubles dépressifs, anxieux, des addictions ou d’autres affections psychiatriques. Une étude réalisée en Autriche au printemps 2020 montre ainsi que « 26,5 % des participants ont signalé une dépression modérée (13,3 %) à sévère (13,2 %), environ 20 % une anxiété modérée (8,9 %) à sévère (11,4 %), et 21 % un stress modéré ou sévère. »  Une autre étude montre que la prise de fentanyl (un analgésique opioïde détourné de son usage thérapeutique)[1] a « augmenté de 35 %. »

Le risque de suicide est aussi accru, pendant et après les vagues épidémiques, avec cette nouvelle question : la suicidalité est-elle plus élevée chez les survivants de la maladie ? Des recherches récentes suggèrent qu’ils souffrent fréquemment de « trouble de stress post-traumatique, dépression, anxiété, symptômes obsessionnels-compulsifs et insomnie. » Des psychiatres de l’Université d’Aarhus (au Danemark) confirment : l’une des plus graves manifestations psychopathologiques, sinon causées du moins aggravées par la (très mauvaise) conjoncture sanitaire de 2020 est le risque « d’automutilation ou de suicide » allant des « simples » pensées d’automutilation à des suicides ou tentatives de suicide. Ce risque est sans doute fortement sous-estimé, car les patients souffrant de Covid-19 ne sont pas systématiquement évalués du point de vue psychiatrique. Aussi les auteurs recommandent-ils à leurs collègues du monde entier de porter « une attention particulière au risque d’automutilation et de suicide pendant et après » l’actuelle pandémie de COVID-19.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fentanyl

Dr Alain Cohen

Références
Jefsen OH et coll. : COVID-19-related self-harm and suicidality among individuals with mental disorders. Acta Psychiatr Scand., 2020: 142: 152–153.
Sher L : Suicide research and prevention during and after the COVID-19 pandemic. Acta Psychiatr Scand., 2020: 142: 353–354.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Et quoi d'autre ?

    Le 08 janvier 2021

    A part le fentanyl, il y a augmentation de la prise d'anxiolytiques, y compris par automédication. Cela a été reconnu dès le printemps en France (référence). Cet article proposait cinq axes de réflexion pour avancer. Qu'en est-il depuis, maintenant que la dépression hivernale confortée par l'évolution pesante de la situation générale est sans doute venue compliquer les choses? A moins que ce soit comme pour la grippe saisonnière. "Pousse-toi d'là que j'm'y mette!

    JP Moreau Epidémiologiste en retraite.
    lien pour l'article évoqué:
    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7196532/

  • Cela ne fait que commencer

    Le 10 janvier 2021

    La "com" de fin du monde, volontaire, porte ses fruits, comme les mesures liberticides...Quand on a voulu et que l'on continue à faire croire aux peuples qu'il s'agit d'une pandémie, équivalente à celle de la peste de nos aïeux (dixit Pr Salomon, en France) alors qu'il ne s'agit que d'une pandémie comme celle de Guizhou ou de Hong Kong, bien oubliées par les plus anciens, car il n'y avait pas eu la même manipulation politique machiavélique; il ne faut pas s'étonner des 30% de pathologies psychiatriques ainsi crées.

    Et le chaos et la misère économique induite, vont aussi amplifier le tableau des pathologies. Cela ne fait que commencer.

    Dr Christian Trape

  • Covid-19 et suicide

    Le 13 janvier 2021

    Freud dans « Au-Delà du Principe de Plaisir », théorisait en 1920 la rupture du pare-excitation qui protège notre psychisme des trop fortes charges provenant de l’extérieur, donc traumatiques. Quant au terme d’effroi (Schreck) commente Freud, « il survient quand on tombe dans une situation dangereuse sans y être préparé ; il met l’accent sur le facteur surprise. » L’effroi est alors le prodrome d’une régression à l’état infantile face à l‘absence de toute aide (Hilflosigkeit) protectrice.
    Voilà qui n’est pas sans résonance avec le vécu post-traumatique des personnes les plus fragiles à la suite de l’infection par la Covid.

    Dr Marc Nacht

Réagir à cet article