Exclusif : une très large majorité de professionnels de santé hostile à la dématérialisation obligatoire des prescriptions

Paris, le mardi 23 novembre 2021 – La loi du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé a posé le principe de la dématérialisation de toutes les prescriptions en ville d’ici la fin 2024. Le texte a été complété par une ordonnance du 18 novembre 2020 qui détaille la mise en œuvre de cette mesure. Elle met ainsi en place une dématérialisation progressive passant d’abord par une phase d’expérimentations, alors que la e-prescription des médicaments a déjà fait l’objet de tests. Elle évoque également la mise à disposition par l’Assurance maladie de logiciels certifiés. L’objectif reste cependant de couvrir tous les types de prescription dans trois ans.

Refus de l’obligation et peur de l’usine à gaz et du tout informatique

Les professionnels de santé sont cependant loin d’être acquis à la cause comme le révèle un sondage réalisé sur notre site du 27 octobre au 15 novembre. Il signale en effet une hostilité nette à toute idée de dématérialisation obligatoire d’ici la fin 2024 : seuls 14 % des participants au sondage approuvent en effet une telle mesure, tandis que 82 % la rejettent et 4 % ne se prononcent pas.

Sondage réalisé sur le site JIM.fr du 27 octobre au 15 novembre 2021

L’indécision de ces derniers est peut-être liée à l’absence de précisions quant aux sanctions encourues. Cependant, au-delà du réflexe négatif que suscite probablement le caractère impératif de la mesure et d’un attachement atavique au stylo et au papier, l’ampleur du rejet signale certainement que c’est le principe même de la dématérialisation qui suscite la réserve. Il faut sans doute y voir une défiance vis-à-vis d’une nouvelle incursion des outils informatiques dans la consultation médicale, alors que la distance que ces derniers peuvent créer dans la relation médecin/malade est souvent décriée. La crainte également de dispositifs compliqués, manquant de lisibilité peut probablement également se lire dans ce rejet massif. Le fait qu’aujourd’hui l’interopérabilité des logiciels pêche encore n’augure de fait rien de bon. Les différents logiciels « ne savent pas envoyer, de façon sécurisée, des données de santé entre eux parce qu’ils ne parlent pas le même langage. Ils n’ont pas été fabriqués selon des normes fixées et contrôlées par les pouvoirs publics » avait reconnu Dominique Pon, responsable ministériel du numérique en santé début octobre alors que la Cour des Comptes publiait un rapport sur ce sujet.

Deux milliards d’économies

Cette dernière déplorait le retard de la France par rapport à nombre de pays européens, alors que la dématérialisation présente de nombreux avantages. « La dématérialisation permettra de mettre fin aux prescriptions perdues ou endommagées, et de réduire les erreurs éventuelles de médication, en faisant disparaître les difficultés de lecture inhérentes aux ordonnances papier » et l’intégration de ces prescriptions dématérialisées dans le DMP permettra d’améliorer « la cohérence des parcours de soins », avait-elle ainsi observé. Elle signalait encore l’impact positif sur la prescription de génériques et la diminution des possibilités de fraude grâce à ce système et insistait : deux milliards d’économies pourraient être attendus de prescriptions totalement numérisées.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Ah ah ah !

    Le 23 novembre 2021

    Mon système informatique plante parfois, sans parler des modif intempestives et passages à vide créés par les mises à jour de Windows les week ends; ce qui fait que les dates et les heures sont parfois bizarres... tout cela n'est pas engageant. Plus que onze ans à travailler dans ce bazar ou l’état ne se salit jamais les mains, laisse mettre sur le marché du Mediator, ferme en permanence des lits d'hôpitaux (alors que la démographie augmente et est vieillissante) mais voudrait donner des conseils de comportement aux médecins et dicter leur conduite. Ils feraient mieux de s'occuper des déserts médicaux que de la façon dont on écrit.

    Dr Isabelle Herry

  • Quand la Cour s'égare et prend des vessies pour des lanternes

    Le 23 novembre 2021

    C'est formidable : la Cour des comptes voit les 2 Mds d'économie au bout de la souris, elle voit la "sécurité", les génériques, tout ça dans l'informatique !
    Prescrivons un examen ophtalmologique (fait par un médecin, si possible!) à la Cour des comptes :
    -on fait de l'informatique depuis longtemps, et on a encore et toujours plus de papier (mieux vaut imprimer par "sécurité" !)
    - le DMP est une bouse ruineuse ; attendons qu'il marche et pour pas cher, on est tranquille pour 20 ans !
    -la COVID a fait prendre conscience des limites et surtout des dangers des génériques, attendons qu'ils soient fabriqués en France, à tout le moins en Europe, et rappelons à la Cour qu'il y a une politique de générique déjà en place ...
    - et bien sûr nous sommes tous d'accord avec M. Pon : personne n'est informatisé pareil, et quand l'Assurance maladie tombera en panne ... quelle économie : plus de prescriptions, plus de délivrances , plus de frais, plus rien !

    Dr F Chassaing

  • Histoire drôle...

    Le 24 novembre 2021

    Une histoire drôle est drôle quand on vous la raconte pour la première fois.
    La deuxième fois ne suscite qu'un sourire condescendant.

    Or cette histoire je ne la connais que trop.

    Lors de la mise en place, des tests, de Sesam-Vitale j'ai entendu les mêmes discours : la sécurité, "je ne me départirai pas de ma belle écriture".
    Des vertes et des pas mûres, quelquefois justifiées, le plus souvent fantaisistes.
    Le slogan officiel étant "Ca ne marchera jamais".
    Et puis après négociations financières entre la CNAM et les syndicats, les PS ont accouru, les plus virulents en tête, pour faire partie des précurseurs.
    Dame ! Etre payé en trois jours des dispenses d'avance des frais au lieu des 15-30 habituels, avoir des patients satisfaits d'un remboursement avant encaissement du chèque, c'était un argument !
    Tout ceci bien sûr après une courte période de cafouillages inévitables.

    Alors comme toute Ubérisation, la dématérialisation des prescriptions suit le même chemin et j'en connais la chute d'avance.
    Finalement pas si drôle que ça de voir une profession qui devrait être à la pointe du progrès rechigner d'avance face à ce que tout le monde a déjà adopté.
    Et que certains praticiens réclament à leurs patients lors de prise de rendez-vous sur "LA" plate-forme bien connue...

    Je sourirai peut-être en suivant les négociations qui ne vont pas tarder...

    Dominique Barbelet

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