La Chine émet des doutes sur ses propres vaccins

Pékin, le mercredi 14 avril – Le directeur du CDC chinois a affirmé que les vaccins élaborés par la Chine n’étaient pas aussi efficaces que les vaccins occidentaux.

Officiellement, tout ça n’est qu’un malentendu. Selon les autorités chinoises, les propos tenus ce samedi par le professeur Gao Fu, directeur du centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) chinois, ont été mal interprétés. D’ailleurs, la vidéo de sa déclaration est désormais introuvable sur les réseaux sociaux chinois. Mais ces explications alambiquées ne changent rien à l’affaire : l’éminent professeur Gao a bien affirmé que les vaccins élaborés en Chine n’avaient pas un « niveau de protection très élevée », plombant ainsi la communication menée par les autorités chinoises autour de ces vaccins depuis plusieurs mois.

Au total, cinq vaccins créés en Chine sont déjà en cours d’utilisation, dont les deux plus importants sont ceux des laboratoires Sinovac et Sinopharm. Contrairement aux vaccins occidentaux, ces deux vaccins reposent sur la technologie plus classique du virus inactivé. La campagne de vaccination est encore balbutiante en Chine, puisque seulement 65 millions de personnes ont reçu une dose selon le professeur Gao soit 4,6 % de la population. Comme d’autres les vaccins chinois sont utilisés comme un outil de propagande pour glorifier l’efficacité de la science chinoise. Au total, 115 millions de doses ont été exportés vers 43 pays dont le Brésil, le Chili, la Hongrie et l’Indonésie.

Problème : aucun de ces vaccins n’a été approuvé par l’OMS ou même fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique de renom et la Chine se contente d’affirmer, sans aucune preuve, que ces vaccins seraient efficaces à 79 %. Des chercheurs brésiliens ont récemment affirmé que l’efficacité de ces vaccins tournerait plutôt autour des 50 %. La situation au Chili pourrait également s’expliquer par la faible efficience des vaccins venus de l’Empire du Milieu : malgré un taux de vaccination important (38 % de primo-injection), le pays andin, qui utilise principalement le vaccin de Sinovac, connait actuellement un rebond épidémique important. A Hongkong, où la liberté d’expression est (relativement) plus importante que dans le reste du pays, plusieurs médias et médecins ont également émis des doutes sur les résultats des vaccins nationaux.

Une mauvaise interprétation ?

Les propos du professeur Gao portent-ils le coup de grâce aux vaccins chinois. Le scientifique a beau être revenu sur ses propos, il a incontestablement fait l’apologie des vaccins à ARN messager affirmant que « tout le monde devait considérer les avantages que les vaccins à ARN peuvent apporter à l’humanité ». Des propos qui remettent en cause les déclarations des autorités (et du professeur Gao lui-même) qui affirment depuis plusieurs mois que le vaccin à ARN du laboratoire Pfizer est inefficace voir dangereux, au point que seuls les étrangers ayant reçu des vaccins chinois et non des vaccins occidentaux, sont autorisés à se rendre en Chine.

Tout en dénonçant la « mauvaise interprétation des médias occidentaux » du discours du professeur Gao, les autorités chinoises semblent changer de politique. Plusieurs vaccins à ARN messager sont à l’étude dans les laboratoires du pays. Surtout, les autorités scientifiques envisageraient d’administrer trois, voir quatre doses de vaccin inactivé ou encore de combiner un vaccin à virus inactivé avec un virus à ARN messager. L’université de Hong Kong mène ainsi une étude consistant à administrer aux patients une dose de vaccin Pfizer suivi 28 jours plus tard d’une dose du vaccin Sinovac.

Quentin Haroche

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Vos réactions (2)

  • Il suffisait d'y penser...

    Le 15 avril 2021

    Injecter une dose de Pfizer puis 28 jours après une dose de Sinovac, c'est l'idée du siècle quand on peut tout écraser sous la propagande officielle.
    Si un effet secondaire sérieux arrive, après la 2ème injection, il est évident qu'il ne peut provenir que du Pfizer. Si tout se passe bien, c'est que le Sinovac aura corrigé les effets néfastes du Pfizer.
    Et que le Pr Gao ne s'avise pas de ramener imprudemment sa fraise s'il ne veut pas connaître les "colonies de vacances" en Manchourie.

    Les "populistes" et ceux qui leur tendent complaisamment micros et caméras, peuvent toujours fustiger nos scientifiques qui ne sont pas toujours d'accord entre eux, j'ai la faiblesse de préférer nos controverses argumentées à la "bouillie" gouvernementale prémâchée que les Chinois et tous ceux qui ne connaissent pas les libertés des démocraties doivent subir, sans contrepartie.

    H.Tilly

  • La loi du plus fort

    Le 18 avril 2021

    Au total, 115 millions de doses ont été exportés vers 43 pays dont le Brésil, le Chili, la Hongrie et l’Indonésie... dommage pour ces pays mais pourquoi donc ont ils fait appel à la Chine, sans doute pour le prix et la disponibilité rapide. Encore une fois en Europe, la Hongrie se distingue de ses partenaires, preuve que même dans le domaine sanitaire les autocraties ont les mêmes intérêts sans se soucier des preuves scientifiques.

    Dr Pierre-André Coulon

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