La Chine s’enlise dans la politique zéro-Covid

Pékin, le jeudi 24 novembre 2022 – Malgré le ras-le-bol de plus en plus manifeste des habitants, le gouvernement chinois n’abandonne pas sa politique zéro-Covid.

Les images sont rares dans un pays où toute manifestation d’opposition au régime en place est interdite. Des centaines d’ouvriers de l’usine Foxconn de Zhengzhou, dans le centre de la Chine, ont violemment manifesté dans les rues de la ville pour protester contre la politique sanitaire du gouvernement. Malgré les gaz lacrymogènes utilisés par la police, les manifestants ont finalement réussi à faire reculer les « gardes blancs » (policiers entièrement revêtus de combinaisons de protection sanitaire), à coup de barres de fer et de projectiles.

Dictature sanitaire et capitalisme sauvage


Ce déchainement de colère se comprend quand on sait l’enfer que les 200 000 employés du complexe industriel Foxconn, la plus grande usine du monde, vivent depuis quelques semaines. Une savante combinaison des pires aspects de la politique sanitaire du gouvernement et du capitalisme sauvage. Le 2 novembre dernier, à la suite de la survenue de plusieurs cas de Covid-19 chez les ouvriers, les autorités locales avaient en effet décrété le confinement de cette zone (surnommée « Iphone City »), d’où sortent 80 % des smartphones d’Apple produits dans le monde. Les ouvriers avaient alors reçu l’ordre de rester sur place, provoquant la fuite de plusieurs centaines d’entre eux.

Bien entendu, le confinement n’a pas signifié la fin du travail et la société Foxconn, sous-traitant taiwanais d’Apple, avait ainsi promis une prime de 3 000 yuans (environ 400 euros) à ces ouvriers contraints de demeurer sur leur lieu de travail. C’est l’annonce ce mercredi que la prime serait finalement abaissée à 30 yuans (soit 4 euros !) qui a déclenché la révolte ouvrière. Foxconn s’est depuis excusé, invoquant une « erreur technique » et a rétabli la prime dans son montant originel.

Ce n’est pas la première fois que des Chinois expriment publiquement et violemment leur opposition à la politique zéro-Covid mise en place par le parti communiste chinois (PCC), qui repose sur le dépistage de masse et la mise en place de confinement drastique à la moindre hausse des contaminations. On se souvient que lors du confinement de Shanghai au printemps dernier, des milliers d’habitants avaient exprimé leur désespoir en hurlant par les fenêtres. Plus récemment, la ville de Canton au sud du pays a également été le théâtre de manifestations violentes.

Pékin quasiment confinée


Une fatigue des habitants qui n’entame en rien la détermination du gouvernement central, bien décidé à prendre des « mesures immédiates, résolues et décisives pour briser la chaîne de transmission du virus » selon les termes de la ministre de la Santé Sun Chunlan. Ce jeudi matin, les six millions d’habitants de la ville de Zhengzhou qui abrite l’usine Foxconn ont ainsi été placée en confinement pour cinq jours.

Les 22 millions d’habitants de la capitale Pékin vont eux devoir « vivre au ralenti » selon la terminologie officielle, après trois morts le week-end dernier : fermeture des commerces, des écoles et des lieux culturels, télétravail obligatoire, tests PCR négatifs nécessaires pour accéder aux lieux publics, confinement des immeubles où des cas sont détectés…Au total, ce serait un tiers de la population chinoise, soit 450 millions de personnes, qui serait soumis à un confinement plus ou moins strict.

Le 11 novembre dernier, la commission nationale de la santé avait pourtant annoncé un assouplissement de certaines mesures (réduction de la durée de la quarantaine pour les étrangers, abandon de la notion de cas contact de cas contact…), qui laissait espérer un abandon progressif de la politique zéro-Covid. Les récents confinements ont démontré que tout espoir d’un retour rapide à la normale est vain.

Un temps adoptée par de nombreux pays d’Asie-Océanie (Taiwan, Vietnam, Australie, Nouvelle-Zélande…), la politique zéro-Covid, désormais uniquement appliquée en Chine, semble trouver ses limites face au variant Omicron. Ce sont ainsi 31 400 contaminations qui ont été recensées en Chine ce jeudi. C’est certes peu par rapport à la population chinoise (1,4 milliards d’habitants), mais c’est officiellement un record en Chine depuis le début de la pandémie. La vaccination, qui pourrait permettre une ouverture progressive du pays (comme ce fut le cas en Australie), est quant à elle au point mort : seulement 70 % des plus de 60 ans ont reçu trois doses et les vaccins occidentaux à ARN messager n’ont toujours pas été autorisés en Chine.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (2)

  • "Zéro Covid , zéro décès"

    Le 25 novembre 2022

    "Zéro Covid, zéro décès" : la stratégie était cohérente initialement. Restait à savoir son coût économique et social. La tolérance sociale face à la dictature chinoise était favorisée par la croissance dont le ralentissement pourrait rebattre les cartes.
    L'arrivée d'Omicron a été le révélateur de la faillite des choix chinois rendant ubuesque l'acharnement : efficacité très incertaine de vaccins locaux non ARNm copieusement exportés, stratégie privilégiant... les sujets jeunes, une population peu primo-infectée puisque "zéro-covidée".
    L'acharnement idéologique face à l'échec a des causes simples : ne pas exposer (donc révéler) la précarité du réseau sanitaire non urbain, ré-"élection" de Xi Jinping, refus de l'ARNm occidental "décadent" (version chinoise attendue en 2023 ?).
    La comparaison avec les voisins démocratiques eux (Taïwan bien sur mais aussi Corée du Sud) ne risque pas d'être exposée tant elle est cruelle.
    Les voyageurs noteront la désertification des escales chinoises : moins de 5 % des vols Paris-Chine sont maintenus. L'impact économique de cet isolationnisme acutisé par la décroissance "occidentale" n'échappera pas, l'immobilier n'en est qu'une illustration criarde.
    Comme toujours nationalisme, pointer l'ennemi de l'intérieur et de l'extérieur permettra ne noyer le poison quitte à montrer les muscles.
    Mais il reste quelques "intellectuels" (les autres étant des huitres ?) pour défendre un "modèle" chinois censé privilégier le collectif sur l'individuel mais qui sacrifie les deux in fine.

    Dr JP Bonnet

  • Le risque chinois

    Le 02 décembre 2022

    La Chine est d'abord exposée à un risque d'une toute autre ampleur que le nôtre : plus d'un million de morts en quelques semaines en cas de vague épidémique, sans compter les conséquences indirectes, incalculables, du débordement d'un système de santé déficient. Le problème central est certes d'avoir refusé de vacciner systématiquement les sujets à risque par les "produits occidentaux", mais rien ne dit que cela aurait suffi.
    La Chine présente un second risque, peut-être plus grave encore. A cette échelle démographique, l'extension de la circulation virale dans de gigantesques conurbations hyperdenses expose à l'émergence d'innombrables variants dont quelques-uns auront inéluctablement une capacité optimisée d'échappement aux défenses de l'hôte. Notre problème est que ces souches à haut risque se répandront dans le monde, comme c'est le cas pour les viroses venant d'Asie depuis des lustres.
    A ces difficultés, je doute que les donneurs de leçons à la Chine aient des réponses bien sûres. Je doute que les responsables chinois soient moins intelligents que nous, et j'imagine qu'il leur arrive de réfléchir aux conséquences de leurs décisions dans un contexte qui n'est pas le nôtre.

    Dr Pierre Rimbaud

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