Faut-il fermer les frontières avec le Brésil ?

Paris, le lundi 12 avril 2021 – Les voyages entre la France et le Brésil ne font pour l’instant l’objet d’aucune restriction spécifique, alors même que le pays sud-américain est actuellement l’épicentre mondial de l’épidémie.

7h00 du matin ce jeudi. La valse des avions bat son plein sur le tarmac de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Deux appareils en provenance de Rio de Janeiro et de Sao Paulo viennent d’atterrir à Paris. Les centaines de passagers qu’ils contiennent ne seront soumis à aucune restriction spécifique et pourront bientôt circuler presque librement en France. Parmi eux, peut être certains sont-ils porteurs du variant brésilien P1, considéré comme plus contagieux et plus létal que la souche « originelle » et plus résistant à certains vaccins.

Le Brésil, « laboratoire de variants à ciel ouvert »

Si la pandémie recule ou stagne dans la plupart des régions du monde, elle est en revanche en plein essor au Brésil, qui est depuis deux mois l’épicentre de l’épidémie. On compte environ 90 000 contaminations quotidiennes (mais ce chiffre dépend du nombre de tests effectués pour 100 000 habitants probablement moins élevé qu’en Europe) et surtout près de 4 000 décès par jour en moyenne. 

Une situation dû à la fois au variant P1, à la lenteur de la vaccination mais aussi à l’attitude très laxiste du président Jair Bolsonaro.

Malgré le bilan particulièrement meurtrier (350 000 morts au total), le leader d’extrême-droite continue de qualifier la Covid-19 de « grippette » et se refuse à mettre en place un confinement national. Dernièrement, il a même appelé les gens à se rassembler comme si de rien n’était pour le week-end de Pâques.

Cette situation de circulation active du virus est propice à l’apparition de nouveaux variants. « Le Brésil pourrait se transformer en laboratoire de variants à ciel ouvert qui peuvent compromettre la lutte contre la pandémie dans le monde entier » explique le neuroscientifique brésilien Miguel Nicolelis. Face à cette situation, plusieurs pays du monde ont décidé de limiter drastiquement leur contact avec le Brésil. C’est le cas du Portugal, qui a suspendu tous ses vols avec l’ancienne colonie, ainsi que du Royaume-Uni, qui l’a placé sur sa liste rouge, synonyme de quarantaine obligatoire pour les personnes en provenance de ce pays.

Des contrôles aux frontières très laxistes

Rien de tout cela en France, qui n’a toujours pas tiré les conséquences de la situation brésilienne. Pour le moment, les passagers en provenance du Brésil sont soumis aux mêmes restrictions que ceux venant de n’importe quel pays non membre de l’Union Européenne. Seul sont autorisés à entrer en France les citoyens européens et les personnes justifiant d’un motif impérieux. Les voyageurs doivent présenter à l’arrivée une attestation de déplacement et un test PCR négatif datant de moins de 72h. Ils doivent également attester qu’ils ne présentent aucun symptôme et s’engager sur l’honneur à respecter un isolement volontaire de sept jours.

L’isolement n’est cependant obligatoire et contrôlé que dans le cas où le voyageur ne dispose pas d’un test PCR négatif. La frontière terrestre entre la Guyane et le Brésil est totalement fermé, mais située dans la forêt tropicale elle est bien difficile à contrôler.

A ces règles sanitaires s’ajoutent des contrôles aléatoires, lors desquels tous les passagers d’un avion sont soumis à un test antigénique. Ces tests, qui concernent 8 à 10 avions par jour dans les aéroports parisiens, sont censés être menés en priorité dans les avions en provenance de régions où l’épidémie est particulièrement virulente. Pourtant malgré ces règles, le 25 mars dernier, les passagers d’un avion en provenance d’Israël, pays leader mondial en termes de vaccination, ont été soumis à un dépistage collectif.

Le contrôle des frontières est depuis le début de l’épidémie l’un des angles morts de la politique sanitaire française. Le 12 mars 2020, le président Emmanuel Macron déclarait que le virus « n’avait pas de passeport » une semaine seulement avant de fermer l’intégralité des frontières françaises. Depuis la réouverture partielle des frontières en juin 2020, la France n’a jamais mis en place de système d’isolement obligatoire des voyageurs, contrairement à beaucoup de ses voisins européens.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Obligation de moyens : la passoire

    Le 13 avril 2021

    Il est devenu bien classique de rappeler que ce n'est pas le virus qui circule mais les gens.
    Le variant dit Sud-Africain n'est pas arrivé en Moselle à la nage ou par les eaux-usées.

    Je confirme pour le "vol Sao Paulo".
    La notion de contrôle aléatoire est un euphémisme rassurant. Le rappel sur le contrôle tatillon du vol israélien confirme le coté aléatoire, sans ébauche de stratification du risque et de prioritairisation des démarches et donc des moyens.

    Après plusieurs retours de Shanghai (Fev 2020) puis d'Asie du sud-est puis de Tanzanie (Fev 2021) je confirme l'absence de contrôle sanitaire crédible à l'entrée à CDG : Au mieux la sécurité civile demandant "si la PCR est faite et si les papiers sont remplis" . Si on répond oui : Une gommette - sésame est collée sur le passeport.
    En miroir : Vigilance des Douanes en regard ... du nombre de cartouches de cigarettes.

    La Tanzanie a reconnue la semaine passée ... l'existence de la Covid.

    Le Cambodge est une "démocrature" marquée par le poids de son histoire encore fraiche dans les esprits locaux et une résurgence pandémique : Toujours en " vert " en asie du sud - est , les conditions d'entrée y ont été fort dissuasives depuis 2020 , le non respect du confinement régionalisé est puni d'amandes trés dissuasives aussi ou ... d'emprisonnement dans les géoles Khmers . Bénéfice secondaire patent pour la corruption notoire locale : Le "pass khmer"
    Ceux qui osaient évoquer la dictature sanitaire nationale ont la mémoire courte.

    Il reste à s'acharner à parler d'"Union" européenne : Fort virtuelle avec ses 2 gouvernances , 27 particularismes , 14 647 kilomètres de frontières terrestres.

    L'obligation de moyens n'étant en rien respectée, il est inutile de s'inquiéter des résultats.
    Nous avons misé sur la " confiance " , le " sens des responsabilités " et le refus attenant de la contrainte réputée " liberticide " par les mieux pensants.

    Restera à miser sur les auto-tests , leur in-tracabilté, l'initiative personnelle quand à leur interprétation. Nos amis berlinois avaient pris les devants comme souvent : Ils en sont revenus pendant que nous tergiversions sur un corporatiste " qui vend quoi ".

    Dr JP Bonnet

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