Dépistage par IRM du cancer de prostate chez les Noirs

L’imagerie par résonance magnétique multiparamétrique (IRMmp) a été validée en 2012 pour dépister les cancers de prostate (KP) cliniquement significatifs et reconnaître ceux à haut risque. Le système a été perfectionné en 2015, permettant d’établir un score comportant 5 catégories, selon que le KP se trouve en zone transitionnelle ou en zone périphérique. Cette technique surpasse les traditionnelles biopsies par échographie transrectale en termes de sensibilité, de valeur prédictive négative tout en nécessitant moins de biopsies et en méconnaissant moins de lésions.

Restait à la valider chez les sujets noirs qui sont plus souvent atteints que les sujets blancs par le KP et dont la mortalité est double. Les patients noirs ont aussi plus souvent une localisation antérieure du KP, ce qui justifie que le dépistage reste efficace dans des zones différentes de celles observées chez les sujets blancs.

Les auteurs ont analysé rétrospectivement les dossiers de 2015 à 2018 dans une population mixte dans l’aire de Detroit (Michigan) où ils traitent 1 800 KP/an dont 630 chez des patients noirs. A noter que l’accès à l’IRMmp était égal dans les 2 communautés. Les biopsies ont été réalisées sous anesthésie locale, 3 sur chaque lésion, suivie par une biopsie classique de 12 carottes sur chacun des secteurs de la glande. On a défini le taux de dépistage du KP par le taux de lésions porteuses d’un score de Gleason ≥ (3+3) sous IRMmp et le taux d’aggravation par le taux de lésions dont le score de Gleason était plus élevé sous IRMmp que sur les biopsies précédentes.

Après avoir exclu les sujets ni noirs ni blancs, les auteurs ont comptabilisé, sur 125 hommes (94 Blancs et 31 Noirs), 128 biopsies sous IRMmp qui ont ramené 214 spécimens dignes d’intérêt, dont 162 (3/4) en zone périphérique et 52 en zone transitionnelle.

On n’a pas trouvé entre Blancs et Noirs de différence significative sur la distribution des lésions en fonction de leur zone de localisation, mais le score de gravité a été trouvé plus élevé dans les lésions situées en avant. Le taux de dépistage du KP global a été de 50 % et le taux d’aggravation de 41 % (tous deux plus hauts dans les zones antérieures). Le taux de dépistage du KP et le taux d’aggravation des Noirs étaient plus élevés en zone périphérique. Plus la taille de la lésion était importante, plus fort était le taux d’aggravation.

Au total, la biopsie sous IRM multiparamétrique a la même efficacité chez les Noirs et les Blancs.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Walton E et coll.: Effect of lesion location on prostate cancer detection rate with magnetic resonance imaging targeted biopsy in African Americans. J Urol 2019 ; 201: 503-509.

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Vos réactions (1)

  • La biopsie prostatique chez les Noirs. mais quels Noirs ?

    Le 13 août 2019

    Le schéma vessie prostate ici représenté de façon fort simple est très différent de ce que la nature nous offre généralement. Ici on ne voit qu’un seul cancer dans un des deux lobes.
    Or le cancer de la prostate comporte, souvent, non seulement deux ou trois noyaux tumoraux dans les deux lobes et des images repérables par imagerie, depuis 2015, par celle de IRM.
    Une question sans solution se pose alors : les tumeurs infra-radiologiques n’ayant pas encore d’images (car microscopiques) ont-elles un score de Gleason qui diffère d’une petite à une grosse tumeur ?
    Quoique il en soit les biopsies ont été réalisées, 3 sur chaque lésion, suivie par une biopsie classique de 12 carottes sur chacun des secteurs de la glande. Soit 45 carottes en tout, soit 5 624 carottes.
    On attend avec grand intérêt la mise au point de la biopsie liquide sur le sperme. Sur 125 hommes (94 Blancs et 31 Noirs), seules 128 biopsies (3 %) ont ramené 214 spécimens dignes d’intérêt.
    Le taux de dépistage du KP global avec une telle débauche de biopsies a été de 50 %. La biopsie sous IRM multiparamétrique a la même efficacité chez les afro-américains que chez les blancs américains.
    Ainsi l’RM du cancer de prostate chez les Noirs américains ne diffère pas de celle du Blanc. Mais qu’en est-il des Noirs africains qui parviennent à trouver un appareil chez eux en Afrique ?

    Docteur Jean Doremieux

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