Et si le glyphosate demeurait finalement autorisé en Europe ?

Paris, le jeudi 17 juin 2021 – Après de multiples rebondissements, la Commission européenne a prolongé l’autorisation d’utilisation du glyphosate dans l’Union européenne en 2017 pour une durée de cinq ans. Le renouvellement de l’agrément de cette substance, qui est notamment utilisé par la firme Monsanto, doit reposer sur une réévaluation de la toxicité du glyphosate pour la santé humaine. Alors que la précédente analyse avait été confiée à un seul état membre, l’Allemagne, dans un contexte de controverses, la Commission européenne a décidé de déléguer le nouveau travail à quatre pays. Les autorités nationales françaises, hongroises, néerlandaises et suédoises ont donc été chargés de produire une nouvelle expertise sur tous les aspects de l’herbicide. La France, via l’Agence nationale de sécurité nationale de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) s’est consacrée aux données écotoxicologiques.

Des conclusions rassurantes

Les rapports des quatre pays, rassemblés par le groupe d’évaluation pour le glyphosate et qui comptent 11000 pages, viennent d’être remis à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) et à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Les conclusions de leur gigantesque travail sont parfaitement rassurantes : le glyphosate ne peut être considéré comme une substance cancérogène, reprotoxique ou mutagène. Désormais, l’EFSA et l’ECHA doivent s’emparer de ce rapport afin que l’ECHA puisse réexaminer la classification du glyphosate. A cet égard, l’EFSA rappelle que « la classification des produits chimiques se fonde uniquement sur les propriétés dangereuses d’une substance mais ne tient pas compte de la probabilité d’exposition à ce produit. Le volet portant sur l’exposition est considéré comme faisant partie intégrante du processus d’évaluation des risques menée par l’EFSA ». Une fois l’avis de l’ECHA donné, les conclusions définitives de l’EFSA sont attendues avant la fin 2022, ce qui permettra à la Commission européenne de statuer sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate.

Rien de nouveau…

Les conclusions des quatre pays (dont les politiques affichées ne comptent pas parmi les plus permissives vis-à-vis des pesticides) concordent parfaitement avec celles de la très grande majorité des autorités sanitaires nationales et internationales, mais sont en contradiction avec la position isolée du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Cette divergence est expliquée par les pourfendeurs du glyphosate par l’existence de conflits d’intérêt impliquant Monsanto au sein de l’EFSA notamment… même si ceux qui existent au sein du CIRC, avec des cabinets d’avocats, sont plus difficilement reconnus.

Les précautions prises par la Commission européenne en sollicitant quatre pays et non un seul et en organisant un long et approfondi travail de réévaluation permettront-ils d’apaiser les controverses et polémiques ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que la réponse politique est particulièrement confuse. En effet, les députés européens ont adopté il y a quelques jours une résolution qui prévoit dans le cadre de la protection de la biodiversité une interdiction des herbicides à base de glyphosate après la fin 2022…

Aurélie Haroche

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Vos réactions (24)

  • Dans le même temps

    Le 18 juin 2021

    On assiste à une nouvelle crise sanitaire majeure dans l'agriculture biologique depuis septembre dernier avec moult produits contaminés à l'oxyde d'éthylène (via des graines de sésame), cancérigène lui prouvé et certain.

    Rappelons que les solutions de remplacement, gros sel, huile de vidange, vinaigre, eau bouillante, butane... sont bien pire que l'usage raisonnée de glyphosate une ou deux fois par an, encore une preuve qu'il ne faut pas écouter aveuglement ceux qui disent se préoccuper de l'environnement.

    Dr François-Xavier Lefoulon

  • L'imbécile principe de précaution

    Le 20 juin 2021

    Le principe de précaution est un outil de condamnation systématique empêchant toute prise de risque. La justice se trouve pieds et poings liés par ce principe retors qui oblige à condamner.

    C’est ainsi que les juges de Lyon ont pu condamner le Glyphosate, non pas au nom de la science (je dirais même au mépris de la science), mais au nom du principe de précaution. Ils y étaient contraints. Le conseil d’état n’a pas fait autre chose en condamnant la France pour manquement aux obligations « climatiques ».

    Aujourd’hui nos politiques et scientifiques se sont mis à l’abri de toute attaque judiciaire en s’appuyant sur ce principe au maximum, « quoiqu’il en coûte ». Il empêche toute analyse fine du bénéfice-risque et toute prise de responsabilité en connaissance de cause. Il provoque l’irresponsabilité par l’inaction.

    Philippe Catier
    https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/11/24/benefice-risque/

  • Ben voyons

    Le 21 juin 2021

    Le lobbying d'ex Monsanto désormais Bayer poursuit son oeuvre.
    Ils n'ont pas cessé depuis ceci par ex :
    "Le cabinet de lobbying Fleishman-Hillard, mandaté en 2016 par Monsanto pour l’assister dans sa défense du glyphosate, a fiché près de 200 journalistes et personnalités politiques et syndicales français en fonction de leurs supposées positions par rapport au glyphosate, révèle le quotidien Le Monde le 10 mai. "
    du même niveau que les industries du tabac...ou les alcooliers...

    Simone Milesi

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