France : l’explosion du nombre d’hospitalisations pour Covid est-elle inévitable ?

Paris, le lundi 19 juillet 2021 – La France et l’Europe sont en proie depuis quelques jours à une quatrième vague épidémique provoquée par l’émergence du variant Delta.

En France, 55 000 cas ont été répertoriés ces 7 derniers jours, contre 25 000 la semaine précédente.

Une diffusion d’une rapidité inédite

Selon les estimations provisoires du ministère de la santé, le R effectif serait déjà de 2, signant la très forte contagiosité de ce nouveau variant. Si ce chiffre se confirmait, cela signifierait que le nombre de cas journalier doublerait tous les 5 jours, une diffusion d’une rapidité inédite comme l’a souligné le ministre de la Santé. Ainsi, on pourrait compter jusqu’à 60 000 cas par jour d’ici 2 à 3 semaines.

Une estimation encore peut-être conservatrice, le Centre européen des maladies (ECDPC, European center for disease prevention and control) prévoit ainsi, dans son scénario le plus pessimiste jusqu’à 100 000 cas par jour dans 2 semaines dans notre pays.

Difficile de dire, néanmoins, compte tenu de la vaccination de masse des plus âgés (85 % des plus de 65 ans ont reçu une dose et 77 % deux doses selon les dernières données de l’assurance maladie), et de la virulence de ce variant (encore mal connue), quelles seront les conséquences de cette nouvelle explosion de l’incidence sur l’hôpital.

L’ECDPC restreint son analyse aux décès. Son scénario médian prévoit ainsi 750 décès par semaine dans 3 semaines contre environ 150 ces 7 derniers jours…et dans ses pires projections, jusqu’à 2 500 décès par semaine.

L’INSERM, quant à lui, a analysé précisément différents scénarios sur la pression hospitalière en fonction de l’appétence des Français pour la vaccination.

Figure 1. 

Scénarios de déploiement des vaccins (rollout). Premières doses hebdomadaires administrées par classe d'âge au fil du temps. De gauche à droite, les différents scénarios de vaccination envisagés : scénario de déploiement pessimiste (pessimistic rollout), supposant que la vaccination est interrompue pendant l'été ; scénario de déploiement actuel (current roullout), supposant que les primo-vaccinations continuent à diminuer comme observé dans les tendances actuelles ; scénario de déploiement constant (constant rollout), supposant que les administrations restent stables dans le temps ; scénario de déploiement optimiste (optimistic rollout), supposant une augmentation linéaire de 10 % des vaccinations à partir de la semaine 27 (5 au 11 juillet). Les lignes continues représentent les données, les lignes pointillées indiquent les scénarios supposés (les courbes s'arrêtent à des moments différents en fonction de la couverture maximale supposée dans chaque classe d'âge). (Week : semaine de l’année).

Figure 2.

De gauche à droite : différents scénarios épidémiques, caractérisés par 𝑅 =1 (gauche), 𝑅 =1,3 (centre), 𝑅 =1,5 (droite). 𝑅 =1,3 correspond à la valeur estimée pour l'été dernier.
De haut en bas : deux conjectures sur les avantages de transmissibilité des variants Alpha et Delta, c'est-à-dire +59 % pour Alpha par rapport au type sauvage et +120 % pour Delta par rapport à Alpha (en haut), +59 % et +60 % (en bas). Chacun de ces paramètres est analysé selon 4 modélisations de l’appétence de la population pour la vaccination (figure 1).

L’INSERM note « la paramétrisation du haut [un variant Delta 120 % plus contagieux que le variant Alpha] est la seule compatible avec l'augmentation rapide de la fréquence de Delta rapportée en France ».

Ainsi, pour l’INSERM, le scénario le plus probable est une explosion rapide du nombre d’hospitalisations quelques soit la mobilisation de la population pour la vaccination, compte tenu du fait que le R était déjà de 1,5 en semaine 27 et qu’il dépasserait déjà 2 au 19 juillet. 

Si l’on en croit ces modélisations, deux ripostes demeurent possibles : une vaccination de toute la population vulnérable dans les quinze jours à venir, ou des « mesures de freinage » fortes pour faire diminuer un R effectif déjà très élevé. Sur ce dernier point, Clément Beaune, ministre des Affaires Européennes a indiqué ce matin sur BFMTV que l’instauration de couvre-feu était probable dans les départements les plus impactés par le variant Delta.

On peut également se rassurer en rappelant que les modélisateurs ont une forte tendance au pessimisme et les prévisions une propension à être contredites par les faits...

F.H.

Référence
Di Domenico L et coll : Epidemic scenarios of Delta variant in France in the summer 2021. Publication avancée en ligne sur le site de du laboratoire Epidemics in complex environments (INSERM, Sorbonne université).

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Vos réactions (1)

  • Simulations ou simulacre ?

    Le 26 juillet 2021

    J'aime bien votre conclusion. Il est vrai que l'on a des raisons de douter... Il y un an et demi, le John Hopkins et l'Imperial College prévoyaient 500 000 morts en France dans l'année !
    Ces simulations (ou modélisations) sont des exercices mathématiques élaborés par des gens très (trop ?) compétents qui s'arrangent pour obtenir les résultats espérés par leurs financeurs. Un peu comme les sondages commandés par les partis politiques.
    On voit bien sur le terrain que l'augmentation des hospitalisations, si elle est forte en pourcentage, reste très faible en valeur absolue. Il y a un découplage entre les "cas" et les malades.

    Dr Franck Boutault

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