Dépistage de masse : l’idée fait son chemin en Europe et en France

Paris, le lundi 23 novembre – Expérimentée pour la première fois en Slovaquie, l’idée d’un dépistage de masse en s’appuyant sur les tests antigéniques séduit de plus en plus en Europe.

Ça bouge en Europe

Dernière expérience en date : la province italienne du Sud-Tyrol, en Italie, qui est parvenue, ce week-end, à tester, sur la base du volontariat, la quasi-totalité de sa population adulte, soit 400 000 personnes. Un franc succès qui a permis de repérer 4 000 cas d’infection par SARS-CoV-2 en 48 heures, sujets qui sont désormais fortement incités à s’isoler.

Le Royaume-Uni s’est lui aussi lancé dans l’aventure et a organisé une première campagne à l’échelle d’une ville, à Liverpool. Mais cette opération n’a pas suscité le même engouement puisque seulement un tiers des personnes invitées à se faire tester ont répondu. Pourtant le Royaume entend poursuivre l’essai, notamment dans certains quartiers de Londres.

Mais c’est surtout l’Autriche qui a fait un pas important ces derniers jours en annonçant, comme en Slovaquie, le dépistage de toute sa population. Ainsi, le pays a rendu public son projet de tester tous les Autrichiens d’ici la fin de l’année : d’abord les travailleurs de premières lignes, puis les résidents des localités les plus touchées par l’épidémie et enfin tous les citoyens. Comme en Slovaquie, les forces armées participeront à cette opération d’ampleur.

Enfin notons l’exemple du Luxembourg qui a décidé d’un dépistage massif mais sur un temps plus long. Ainsi, depuis juin, le Duché a testé la moitié de sa population et prévoit que tous les Luxembourgeois auront été testés au moins une fois d’ici le mois de mars.

Malheureusement, pour l’heure les données manquent pour dire dans quelle mesure ces différentes opérations permettent d’infléchir les courbes épidémiques.

D’après Igor Matovic, le Premier ministre slovaque, le taux d’infection dans les régions testées deux fois est passé de 1,47 % au moment de la première vague de dépistage à 0,62 %  lors de la seconde, un résultat "au-delà de toutes les attentes". Mais des experts jugent que cette baisse du taux d'incidence est davantage le fruit des mesures restrictives, que celui de la campagne de tests. "Nous n’avons pas encore les retours" des opérations menées en Slovaquie ou à Liverpool, considère ainsi le ministre de la Santé Olivier Véran.

Bientôt des expérimentations en France

Quoi qu’il en soit, le dépistage massif est désormais sur la table du gouvernement a fait savoir ce mercredi le Pr Philippe Froguel (Lille).

Une opération pilote pourrait ainsi être lancée dans l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing. Le ministère de la Santé qui a dit étudier « la faisabilité » d’un tel projet devrait rendre sa décision dans les prochains jours. 

Le Pr Froguel estime qu'il faudrait mobiliser environ 1 500 personnes pendant 2 à 3 jours, sachant que la formation au prélèvement nasal ne prendrait "pas plus d'une heure".

Rien d'insurmontable, insiste-t-il : "On a l'habitude d'organiser des élections, on est capable d’organiser le vote de 52 millions de Français en un week-end. Donc, il faut s'appuyer là-dessus. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous rendre à l'isoloir transformé pour l'occasion en cabine de prélèvement dans l'école du coin pour nous faire tester ?", interroge-t-il.

Un autre plan suscite l’attention en France : celui de la région Auvergne Rhône Alpes où Laurent Wauquiez paraît néanmoins vouloir procéder à la hussarde. Sans en référer à l’ARS ni au ministère, il a ainsi promis en début de semaine dernière la mise en œuvre de la solution slovaque dans sa région avant Noël.

Enfin, en Ile de France, commence dès aujourd’hui une campagne massive mais plus ciblée dans 30 lycées pilotes de la région.

La clé de l’isolement

Mais une telle politique n’aura de sens que si elle s’accompagne d’une politique d’isolement clair. En Slovaquie le fait d’être contrôlé sans le papier administratif qui vous identifie comme négatif est punissable d’une amende de 1 650 €, et des lieux d’isolement sont proposés aux patients qui ne peuvent s’isoler convenablement à leur domicile.

L’un des principaux défenseurs d’une politique de « mass testing » en France, le Pr Philippe Amouyel, expliquait aussi, il y a quelques semaines (déjà) au JIM : « On pourrait s’appuyer sur les grands groupes hôteliers. Je rappelle ainsi que, bien qu’il n’ait jamais servi, le groupe Accor avait signé un agrément avec l’Etat pour isoler les Covid +. (…) En pratique, il faudrait que la personne testée attende son résultat dans un sas dédié et que si elle est positive, on lui donne immédiatement, si elle ne peut pas s’isoler à son domicile, ce qui sera assez fréquent, un ticket pour une chambre d’hôtel ou tout autre zone de quarantaine que l’Etat aura trouvée. Le mot d’ordre doit être de ne pas lâcher dans la nature un Covid + tant qu’on ne sait pas où il ira à la sortie du centre de dépistage. »

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Dépistage de masse trop tardif ?

    Le 24 novembre 2020

    Si la vaccination massive contre la grippe, puis l'arrivée de celle ci aux dates habituelles (fin decembre-debut janvier) accentuent le recul rapide de la 2eme vague de COVID, le dépistage sera fin prêt...pour la 3eme.

    Maignan, Pharmacien

  • Un dépistage obligatoire est contraire à la loi

    Le 25 novembre 2020

    Lire ou relire la loi du 04 Mars 2002 (dite "loi kouchner")

    Si l'état d'urgence (soit disant) permet l'abolition concrète de toutes les lois, y compris celles portant sur le consentement aux soins, cela s'appelle une dictature.

    Dr YD

  • Dépistage de masse

    Le 29 novembre 2020

    Tout le monde parle du dépistage de masse comme étant LA solution pour limiter les contaminations. Pourquoi pas, je n'y suis pas opposé. Mais regardons les outils proposés. Au fur et à mesure de leurs apparitions ou de leurs autorisations à être utilisés, ils sont présentés de moins en moins fiables, demandant une confirmation du résultat positif (il n'est jamais fait mention des résultats négatifs ?) par un test PCR. La logique veut que l'on traite les chiffres, résultants de tests non fiables, avec la plus grande prudence, or toute la stratégie de notre gouvernement dépend de ces chiffres ? Notre démocratie et notre système de santé en dépendent aussi ?

    Thierry Simon (IDE)

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