De l’effet des infiltrations de corticoïdes sur la progression de la gonarthrose

Selon certaines études récentes, les injections intra-articulaires de corticoïdes pourraient avoir des effets délétères sur le cartilage articulaire selon des mécanismes complexes qui témoigneraient de sa fragilisation progressive. Dans ces conditions, une telle pratique pourrait-elle favoriser la progression d’une gonarthrose symptomatique ?

C’est à cette question que répond une étude greffée sur l’étude de cohorte intitulée KHOLTA (Knee and Hip Osteoarthritis Long-term Assessment), menée dans le monde de la pratique médicale courante.

564 cas de gonarthrose symptomatique, un suivi de 5 ans

Parmi les 564 patients sélectionnés, 160 (26,5 %) ont bénéficié d’infiltrations intra-articulaires à base de corticoïdes (n=61 ; 9 %) ou d’acide hyaluronique (n= 99 ; 17,5 %), cependant que les 414 autres n’ont reçu aucun de ces traitements.

La progression de la gonarthrose symptomatique au cours d’un suivi de cinq années a été évaluée, dans les trois groupes ainsi constitués, selon deux critères : nécessité d’une arthroplastie totale du genou et/ou aggravation radiographique (grade Kellgren/Lawrence) ou rétrécissement de l'espace articulaire.

L’association entre les traitements et la progression de l’arthrose a été étudiée au moyen d’un modèle structurel marginal basé sur le score de propension avec pondération inverse par la probabilité d’être traité.

Une évolution non différente

Si l’on se réfère aux genoux non traités du groupe témoin, le risque d’arthroplastie totale du genou s’est avéré voisin en cas d’infiltrations intra-articulaires de corticoïdes (hazard ratio [HR] 0,92 [intervalle de confiance à 95% (IC 95 %) 0,20, 4,14] ; NS) et il en a été de même pour le risque d'aggravation radiographique des lésions (HR 1,33 [IC 95 % 0,64, 2,79] ; NS), que l’on raisonne en termes de grade de Kellgren/Lawrence ou de rétrécissement de l’espace articulaire.

Les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique n'ont pas eu plus de conséquences.

Cette étude non contrôlée, du type cas-témoins avec appariement selon le score de propension aboutit à des résultats qui doivent être interprétés avec une certaine prudence. Les infiltrations intra-articulaires de corticoïdes ne semblent pas favoriser la progression d’une gonarthrose symptomatique à long terme, contrairement à ce que suggèrent d’autres études récentes.

D’autres études s’avèrent de toute évidence nécessaires pour conclure de manière définitive et clore le débat actuel.

Dr Philippe Tellier

Référence
Latourte A, Rat AC, Omorou A, et al. Do Glucocorticoid Injections Increase the Risk of Knee Osteoarthritis Progression Over 5 Years? Arthritis Rheumatol. 2022 Aug;74(8):1343-1351. doi: 10.1002/art.42118. Epub 2022 Jun 22. PMID: 35289131.

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Vos réactions (2)

  • Gonarthrose: traitements

    Le 19 août 2022

    Quid du "lavage articulaire" avec du sérum physiologique suivi d'injection d'acide hyaluronique en phase douloureuse ?

    Dr Michel Gogny-Goubert

  • Gonarthrose avec ou sans traitement

    Le 23 août 2022

    En bref, les patients traités n'ont pas eu une évolution différente de ceux qui ont eu des infiltrations diverses.
    C'est super ! Mais alors, pourquoi faut-il les traiter ???

    Dr Jacques Malghem

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