Fluvoxamine contre la Covid-19 : efficace pour réduire le nombre d’hospitalisations ?

Dans la lutte contre la pandémie, la prévention a été disponible plus tôt que les traitements. Bien que les vaccins soient sûrs et efficaces, ils présentent certaines limites. D’une part, la contamination demeure possible. D’autre part, une partie de la planète n’a pas encore accès à un nombre suffisant de vaccins. Enfin ils suscitent la défiance d’une partie de la population mondiale. La mise au point de traitements curatifs contre la Covid-19 reste donc plus que jamais d’actualité.

Un essai mené au Brésil avec administration précoce de fluvoxamine

La fluvoxamine est un antidépresseur de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Des données de la littérature suggèrent que la fluvoxamine pourrait avoir un effet bénéfique dans la Covid-19 et être repositionnée dans cette indication. Pour l’évaluer, une équipe brésilienne a réalisé un essai clinique randomisé, avec contrôle placebo et en double aveugle : 1 497 patients ont été inclus dans l’essai entre juin 2020 et aout 2021. Les critères d’inclusion étaient : être symptomatique, avoir un test positif au Sars-CoV-2 et présenter au moins un facteur de risque de faire une forme grave. La vaccination était un critère d’exclusion. Les patients ont été inclus moins de 7 jours après le début des symptômes.

Le groupe traité (n = 741) a reçu 100 mg de fluvoxamine, 2 fois par jour pendant 10 jours tandis que le groupe contrôle (n = 756) a reçu un placebo. Des consultations ont eu lieu aux jours 1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 14 et 28. L’âge médian des patients était de 50 ans ; il y avait 58 % de femmes.

Un effet sur le risque d’hospitalisation

Les auteurs ont analysé deux critères de jugement : être hospitalisé dans les 28 jours, ou avoir passé plus de 6 heures dans un service d’urgence. 11 % des patients traités contre 18 % des patients sous placebo se sont retrouvés dans l’une de ces deux situations (risque relatif : 0,69 en intention de traiter et 0,34 en per protocole). Avoir inclus deux critères limite la puissance statistique de l’étude, mais les promoteurs de l’essai justifient ce choix : les hôpitaux étant surchargés, beaucoup de patients qui auraient dû être hospitalisés se sont retrouvés plus de 6 heures aux urgences. Une autre limite de l’étude est l’absence d’évaluation de la molécule sur le risque de décès (avec cependant 17 décès dans le groupe fluvoxamine contre 25 dans le groupe placebo en intention de traiter [ITT]). Dans l’analyse en ITT la probabilité que la survenue de l’un de ces deux événements défavorables soit inférieure dans le groupe traité par rapport au groupe contrôle est de 99,8 % (au-delà du seuil préspécifié de 97,6 %). Concernant les effets indésirables, ils n’ont pas été plus importants dans le groupe traité que dans le groupe contrôle.

Cet essai suggère que la fluvoxamine pourrait être bénéfique si elle est administrée précocement chez des patients symptomatiques présentant au moins un facteur de risque. Malgré ses limites, cette étude présente des résultats intéressants en proposant une molécule peu coûteuse, facilement disponible et au profil de sécurité bien connu. Ces résultats mériteraient d’être confirmés (ou infirmés) par d’autres essais.

Stéphanie Le Guillou

Référence
Reis G et coll. Effect of early treatment with fluvoxamine on risk of emergency care and hospitalisation among patients with COVID-19: the TOGETHER randomised, platform clinical trial. Lancet Glob Health. 2021, publication avancée en ligne le 27 octobre 2021 (doi : 2214-109X(21)00448-4).

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Vos réactions (2)

  • Des critères non indépendants du psychisme

    Le 03 novembre 2021

    Quand un antidépresseur est utilisé hors de son domaine on doit exiger des critères "dur" dans un essai clinique, pas un risque d'hospitalisation ou surtout de séjour aux urgences qui me parait non indépendant du psychisme. On a déjà vu, dans le domaine que je connais, la duloxetine améliorer la continence d'effort de la femme sur tous les critères d'interrogatoire (de ressenti), alors que la mesure objective du volume des fuites ne montrait aucune modification : ces patientes avaient autant de fuites, mais y attachaient moins d'importance...

    Dr Jean-Paul Boiteux

  • Qu'est ce que le psychisme ?

    Le 25 novembre 2021

    Le psychisme est une des manifestations de la neurobiochimie.
    Corrélativement, la dépression, et donc les antidépresseurs, ont une action qui dépasse de loin le cadre de l'"humeur" comme cela était bien connu avant la décadence de la psychiatrie dans les années 1980.
    Par ailleurs, un effet sans aucun rapport avec l'indication princeps n'a rien de surprenant. En effet, l'imipramine était étudiée comme antituberculeux quand on a découvert son effet antidépresseur et ce n'est pas le seul médicament dans ce cas !

    Dr Bernard Maroy

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