Excision : état des lieux en France

Paris, le mercredi 23 mai 2018 – Dans un rapport consacré aux mutilations sexuelles féminines, les sénatrices Maryvonne Blondin et Marta de Cidrac, au nom de la délégation aux droits des femmes de la chambre haute ont établi un état des lieux des mutilations génitales féminines (MGF) en France.

Les auditions réalisées permettent de considérer qu’en France, l'excision concerne principalement des femmes originaires du Mali,  du Sénégal, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et de la Guinée ainsi que, dans une moindre mesure, leurs filles nées en France.

Aussi, selon l'INED (Institut national d’études démographiques), 45 % des femmes vivant en France et nées dans l’un de ces Etats seraient mutilées. Le nombre de femmes adultes concernées dans l’hexagone est quant à lui estimé, par ce même institut, entre 42 000 et 61 000.

A propos du type de mutilations, selon une étude publiée par la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) en novembre 2013, 80 % des victimes de mutilation sexuelle féminine en France ont subi une excision. La part de femmes ayant subi une infibulation n’était cependant pas « négligeable », puisqu’elle atteint 15 %. Pour les 5 % restant, le Docteur Pierre Foldès, pionnier de la chirurgie réparatrice des MGF, signale « l'apparition de nouvelles formes de mutilations », telles les « scarifications vaginales ou le repassage de la poitrine » et l’extraordinaire inventivité des mutilateurs…

Lui et Frédérique Martz de l’institut Women safe ont également souligné le continuum qui existe entre ces pratiques et les autres formes de violences.

Le début de la fin ?

Les statistiques mettent aussi en évidence un certain « décrochage générationnel », bien que de nombreux observateurs demeurent circonspects quant à la réalité de cette évolution. Ainsi, selon une enquête de l'INED réalisée entre 2007 et 2009 auprès de 2 882 adultes migrantes ou filles de migrants : 685 (soit 23,7 %) ont été victimes de mutilations sexuelles, alors qu’au début des années 1980, on estimait que 80 % des mères originaires de pays où se pratiquaient les mutilations sexuelles féminines étaient excisées. 

L’éducation nationale au cœur de la lutte

La France est longtemps apparue comme une nation pionnière dans la lutte contre les MGF. Pour qu’elle conserve cette position, les rapporteuses appellent en tout premier lieu au renforcement des moyens de la médecine scolaire, « indispensable au repérage des victimes et à la protection des petites filles et des adolescentes contre l'excision ».

Plus globalement, elles recommandent que tous les personnels de l'éducation nationale soient sensibilisés aux risques encourus par les jeunes filles élèves de l'enseignement primaire et secondaire en cas de séjours dans les pays d'origine de leur famille.

Elles suggèrent aussi que soit envisagé un recensement systématique, par les établissements d'enseignement secondaire, des jeunes filles qui quittent le collège sans motif, à l'âge de l'obligation scolaire, afin de mieux identifier les victimes potentielles de mutilations sexuelles féminines.

Elles estiment enfin que les mineures excisées qui accouchent dans les hôpitaux français devraient faire l’objet d'un signalement.

La route est encore longue vers un monde (et une France) sans MGF…


Frédéric Haroche

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Vos réactions (1)

  • Retour au code pénal et aux dérogations au secret médical

    Le 27 mai 2018

    Des décennies d'"accommodements raisonnables" au nom du "relativisme culturel" aboutissent à une tolérance inadmissible en France, refusant de qualifier juridiquement les mutilations sexuelles pour ce qu'elles sont: des crimes, relevant donc du code pénal.

    Comme d'habitude, au lieu d'appeler un chat un chat, et de réprimer en conséquence, ce sont les éléments les plus obscurantistes des diverses "cultures" présentes en France qui sont désignés (par qui d'ailleurs?) comme les seuls représentants "labellisés" par les pouvoirs publics.

    La position du médecin est en fait assez simple, et il lui est fait obligation (et non option) de signaler les mauvais traitements sur les mineurs protégés par la loi française.

    https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/sevicesenfants.pdf

    Dr YD

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