Former les médecins généralistes à la dermoscopie

Les soins de santé primaires offrent une opportunité pour détecter les cancers cutanés à un stade précoce. La dermoscopie, méthode non invasive largement utilisée par les dermatologistes améliore les performances pour le diagnostic de ces tumeurs ; elle est susceptible d’apporter une aide précieuse aux généralistes. A cet effet un algorithme de « tri par la dermoscopie » (TADA : Triage Amalgamated Dermoscopic Algorithm) a été créé pour faciliter l’évaluation des lésions cutanées, sa  sensibilité et sa spécificité pour le diagnostic des lésions malignes étant respectivement de 94,8 % et 72,3 %.

Une étude a été entreprise pour évaluer l’effet d’une formation sur les caractéristiques cliniques et dermoscopiques des lésions cutanées, déterminer la meilleure méthode d’apprentissage et confirmer la capacité des médecins généralistes à utiliser l’algorithme TADA. Il s’agissait d’une étude transversale auprès de médecins généralistes, portant sur une intervention éducative courte à l’aide d’images de dermoscopie. Les participants étaient divisés en 3 groupes : le premier recevant une formation didactique seule, le deuxième, une formation heuristique et le troisième une formation interactive. Chaque groupe était ensuite convié à une épreuve d’identification de cancers cutanés sur image en utilisant l’algorithme. Il était ensuite procédé à une comparaison des scores de réponses correctes sur 30 images en pré test et 30 images différentes en post test.

Sensibilité et spécificité élevées

Cinquante-neuf médecins, en majorité des hommes (59,3 %) ont participé à l’étude. Les résultats donnent un score moyen de 17,9 sur 30 en pré test et de 23,5 en post test (p < 0,001). La seule caractéristique des médecins qui ont amélioré significativement ce score était une formation antérieure à la dermoscopie. Aucune différence significative n’a été observée entre les 3 groupes en fonction de la méthode de formation. La sensibilité pour la détection des cancers cutanés est passée de 62,5 % à 88,1 % après la formation ; la spécificité a diminué de manière non significative de 90,3 % à 87,8 %. Les auteurs concluent que le recours à la dermoscopie en soins de santé primaires en s’aidant d’un algorithme simplifié pourrait être développé : la spécificité et la sensibilité élevées doivent en effet permettre de bonnes performances dans l’identification des tumeurs bénignes et malignes de la peau. Toutefois, ces résultats devront être confirmés dans la pratique réelle de terrain.

Dr Bernard Gay

Référence
Seiverling EV et coll. : Teaching Benign Skin Lesions as a Strategy to Improve the Triage Amalgamated Dermoscopic Algorithm (TADA). J Am Board Fam Med., 2019;32(1):96-102.

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Vos réactions (2)

  • Un obstacle: le prix

    Le 15 mai 2019

    Très bien. Un seul hic! Le prix du dermatoscope. Avec une consultation à 25 €, et en supposant que le médecin ne fasse que du dépistage sur le temps de la consultation, ce dernier ne sera amortis qu'au bout de 10 ans.

    Dr Jean-Philippe Pau Saint-Martin

  • Sensibilité et spécificité ?

    Le 15 mai 2019

    C'est une évidence si on veut vraiment améliorer le dépistage du mélanome.
    Il faut actuellement attendre 6 mois pour une consultation de dermato.
    Connait-on les valeurs de sensibilité et spécificité d'une étude faite avec des dermatos?

    Dr Jean-Loup Rey, santé publique

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