Fin de vie : Emmanuel Macron en plein doute

Paris, le jeudi 16 mars 2023 – Alors que les travaux de la convention citoyenne sur la fin de vie s’achèvent, l’exécutif hésite sur la suite à donner à ce débat philosophique majeur.

Une institution qui fait rayonner « l’esprit d’autocritique et la capacité de doutes », c’est ainsi que le Président de la République Emmanuel Macron a qualifié le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), à l’occasion d’une réunion organisée jeudi dernier pour les 40 ans de cette institution qui conseille l’exécutif sur les questions éthiques. Une cérémonie publique qui a été immédiatement suivi d’un diner, beaucoup plus confidentiel, au cours duquel le chef de l’Etat a évoqué avec ses convives le « doute salvateur » qui l’assaille au moment d’évoquer une question particulièrement complexe philosophiquement : celle de la fin de vie.

Pour débattre de ces questions, Emmanuel Macron avait invité seize personnalités, dont six religieux ainsi que six médecins et anciens médecins. Si les représentants des cultes ont tous exprimés, sans surprise, leur opposition à toute aide active à mourir, du grand-rabbin de France au recteur de la mosquée de Paris en passant par le président de la conférence des évêques, les positions ont été beaucoup plus partagées parmi les soignants. L’ancien ministre de la Santé Olivier Véran, le président du CCNE le Pr Jean-François Delfraissy et le Dr Denis Labayle se sont tous les trois prononcés en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. A l’inverse, l’actuel ministre de la Santé François Braun, le Dr Jean Leonetti (auteur de la loi actuelle sur la fin de vie) et le médecin de soins palliatifs le Dr Sarah Halioui ont tous expliqué que l’euthanasie ne pouvait pas être considéré selon eux comme un acte de soins.

Convention citoyenne sur la fin de vie : les dés étaient-ils pipés ?

Face à ces orientations opposées, difficile de savoir quel est la position du Président de la République. Certes il s’est déclaré, lors de la dernière campagne présidentielle, favorable au « modèle belge », notre voisin autorisant assez largement le recours à l’euthanasie. Certes, en septembre dernier, il a promis, lors de la remise des insignes de grand-croix de la Légion d’honneur à Line Renaud, qu’une loi sur la fin de vie serait votée en 2023. Mais lors de ce diner morbide, il n’a pas caché vouloir se donner le temps de la « maturation » sur ce sujet « complexe ». Ainsi, alors que la convention citoyenne sur la fin de vie est sur le point d’achever ses travaux et doit rendre son rapport au gouvernement le 2 avril prochain, Emmanuel Macron a clairement indiqué que l’élaboration d’un éventuel projet de loi sur la question prendra du temps et que toutes les conclusions de la convention ne seront pas forcément reprises telles quelles.

A la convention citoyenne justement, pilotée par le conseil économique social et environnemental (CESE), un certain doute, voire un malaise, s’est également installé. Des citoyens tirés au sort pour débattre de la fin de vie se plaignent en effet que les résultats d’un vote indiquant que 72 % des conventionnels étaient favorables à l’euthanasie aient été rendus publics le mois dernier. Pour les participants à la convention, ce vote binaire pour ou contre l’euthanasie caricature la teneur de leurs travaux.

109 personnalités pour la légalisation de l’aide active à mourir

Certains pensent même que les débats ont été volontairement orientés pour que les citoyens se prononcent en faveur de la légalisation de l’aide active à mourir. « J’ai l’impression que les dés sont pipés » confie l’un des participants. Un autre conventionnel se plaint de la question qui a été posée aux conventionnels en ouverture des débats. « Le cadre d’accompagnement de la fin de vie répond-il aux différentes situations rencontrées ? Pour tous un tas de raison, il est difficile de soutenir qu’un cadre existant constitue une réponse parfaite à toutes les situations, donc on ne pouvait répondre que non à cette question » analyse-t-il. Autre source de mécontentement : le profil des experts interrogés, qui seraient bien trop souvent favorables à la légalisation de l’euthanasie. Les conventionnels se sont ainsi vu refuser par le CESE la possibilité d’auditionner Erwan Le Morhedec, un avocat favorable au statuquo et au maintien de la législation actuelle.

En cette période de doute grandissant, opposants et partisans de la légalisation de l’aide active à mourir continuent d’essayer de faire entendre leurs voix. Depuis une semaine, une campagne d’affichage financée par la société française d’accompagnement de soins palliatifs (SFAP) vise à convaincre les Français que le recours aux soins palliatifs doit être préféré à la tentation de mort. Dans le camp adverse, 109 personnalités aussi diverses que l’ancien ministre Christophe Castaner, le comédien Franck Dubosc ou l’acteur et ancien footballeur Eric Cantona signent ce mercredi dans l’Obs une tribune demandant à Emmanuel Macron de « faire évoluer la loi sur la fin de vie ».

Nicolas Barbet

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Vos réactions (5)

  • "L'aide active à mourir" ?

    Le 17 mars 2023

    Le drame est qu'on se gargarise de formules totalement dénuées de sens précis, dans lesquelles chacun met ses propres concepts, mais personne ne met de faits documentés.
    Quand les uns sont en faveur de "l'aide active à mourir", ils ont en tête, pour la plupart, une simple doctrine : le droit au suicide des personnes en pleine possession de leur facultés mentales.
    Quand les autres sont contre une modification de la loi sur la véritable fin de vie, ils ont en tête essentiellement leur expérience de soignants au contact des mourants.
    On se perd alors dans des polémiques douteuses entre gens qui ne parlent pas de la même chose, qui le plus souvent n'ont en la matière aucune connaissance, sans se rendre compte que la diversité des situations individuelles interdit de tout amalgamer dans une loi rigide et globalisante.
    Si l'on veut vraiment légiférer sur un sujet, faisons preuve d'intelligence et de courage en abordant celui, précis et hypocritement mis sous le tapis, qui est le suicide. Vit-on dans une société sous l'emprise de la tradition chrétienne de l'interdit, ou bien souhaitons-nous que les gens dont le discernement n'est pas altéré aient le droit absolu de se suicider ? Voila un questionnement bien éloigné du fantasme de tous ces naïfs qui prétendent pouvoir dire aux soignants ce qu'ils doivent faire.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Fin de vie

    Le 19 mars 2023

    Merci à Pierre Rimbaud pour sa proposition de clarification du débat.
    Une remarque essentielle de mon point de vue : jusqu'au terme de chaque existence, c'est le dialogue intime entre le malade et son soignant thérapeute qui compte.
    Le colloque singulier, en toute franchise, lors d'une perspective inexorable pour le médecin.
    A ce stade, il me semble que la volonté de celui ou celle qui souffre doit être respectée, au nom de l'humanité, ce qui est bien la principale (la seule) raison d'agir.
    Il faut du courage et de la compassion, c'est vrai. Il faut surtout ne pas lâcher prise dans le dialogue, et arguer de l'altération de conscience du mourant pour ne plus l'écouter.
    Il faut être humain.

    Dr X Baizeau

  • Suicide assisté ?

    Le 19 mars 2023

    Si je reprend votre propos, bien sûr le droit au suicide existe... déjà. Mais pas besoin de médecin !

    Dr V De Vaux-Boitouzet

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