Dick pics (et travaux)*

Pour les lecteurs du Figaro, consultant leur quotidien favori le jour de l'Assomption,  l'information avait de quoi surprendre. Dans les colonnes où s'étaient illustrées des plumes aussi distinguées que celles de Raymond Aron ou de Jean d'Ormesson, ils découvraient un article fort documenté sur une pratique bien éloignée des centres d'intérêt supposés des abonnés de ce prestigieux journal, l'envoi par mail de dick pics ou pour parler la langue de Beaumarchais de photos de pénis.

Si elle semble scabreuse, cette activité rendue possible par la large diffusion des smartphones depuis une décennie, serait loin d'être anecdotique du moins si l'on en croit une étude publiée très récemment par le très sérieux Journal of Sex Research relayée par le Figaro.

Une équipe de chercheurs en psychologie d'universités canadiennes et américaines constatant que l'envoi de dick pics avait pris des proportions épidémiques a initié la première enquête scientifique sur ce phénomène.

Leur étude a porté sur 1 087 hommes hétérosexuels essentiellement recrutés sur des réseaux sociaux parmi des étudiants canadiens. Tous ces sujets volontaires ont été soumis à diverses échelles d'évaluation psychologiques (Narcissism Personality Inventory Scale, Sexual Opinion Survey, Ambivalent Sexism Inventory-Short Form) afin de tenter de déterminer leur motivation.

Première surprise (de taille) sur cet échantillon près de 50 % des répondeurs (523 sur 1 087) avaient déjà envoyé par mail une photo non sollicitée d'un pénis ! On peut bien sûr évoquer ici (si ce n'est espérer !) un biais de recrutement, surtout si l'on est un lecteur qui n'a plus 20 ans depuis longtemps. Mais il faut à l'inverse constater avec les auteurs que selon une étude conduite en 2017, 27 % des jeunes hommes nés après 2000 auraient envoyé au moins un dick pic (bien que cette pratique soit considérée comme de l'exhibition sexuelle ou du harcèlement).

Dans le détail, les auteurs ont constaté, en comparant pratiquants et non pratiquants, que les amateurs de dick pics étaient significativement plus narcissiques et plus sexistes que les autres mais que leur niveau d'éducation était comparable. Leurs motivations pour envoyer ces selfies intimes étaient variées. Si la plupart d'entre eux pensaient que ces images de pénis allaient susciter un émoi sexuel chez les femmes auxquelles ils les adressaient et permettre de recevoir en retour des images équivalentes voire de provoquer une rencontre, d'autres avaient des buts plus tortueux comme entraîner chez les réceptrices des réactions de dégout, de peur, de colère ou de honte comme on l'observe dans les comportements exhibitionnistes "classiques".

Les auteurs ne comptent pas en rester là et évoquent pour conclure, comme cela est habituel dans tout travail universitaire, des axes de recherche futurs: type de photos envoyés (pénis en érection ou non, en action ou non, de l'expéditeur ou d'une photothèque...), réactions des réceptrices, enquête similaire sur des sujets homosexuels qui avaient été exclus de l'étude car des études précédentes auraient montré que cette pratique était très répandue dans cette "communauté".

 

*Allusion (fine) à la rubrique (aujourd'hui disparue) du JIM "Pitres et travaux".

Dr Nicolas Chabert

Référence
Oswald F et coll.: I'll show you mine so you'll show me yours : motivations and personality variables in photographic exhibitionism. Journal of Sex Research 2019 (DOI: https://doi.org/10.1080/00224499.2019.1639036)

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Vos réactions (1)

  • "Pitres et travaux"

    Le 24 août 2019

    Il serait bienvenu de réactiver cette rubrique, qui a laissé bien des souvenirs amusants.

    Dr J-B Bonte

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